Suisse: A la veille du sommet de l’OMC à Seattle, le Conseil fédéral sévèrement critiqué
et consommateurs unis contre le dogme néo-libéral
Berne, 8 novembre 1999 (APIC) A trois semaines de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui s’ouvre le 30 novembre à Seattle, le Conseil fédéral a ramassé lundi une volée de bois vert. Accusés de faire le lit du néolibéralisme destructeur de l’emploi, de la protection sociale et de l’environnement, c’est Pascal Couchepin et son Département fédéral de l’économie qui sont visés! La résistance de la société civile s’organise et une manifestation anti-OMC se tiendra le 27 novembre prochain devant les bâtiments de l’organisation à Genève.
Alors que les préparatifs du sommet de Seattle vont bon train, « le mandat de négociation de la Suisse est entouré du plus grand secret! », accusent les syndicats, les œuvres d’entraide et les organisations écologiques et paysannes. Qui soupçonnent le Département de l’économie de se positionner « en champion du dogme ultralibéral », sans la moindre transparence et en l’absence de débat démocratique, alors que les répercussions d’une poursuite de la libéralisation du commerce mondial sont considérables pour la vie des gens où qu’ils vivent. Tous reprochent à Berne de vouloir donner une nouvelle impulsion à la libéralisation de l’économie mondiale, notamment dans le domaine des investissements, de l’agriculture, des services et de la propriété intellectuelle.
Pas d’urgence à libéraliser davantage
Lors d’une conférence de presse à Berne, organisations paysannes – la puissante Union suisse des paysans (USP) était aux côtés de la combative Union des producteurs suisses (UPS) et l’Association suisse pour la défense des petits et moyens paysans – tiers-mondistes, syndicalistes (l’Union syndicale suisse USS avec la Confédération des syndicats chrétiens CSC), écologistes (Greenpeace et WWF), œuvres d’entraide et consommateurs suisses ont tous lancé le même message: « C’est un non décidé au dogme néolibéral de l’OMC ».
« L’OMC apparaît toujours davantage comme l’organisation exclusive des multinationales », ajoute la communauté de travail des œuvres d’entraide Action de Carême, Caritas, Pain pour le prochain, Swissaid et Helvetas. Son directeur, Peter Niggli, remarque d’ailleurs que la poursuite de la libéralisation commerciale – lancée en 1994 dans le cadre du GATT lors de l’Uruguay Round- n’est pas du tout urgente en ce moment. « Contrairement à l’objectif activiste et volontariste » du Département de l’économie. La Suisse devrait plutôt plaider pour un « Developpment Round », un cycle de négociations axé sur le développement, comme le réclame le Groupe des 77, qui représente 130 pays en voie de développement.
John Dupraz, conseiller national radical: la « Lex americana » de l’OMC, « on en a marre! »
Très remonté contre le jeu de cache-cache du Département de son collègue de parti Pascal Couchepin, l’agriculteur genevois John Dupraz, par ailleurs conseiller national radical, a lui aussi dénoncé la « Lex americana » de l’OMC. Et d’insister que ce ne devraient pas être les multinationales qui négocient à l’OMC, mais les chefs d’Etat et leurs représentants. « Dans les pays démocratiques, les gouvernants représentent le peuple et ne doivent donc agir non pas en voyageurs de commerce des multinationales, mais en hommes responsables et soucieux de l’intérêt général des peuples qu’ils dirigent ».
« On en a marre, ce sont partout les petits qui trinquent. Construire un monde comme l’a voulu l’Uruguay Round – on s’en aperçoit maintenant – où 5% de la population de la planète en tirent profit tandis que 95% n’en ont aucun avantage voire que les inconvénients, c’est la plus grande escroquerie politico-économique de tous les temps. On a trompé les peuples du monde! », a poursuivi le bouillant conseiller national genevois en soulignant les effets néfastes de 5 années de déréglementation du commerce international depuis les Accords de Marrakech. « De belles promesses, mais dans la réalité, en érigeant la liberté du commerce en dogme absolu, on a favorisé les détenteurs de capitaux contre les hommes et les femmes qui travaillent; les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres… ».
Approbation tant du côté du leader de l’UPS, le paysan écologiste neuchâtelois Fernand Cuche, nouveau parlementaire fédéral, que du conseiller national démocrate-chrétien argovien Melchior Ehrler, directeur de la très officialiste USP. Une position claire des organisations paysannes, rejointes ici par les organisations ouvrières de la CSC et de l’USS. La paysannerie suisse en effet, « exposées au vent glacial du libéralisme » depuis la mise en œuvre de la nouvelle politique agricole suisse, doit s’adapter selon le vœu du législateur suisse: introduire à la fois davantage de marché et davantage d’écologie. « Mais les règles de l’OMC vont à fin contraire des buts écologiques que l’on nous assigne, puisque qu’elles veulent imposer aux consommateurs des denrées produits dans des conditions qui ne respectent pas l’environnement et la santé, comme la viande aux hormones, sous prétexte qu’ils sont meilleur marché… »
Une politique fédérale qui confine à la schizophrénie
John Dupraz déplore encore la sectorisation des problèmes que mène le Conseil fédéral: « On nous dit que les problèmes de l’environnement ont déjà été traités au Sommet de la Terre de Rio en 1992, la réglementation sur le travail, il faut aller voir à l’Organisation internationale du Travail (OIT), pour le commerce, c’est l’OMC…, les responsables des divers secteurs ne parlent pas entre eux! » Sur ce point également, le syndicaliste Denis Torche (CSC) rejoint l’agriculteur genevois, estimant que cette politique « en pièces détachées » du SECO (Secrétariat d’Etat à l’économie) confine à la schizophrénie, quand on défend des positions qui divergent selon les forums auxquels on s’adresse. « D’un côté on souhaite la libération mais ne veut pas de normes sociales à l’OMC, mais à l’OIT on prône les droits fondamentaux du travail, tout en sachant que l’OIT a peu de moyens de faire respecter ces droits ». Face à cette contradiction, la CSC aimerait que le gouvernement ait une politique intégrée, qui tienne compte également des normes sociales et de la défense de l’environnement. (apic/be)
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