Brazzaville, 19 novembre 1999 (APIC) Après quatre jours de tractations serrées, l’Armée du Congo-Brazzaville et la majorité des factions rebelles ont finalement signé, le 16 novembre, un document d’Accord de paix. Kolelas et Lissouba, leaders en exil, n’y croient pas. Il s’agit, estiment-ils, de la poudre aux yeux.
L’accord, signé à Pointe-Noire, a été souscrit par le général Gilbert Moukoki du côté de l’armée gouvernementale, et par le colonel Boussi Moukoko du côté des rebelles (Mouvement de Libération, ex-Cocoyes), le commandant Bernard Tandou (Mouvement de Libération Nationale, ex-Ninjas), ainsi que par les factions Cobras, Bana Do et de la Résistance Sud-Sud. Pour le gouvernement, c’est le ministre du Commerce extérieur, en la personne de Henry Diombo, qui a signé. On est ainsi peut-être tout près de résoudre le conflit commencé en 1997, au moment où Denis Sassou Nguesso avait chassé du pouvoir le président Pascal Lissouba et son Premier ministre Bernard Kolelas, aujourd’hui en exil.
Selon les sources rapportées par l’agence missionnaire Fides (Vatican), « cet accord a été accueilli avec joie par les gens qui sortaient de la forêt. Cependant tous sont conscients qu’il ne s’agit que d’un accord militaire, du moins pour le moment. Tant qu’on n’aura pas réalisé un accord politique avec les leaders de l’extérieur, il n’y aura pas de paix durable au Congo ».
L’accord stipule que « seul le dialogue, et non le recours aux armes, peut aider à résoudre le conflit interne d’une manière durable ». Les signataires demandent l’adoption d’une loi d’amnistie pour tous les miliciens rebelles qui déposeraient les armes et une opération de sauvetage pour les réfugiés dispersés dans les forêts du Pool, de la Bouenza, du Niari et du Lékoumou.
Sur ces réfugiés, les informations sont accablantes. Ils sont 500’000, cachés dans les forêts depuis plusieurs mois, obligés qu’ils sont de manger de l’herbe. Seuls des missionnaires sont allés les voir en leur apportant un peu d’aide. De temps en temps, ces « fantômes de la forêt » se hasardent à en sortir pour profiter d’une aide quelconque de personnes dignes de foi.
Excuses publiques
Selon l’accord de Pointe-Noire, l’armée doit, pour ne pas faire capoter le cessez-le-feu, renoncer aux opérations militaires contre la guérilla. L’accord prévoit en outre la réinsertion dans l’armée gouvernementale des hauts officiers qui avaient adhéré à la guérilla et l’engagement d’autres combattants par la force publique à partir du 15 décembre prochain.
Au cours de la cérémonie, Paul Tandou, un des leaders du mouvement de la guérilla Ninja, a fait des excuses publiques pour les violences infligées à la population. « Au peuple souverain, dépositaire des pouvoirs ancestraux, a-t-il dit, nous demandons pardon au nom de Jésus-Christ notre Seigneur ».
Cet accord n’est que fruit de l’initiative de Sassou Nguesso, qui, depuis août dernier, a suffisamment ouvert la porte à ceux qui se désolidarisaient de la guérilla, commente l’agence Fides. Il a ainsi consenti que plusieurs opposants puissent rentrer et il tente même d’entreprendre une négociation avec Kolelas et Lissouba, par l’intermédiaire de son ambassade à Paris. Ces derniers, pour leur part, ont toujours soutenu que la négociation devait avoir lieu sous l’initiative et l’égide de l’ONU ou de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine).
Kolelas et Lissouba ont donc réagi avec fermeté à la nouvelle de l’accord. Pour Kolelas, actuellement aux Etats Unis, c’est « de la poudre aux yeux », tandis que l’entourage de Lissouba parle de « machination », écrit Fides. Les deux leaders en exil ont vu impuissants le projet de Sassou Nguesso se réaliser, ajoute l’agence missionnaire: il a réussi à isoler la guérilla de ses chefs et fait revenir au pays les figures de second plan, avec lesquelles il a négocié une paix « conclue en famille » en leur offrant comme récompense la réinsertion dans l’armée.
Le Congo compte environ 3 millions d’habitants, dont la moitié sont chrétiens (33 % catholiques, 17% membres d’autres confessions), 47% animistes et environ 2% musulmans. (apic/cip/pr)
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