L’image du prêtre devient floue dans l’opinion

France: Sondage sur la perception du prêtre dans la société

Paris, 8 novembre 1999 (APIC) Huit Français sur dix perçoivent plutôt le prêtre comme un représentant de l’Eglise, assez proche des gens et généralement à l’écoute, selon un sondage réalisé pour le quotidien «La Croix». Quant à voir dans le prêtre un «témoin de Dieu sur la terre», un Français sur trois ne le pense pas. D’ailleurs, pour un tiers des Français, le prêtre n’est pas «un homme nécessaire à la société». Au-delà des chiffres, l’»enquête» montre que les prêtres d’aujourd’hui sont d’abord confrontés à l’indifférence».

Ce sondage exclusif, un de plus dans la «sondomanie» que traverse la France , a été réalisé par la société CSA les 22 et 23 octobre auprès d’un échantillon représentatif de 1’002 personnes, choisies par la méthode des quotas (âge, sexe, profession, région…). L’objectif n’était pas de définir ce qu’est un prêtre, ni de préciser le profil actuel des prêtres en France, mais de prendre un cliché instantané de l’opinion afin d’observer comment l’image du prêtre est perçue.

Premier enseignement du sondage: le prêtre reste massivement perçu comme l’homme d’une institution (88% des Français le voient en «représentant de l’Eglise»), et beaucoup moins comme un témoin personnel: 55% veulent bien le voir en «témoin de Dieu sur la terre», mais 40% sont d’un avis opposé. Certes, aux yeux de l’Eglise, les deux aspects ne sont pas contradictoires. Mais la manière dont ils composent l’image du prêtre dans l’opinion semble être en proportion inverse des attentes de cette l’opinion. En effet, comme l’ont montré d’autres enquêtes, dans une culture devenue plus individualiste, les messages des institutions passent moins bien que les témoignages personnels.

Le récent sondage CSA confirme d’ailleurs cet aspect: c’est sur le plan des relations humaines que le prêtre est le plus apprécié: il est perçu comme un «homme d’écoute» par 83% des Français et 76% le voient comme «un homme proche des autres hommes». Mais son identité et sa mission n’en ressortent que plus floues: on ne trouve plus deux tiers de français pour défendre l’image du prêtre comme «témoin de Dieu». On en vient, du même coup, à douter de son utilité: c’est le cas de 32% des répondants. En 1970, 71% des Français étaient encore d’un avis opposé: ils ne sont plus que 64% aujourd’hui à voir dans le prêtre «un homme nécessaire à la société».

Déficit d’image

Il y a donc un «déficit d’image», commente «La Croix», dans son édition du 5 novembre, où le quotidien dégage les principaux enseignements du sondage. Ce déficit d’image n’arrange pas la promotion des vocations à la prêtrise, surtout quand 25 à 40% des Français rangent la solitude, les prises de position de l’Eglise, la baisse du nombre des croyants et le célibat parmi les difficultés majeures d’une vie de prêtre.

Mieux renseignés sur le ministère du prêtre, les catholiques pratiquants devraient-il être les premiers à encourager les jeunes vocations à la prêtrise? Le sondage invite à nuancer. Il est vrai qu’un catholique pratiquant sur deux se montre plutôt encourageant pour les vocations au ministère, là où un Français sur deux en général attire plutôt l’attention sur les difficultés. Mais face à un fils ou à un proche qui exprime le désir d’être prêtre, la proportion de réactions encourageantes tend aussi à diminuer aussi chez les catholiques pratiquants: 58% en 1996, 51% cette année.

Dans une société qui voit s’affirmer de plus en plus les aspirations individuelles sur les projets collectifs, la question du bonheur personnel semble être de plus en plus déterminante dans les choix individuels. Or, ici encore, l’image du prêtre, tel que le voient les Français, accuse un déficit. Quand on leur demande si le prêtre est «un homme heureux, épanoui», les répondants sont désormais plus nombreux à répondre non (45%) qu’à répondre oui (43%).

Prêtres moins heureux?

Est-ce à dire que les prêtres de France seraient de moins en moins heureux? Même si leur nombre diminue (33’000 en 1989, 27’000 environ aujourd’hui), leur ministère est encore assumé par une bonne centaine de nouveaux prêtres ordonnés chaque année. Que sait-on de tous ces prêtres, de leur souci d’épanouissement et de leur bonheur tel qu’il est vécu ? Ici, c’est par le taux d’abstentions que le sondage CSA est le plus révélateur: autant le prêtre est apprécié pour son écoute et pour sa proximité auprès des autres, autant, une fois sur dix, on ne sait plus se prononcer sur le bonheur du prêtre.

Peut-être simplement parce que beaucoup ne le rencontrent plus… «Les deux premières années, le jeune prêtre a encore l’attrait de la nouveauté dans la paroisse: on vient le voir régulièrement», constatait fin octobre Guy Laissante, supérieur du Séminaire de Nancy. «Mais quand, la troisième année, plus personne ne vient, c’est très dur», ajoutait-il. Le constat a été fait à Paris devant les informateurs religieux, à la veille de l’assemblée annuelle des évêques de France. Confirmation par Mgr Hippolyte Simon, évêque de Clermont-Ferrrant: «Les prêtres d’aujourd’hui sont d’abord confrontés à l’indifférence». (apic/cip/tg/pr)

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