L’enfant bouc émissaire des tares de la société
Kinshasa, 14 novembre 1999 (APIC) Des enfants accusés d’être des « sorciers » sont torturés et tués au Congo (République démocratique), dénoncent dans son dernier bulletin l’Agence romaine Fides. L’enfant, explique-t-on à Kinshasa, est ainsi devenu le bouc émissaire des tares de la société.
Accusés de sorcellerie, ces gosses sont chassés de chez eux, torturés et parfois tués dans les quartiers pauvres de Kinshasa », écrit Fides, sur la base du témoignage de l’abbé Urban Kabunga, secrétaire général de la Conférence épiscopale du Congo. Selon ce prêtre, ces pratiques sont exercées surtout dans les couches les plus pauvres de la population, en raison « des problèmes sociaux très graves, rendus plus aigus encore par le conflit en cours dans le pays ».
La liste des cas est longue. En septembre l’AFP signalait des tortures jusqu’à la mort d’un enfant de 14 ans, accusé « d’avoir ensorcelé une femme ». Une tragédie familiale, un deuil, un divorce, le chômage, sont suffisants pour trouver chez les enfants « la cause maléfique ».
« Mon père a perdu son travail. Il a dit que c’était ma faute et a pensé que c’était moi avais provoqué le licenciement », explique une petite fille nommée Thiala. Des enfants qui vivent dans la rue confirment qu’ils ont été chassés de chez eux parce qu’ils étaient des « sorciers ».
Des enfants « sorciers » ont été accueillis dans la paroisse de Masina, un des quartiers pauvres de la capitale, Kinshasa. Le gosse passe pour être le bouc émissaire de toutes les difficultés d’une famille, relève l’abbé Kabunga. Les accusations de sorcellerie, précise-t-il, concernaient auparavant les personnes âgées, seules; c’est contre elles que se déchaînait la rage de la population quand survenaient des difficultés ou des malheurs.
Selon lui, la « chasse aux enfants sorciers » manifeste une augmentation du malaise dans la société, au point d’éliminer toute forme de respect pour la vie humaine. Cet acharnement est « le signe d’une immense pauvreté anthropologique, du manque de conscience de la valeur de la vie humaine, et d’un système dans lequel, à cause de la guerre, on a enlevé toute forme de pitié ». (apic/fi/pr)
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