La violence et les actes illégaux récompensés ?

Nazareth: Pose de la première pierre de la mosquée de la discorde le 22 novembre

Nazareth/Jérusalem/Beyrouth, 9 octobre 1999 (APIC) Alors que la pose de la première pierre de la « mosquée de la discorde » de Nazareth aura lieu dans une atmosphère très tendue le 22 novembre prochain – au grand dam des chefs religieux chrétiens de Terre Sainte mais en présence de ministres et de hauts fonctionnaires israéliens – , les militants islamistes ont démonté ce week-end leur tente de prière érigée juste à côté de la Basilique de l’Annonciation.

Les islamistes, qui ont érigé illégalement cette « tente de protestation » il y a deux ans, ont accepté le « compromis » proposé par les autorités israéliennes. La proposition gouvernementale d’autoriser la construction d’une petite mosquée récompense, du point de vue des leaders chrétiens, des actes violents et illégaux. Elle a suscité la colère des patriarches grec-orthodoxe, arménien apostolique et latin de Jérusalem ainsi que du custode (franciscain) de Terre Sainte. En signe de protestation, ils ont décidé de fermer les lieux saints chrétiens les 22 et 23 novembre prochain. La visite du pape en Terre Sainte au printemps prochain pourrait même être remise en question, ce qui serait un grave revers du point de vue de l’image internationale d’Israël, très écornée par le précédent gouvernement nationaliste de Benyamin Netanyahou

Les responsables chrétiens reprochent à l’ancien gouvernement israélien d’avoir cédé aux pressions islamistes pour gagner des voix aux élections. Ils se demandent pourquoi le Premier ministre Ehud Barak a à son tour cédé et accepté la construction d’une mosquée en 2001 après les festivités du Jubilé. Ce bâtiment d’une surface de 700m2, équipé de haut-parleurs, dominera la place de 2000 m2 qui était destinée par la Municipalité à l’accueil des pèlerins chrétiens. Ce lieu de culte exigé par une minorité fondamentaliste est tout à fait superflu: Nazareth compte suffisamment de mosquées, dont certaines sont récentes.

La fermeture des lieux saints chrétiens: de l’huile sur le feu ?

Salman Abu-Ahmed, le chef du Mouvement islamique lié à la liste unie de Nazareth, le groupe politique islamiste majoritaire dans le Conseil municipal de la plus grande ville arabe d’Israël, a souligné que son mouvement, en évacuant la place, a honoré sa part de l’accord avec les autorités israéliennes. Il a qualifié de « provocatrice » la décision des grandes Eglises chrétiennes de fermer les lieux saints les 22 et 23 novembre, jour de la pose de la première pierre de la nouvelle mosquée.

Pour lui, cette attitude n’aide en rien à résoudre les problèmes, « mais va au contraire seulement exacerber les tensions dans la ville ». Les motivations à peine voilées des militants islamistes sont davantage politiques que religieuses: il s’agit pour eux de s’emparer de la municipalité dirigée par Ramez Jaraisy, un chrétien membre du parti Hadash (communiste). Insensible aux craintes des chrétiens de Nazareth, exposés aux agressions des fondamentalistes, Salman Abu-Ahmed les invite à reconsidérer leur décision et « à soutenir plutôt la construction de la nouvelle mosquée ».

Sans craindre la provocation, le leader islamiste a l’intention d’inviter tous les chrétiens de Terre Sainte dont les églises seront fermées de venir à Nazareth… prier sur le site de la future mosquée. « Parce qu’après tout, nous tous, musulmans, chrétiens et juifs, prions le même Dieu ». Des responsables du Front Démocratique pour la Paix et l’Egalité (Hadash) à Nazareth se sont également inquiétés de la fermeture des églises décidée par les chefs chrétiens. A leurs yeux, un tel geste ne va pas contribuer à résoudre le contentieux ni à améliorer les relations islamo-chrétiennes à Nazareth.

Risque de refroidissement durable dans les relations entre Israël et l’Eglise catholique

Mais la décision du gouvernement Barak, si elle est maintenue malgré les pressions internationales et celles du Vatican, risque de refroidir durablement les relations entre l’Eglise catholique et l’Etat d’Israël. Sans oublier que les responsables chrétiens s’inquiètent de la décision des autorités religieuses israéliennes de consigner dans des lieux fermés – veille du sabbat oblige! – les célébrations chrétiennes les 24 et 31 décembre prochain, qui devraient avoir une dimension particulière en raison du Grand Jubilé de l’an 2000. Une restriction ressentie comme une violation de la liberté religieuse par les chrétiens de Terre Sainte.

A Beyrouth, on soupçonne une action téléguidée pour diviser les Palestiniens

A Beyrouth, l’ancien ministre libanais de la Culture Michel Eddé a déclaré dans une conférence à Dar-el-Fatwa que les heurts entre chrétiens et islamistes de Nazareth font le jeu d’Israël. « La discorde que l’Etat hébreu sème dans cette ville, en donnant apparemment raison aux islamistes, doit servir indirectement de prétexte à Israël pour parvenir à ses fins. Il n’est pas important de savoir qui a raison, mais à qui profite cette discorde », a lancé M. Eddé.

Pour le politicien chrétien libanais, les incidents de Nazareth sont de nature à confirmer aux yeux d’Israël « qu’il n’y a pas d’identité arabe, ni d’appartenance nationale arabe, à Nazareth ou ailleurs, parmi les Arabes de Palestine. Israël veut démontrer qu’il n’y a en Palestine que des communautés qui luttent entre elles et se déchirent ». Et de faire remarquer que les divisions confessionnelles entre Arabes qui se manifestent en ce moment sont les premières depuis la « nakba » de 1948, la grande « catastrophe » qui a vu l’exode forcé de près d’un million de Palestiniens lors de la fondation de l’Etat d’Israël.

La « catastrophe des catastrophes »

L’ancien ministre libanais n’a pas hésité à parler du risque d’une « nakba suprême, celle qui restera comme la catastrophe des catastrophes », à savoir « la destruction de la Grande Mosquée al-Aqsa, et son remplacement par le Temple de Salomon ». Selon lui, la destruction de la mosquée al-Aqsa se ferait suivant un scénario échappant apparemment au contrôle du gouvernement israélien et de ses forces de sécurité. Cette destruction prendrait la forme d’un attentat terroriste mené par des extrémistes juifs, des partisans de la Torah, qui ne cachent pas leur intention de procéder à la destruction de cette mosquée, construite sur le mont où se trouvait l’ancien Temple de Salomon.

« Ce n’est pas une vue de l’esprit, ni un projet chimérique, selon M. Eddé qui relève la « judaïsation rampante » de la Ville sainte de Jérusalem, qui se caractérise par la confiscation de 11’000 cartes d’identité de résidents palestiniens, chrétiens et musulmans, de la Ville sainte, au cours des quatre dernières années, et de la construction d’une série de colonies de peuplement autour de Jérusalem. Des sectes fondamentalistes juives se sont installées aux alentours immédiats de la Grande Mosquée, a encore précisé Michel Eddé.

Fin octobre, selon l’ancien ministre libanais, le gouvernement israélien a été averti dans un rapport qu’en l’état actuel des choses, la garde des lieux saints de l’islam était insuffisante pour les protéger d’actes terroristes que pourraient entreprendre des groupes extrémistes « juifs et chrétiens ». Le ministre chargé de la sécurité intérieure, Shlomo Ben-Ami a demandé à son gouvernement des crédits supplémentaires pour renforcer le dispositif de sécurité autour de la mosquée al-Aqsa, l’un des plus importants lieux saints de l’islam. Un attentat contre un tel édifice sacré pourrait enflammer toute la région. (apic/jpost/orj/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/nazareth-pose-de-la-premiere-pierre-de-la-mosquee-de-la-discorde-le-22-novembre/