Israël: Les missionnaires chrétiens accusés d’exploiter la détresse des nouveaux immigrants
Jérusalem, 18 novembre 1999 (APIC) Les missionnaires chrétiens vivant en Israël sont accusés d’exploiter la détresse économique et sociale des nouveaux immigrants. Adi Eldar, président de l’Union des autorités locales, souhaite que la police s’occupe de cette affaire qui concerne « des centaines de missionnaires chrétiens ». En Israël, la loi interdit la conversion en échange d’avantages matériels, mais elle n’est pas appliquée.
Dans une lettre au Ministre de la Sécurité intérieure Shlomo Ben-Ami, Eldar demande au gouvernement d’agir contre ces pratiques. Le Grand rabbin ashkénaze Yisraël Lau rappelle pour sa part que la loi israélienne interdit à quiconque d’encourager quelqu’un à changer de religion pour obtenir des avantages matériels. Mais elle n’est pas appliquée. Une loi d’ailleurs, relèvent les organisations de défense des droits de l’homme, qui n’a en soi rien à faire dans un pays qui se prétend démocratique.
Le Grand rabbin Y. Lau affirme avoir reçu des rapports de travailleurs sociaux selon lesquels les missionnaires chrétiens exploitent la situation des nouveaux immigrants, des personnes sans emploi et marginalisées. Les missionnaires travaillant dans les quartiers défavorisés leur offriraient des avantages matériels, dont parfois des billets d’avion pour que les nouveaux convertis puissent quitter le pays. « Le problème n’est pas la loi, mais son application », souligne-t-il encore, en affirmant que cette situation ne doit pas interpeller seulement les milieux religieux juifs, mais toute la société israélienne.
Le Ministre israélien de l’intérieur, l’ancien « refuznik » russe (Anatoly) Natan Sharansky, estime pour sa part que l’on peut contrer l’activité missionnaire en renforçant les liens des immigrants avec le judaïsme. Il s’agit notamment de développer des activités spécifiques comme des cours de formation de fonctionnaires religieux aptes à travailler avec les immigrants de l’ancienne Union soviétique. Au Ministère israélien de l’absorption des immigrants, on reconnaît que le travail des missionnaires chrétiens est un vrai problème, mais l’on hésite sur les moyens à employer, de crainte de faire de la publicité gratuite à ces groupes.
Parmi les mouvements dans le collimateur d’Adi Eldar, les Témoins de Jéhovah, les communautés juives messianiques (qui croient au Christ) ainsi que les missionnaires chrétiens venus d’Europe et des Etats-Unis. Leurs activités sont concentrés dans les localités où les nouveaux immigrants sont nombreux, comme les hauts de Nazareth, Karmiel, Haifa, Jérusalem, Ashdod et Beershéva.
Les immigrants non juifs victimes du racisme
Le problème des immigrants non juifs victimes du racisme préoccupe également les autorités israéliennes. Israël doit développer une stratégie face à ces immigrants s’il ne veut pas devoir affronter un jour « une explosion sociale accompagnée de phénomènes de haine » tels que l’on en rencontre en Europe, souligne Michael Melchior, ministre israélien chargé des affaires de la diaspora, en faisant allusion à la montée de l’extrême-droite. Pour illustrer son propos, Melchior a mentionné à la presse à New York la percée du parti de Jörg Haider en Autriche et de Christoph Blocher en Suisse.
Difficultés des immigrants non juifs: pas un problème de droits de l’homme ?
Cette dernière décennie, près de 25% des immigrants de l’ancienne Union soviétique n’étaient pas juifs. Cette proportion est montée à 53% l’an dernier, ce qui pose de réels problèmes à la société israélienne, a déclaré Michael Melchior aux journalistes lors d’une conférence au consulat israélien de New York. Pour le ministre israélien, les problèmes soulevés par l’immigration de non juifs en Israël « sont différents, parce qu’ils n’impliquent pas des questions de droits de l’homme, mais concernent le statut personnel ». « Nous parlons ici d’une immigration de gens venant dans le cadre des ’olim’, comme immigrants juifs, et leur statut personnel est qu’ils ne sont pas juifs, ce qui crée un problème à un niveau différent ». Israël, en tant qu’Etat juif, ne considère pas l’immigration des non juifs comme un phénomène normal, en évoquant le risque d’altération de la nature de l’Etat. (apic/jpost/haar/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse