Chiapas: Le successeur de Mgr Samuel Ruiz veut rester à San Cristobal de las Casas
San Cristobal de las Casas/Mexico, 17 novembre 1999 (APC) Malgré les pressions des milieux conservateurs, qui aimeraient que le pape Jean Paul II déplace Mgr Raul Vera Lopez, évêque coadjuteur de San Cristobal de las Casas, ce dernier souhaite poursuivre sur place l’œuvre de l’évêque des « Indios » du Chiapas. Le nonce apostolique à Mexico est cependant en train de réunir la liste des trois candidats, la « terna », pour la succession sur le siège de San Cristobal. Il se refuse à préciser le sort qui attend le coadjuteur de Mgr Ruiz.
Mgr Ruiz a remis sa démission au pape le 3 novembre dernier, date de son 75ème anniversaire, et c’est Mgr Vera Lopez qui devrait normalement lui succéder… sauf changement de cap du Vatican.
Selon le quotidien mexicain « La Jornada », Don Raul Vera a déclaré qu’après que le Vatican ait accepté la démission de Don Samuel, c’est lui, comme coadjuteur, qui deviendra automatiquement nouvel évêque du diocèse de San Cristobal. Le successeur de Samuel Ruiz, désigné en 1995 par le pape au poste de coadjuteur avec droit de succession, est d’avis que Jean Paul II ne va pas nommer aujourd’hui une autre personne à la tête du diocèse du Chiapas. Raison pour laquelle il va travailler à consolider l’œuvre pastorale que son prédécesseur a développée ces quarante dernières années.
Mgr Vera a souligné vouloir poursuivre l’appui de l’Eglise aux indigènes et continuer dans la voie de la théologie de la libération. Certes, a-t-il admis, cette théologie, qui n’est pas mauvaise, a été critiquée par certains secteurs parce qu’elle a montré que la pauvreté n’est pas due à la paresse des gens mais bien à une politique économique qui empêche la réalisation de la personne humaine.
« Pour que je quitte le diocèse de San Cristobal de las Casas, le pape Jean Paul II devrait me déplacer ces jours-ci, parce que comme évêque coadjuteur, je succède automatiquement à Don Samuel Ruiz Garcia », a-t-il déclaré à la presse mexicaine. La nomination de l’évêque dominicain Vera Lopez, en plein conflit entre le gouvernement et rebelles des zapatistes du « Sous-commandant Marcos », avait été reçue au départ avec scepticisme: d’aucuns pensaient qu’il allait réorienter la ligne pastorale de Samuel Ruiz, solidaire des Indios du Chiapas dans leur lutte pour la reconnaissance de leur dignité et de leurs droits. Mais Mgr Vera Lopez allait très vite emprunter les pas de Don Samuel Ruiz, au grand dam des milieux conservateurs. En août dernier, le nonce apostolique au Mexique, Mgr Justo Mullor Garcia, et Mgr Luis Morales Reyes, archevêque de San Luis Potosi et président de la Conférence épiscopale du Mexique, avaient rappelé dans un communiqué visant tant Mgr Ruiz que Mgr Vera Lopez, que c’est uniquement au pape Jean Paul II que revient le droit nommer les évêques ou d’accepter leur démission. Ils protestaient contre la présentation par le bulletin diocésain de San Cristobal de Mgr Vera Lopez comme successeur de Don Samuel Ruiz.
Propos apaisants de Mgr Ruiz Garcia
Selon une information disponible sur le site internet de la Conférence épiscopale mexicaine, l’évêque de San Cristobal de las Casas, qui vient de remettre sa démission, assure que durant ces 40 ans à la tête du diocèse, « il n’y a eu aucune incompréhension de la part d’aucun secteur de l’Eglise catholique en ce qui concerne mon engagement ecclésial ». Cette déclaration a été faite lors d’une conférence à la paroisse des Indios de la Basilique de Guadalupe lors de la présentation de son dernier livre « Mon travail pastoral dans le diocèse de San Cristobal de las Casas », un ouvrage de 160 pages.
Mgr Ruiz a relevé que certains secteurs ne croyaient pas en son action et étaient persuadés que « cet évêque va venir nous demander de l’aide à genoux ». Malgré les critiques concernant son engagement pastoral, son diocèse est proche d’atteindre son objectif fondamental qui est de créer une Eglise autochtone, même si « elle n’existe pas encore » à San Cristobal de las Casas. Don Samuel a lancé un appel à tous les diocèses d’Amérique latine afin qu’ils encouragent la création et le développement d’Eglises autochtones qui cherchent à évangéliser tout en respectant en même temps la culture de chacun des groupes ethniques qui vivent sur ce continent.
Une procédure de sélection pour la succession de Mgr Ruiz
Pour sa part, le nonce apostolique a rappelé que de la même manière que le gouvernement mexicain interdit à l’Eglise de s’immiscer dans les affaires politiques, l’Eglise catholique demandera au gouvernement de ne pas intervenir dans les affaires relevant uniquement de la compétence du clergé. Et d’affirmer que pour la désignation du nouvel évêque de San Cristobal de las Casas, le gouvernement restera en marge.
Le nonce précise qu’il est en train de mettre en place la procédure de sélection des trois candidats qui formeront la « terna » pour désigner l’évêque qui occupera le siège de San Cristobal, sans vouloir ni donner le nom des candidats ni révéler le sort réservé à l’actuel évêque coadjuteur, Mgr Vera Lopez. (apic/cem/jorn/be)
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