Australie: Les anglicans du diocèse de Sydney permettent aux laïcs de présider l’Eucharistie
Sydney, 14 novembre 1999 (APIC) Le synode du diocèse anglican de Sydney, en Australie, a décidé par un vote de permettre aux laïcs de célébrer l’eucharistie au même titre que les prêtres. Si l’archevêque de Sydney, Harry Goodhew, entérine la décision, il s’agira de la première initiative de ce genre pour la Communion anglicane à travers le monde. Le mot de «division» est d’ores et déjà avancé.
Les critiques et condamnations n’ont cependant pas tardé. Pour les détracteurs, ce serait tourner carrément le dos aux traditions et pratiques anglicanes et risquer de diviser l’Eglise anglicane. Un opposant à cette décision assimile le projet à une attaque contre le ministère. Les artisans du changement, quant à eux, font valoir qu’empêcher les laïcs «de célébrer la sainte communion va à l’encontre de l’enseignement de l’Evangile.
C’est le 19 octobre que le Synode de Sydney, à coloration fortement évangélique et composé de membres du clergé et de laïcs, a décidé de rompre avec des siècles de tradition en permettant aux laïcs de présider la célébration de l’eucharistie pendant une période d’essai de cinq ans. Après le vote, l’archevêque Goodhew, qui dispose d’un mois pour mettre son veto ou entériner ce vote, a demandé aux membres du synode de «prier» pour lui. Sa décision devrait tombe ces jours.
Aux termes de la proposition, les laïcs devraient être approuvés par l’archevêque et par leur paroisse avant de pouvoir présider la célébration de l’eucharistie. Avant le vote, l’archevêque a toutefois mis en garde en déclarant que la proposition inquiétait d’autres Eglises anglicanes.
En votant de la sorte, le diocèse de Sydney se démarque des autres diocèses de l’Eglise anglicane d’Australie, dont la tendance est moins évangélique.
Le primat de l’Eglise, l’archevêque de Melbourne, Keith Rayner, a vivement critiqué la décision, qui, dit-il, «met le Synode de Sydney à contre-pied, non seulement avec le reste de l’Eglise anglicane d’Australie, mais aussi avec l’Eglise anglicane du monde entier»
L’unité anglicane à dure épreuve
«Lors de la Réforme, au 16e siècle, les réformateurs anglicans ont bien précisé qu’ils ne fondaient pas une nouvelle Eglise. Ils ont confirmé très clairement les ordres d’évêques, de prêtres et de diacres – et les fonctions qu’ils remplissent. Le vote de Sydney constitue une rupture fondamentale avec les principes des réformateurs anglicans, peut-on lire dans un communiqué de l’archevêque de Melbourne, émis au lendemain du vote. Le communiqué
Quant à l’archevêque de Brisbane, Peter Hollingworth, il a averti que le vote «mettrait à dure épreuve l’unité de notre Eglise».
Voilà un certain temps déjà que le diocèse de Sydney, qui, avec plus d’un million de membres, est le plus grand diocèse anglican d*Australie, examine la possibilité de permettre aux laïcs et aux diacres de présider la célébration de l’eucharistie. L’an dernier, la plus haute instance juridique de l’Eglise australienne a jugé que la constitution de l’Eglise ne l’interdisait pas, tout en statuant également qu’aucun diocèse ne pouvait l’adopter sans l’approbation du Synode général, assemblée nationale de représentants des diocèses. Un membre du Synode de Sydney, le juge Keith Mason, a déclaré que «l’adoption de cette ordonnance dépassait les pouvoirs du synode». A son avis, l’Eglise risquait de s’exposer à des poursuites auprès des tribunaux.
Le tort des réformateurs du 16e siècle
John Woodhouse, qui a déposé auprès du Synode la motion en faveur de la possibilité pour les laïcs de célébrer l’eucharistie, a pour sa part rejeté la possibilité d’une division de l’Eglise. Interviewé durant l’émission religieuse radiophonique – Religion Report – le lendemain du vote, il a déclaré: «L’Eglise anglicane continuera de fonctionner avec ses tensions et avec sa coopération, comme par le passé».
Selon lui, les réformateurs du 16e siècle qui avaient fondé l’Eglise d’Angleterre ont eu tort de conserver le mot «prêtre» pour désigner les ministres du culte. «Laisser les laïcs présider la célébration de l’eucharistie nous ramène au temps de la Réforme, à la redécouverte de la Bible, au sentiment que les prêtres chrétiens ne forment pas une classe à part qui jouit d’un statut spécial ou d’un pouvoir spécial ou qui, dans un certain sens, se situe au-dessus des laïcs». (apic/eni/pr)
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