Vatican: Le pape reçoit le 3e groupe d’évêques allemands en visite ad-limina
Rome, 21 novembre 1999 (APIC) Le pape Jean Paul II n’a pas pris des gants pour demander aux évêques allemands en visite «ad limina apostolorum» au Vatican de se conformer définitivement et rapidement à ses directives à propos des centres catholiques de consultation pré-avortement. La présence de l’Eglise dans le système étatique de conseils pour femmes en difficultés désirant interrompre une grossesse est l’objet d’un long et douloureux litige entre les catholiques allemands et le Saint-Siège.
Recevant samedi le 3e groupe d’évêques allemands présents à Rome pour la traditionnelle visite quinquennale au Vatican, Jean Paul II n’a pas mâché ses mots. Il a abordé dans un discours «clair et direct», selon ses propres termes, les sujets épineux de l’engagement de l’Eglise pour la défense de la vie et contre l’avortement, le rôle de la femme, la complémentarité entre prêtres et laïcs, et l’ordination sacerdotale réservée aux hommes.
Le pape a rappelé aux évêques leur devoir d’unité avec le pape, successeur de Pierre. Il a aussi réclamé de la part des catholiques allemands obéissance envers l’Eglise, car seul celui qui obéit à la sainte Mère l’Eglise obéit aussi à Dieu le Père. Le pape visait notamment les mouvements et les initiatives de base prônant des réformes dans l’Eglise.
Evêques appelés à rendre un témoignage unanime et univoque face à l’avortement
S’adressant au troisième groupe composé d’une quinzaine d’évêques allemands guidés par le cardinal Georg Maximilian Sterzinsky, archevêque de Berlin, le pape n’a pas manqué d’évoquer le délicat problème des centres catholiques de consultation pour les femmes enceintes et le certificat leur permettant l’avortement. «J’espère que très bientôt cette activité importante de l’Eglise de votre pays sera remise en ordre de manière définitive selon mes directives», a-t-il lancé en se référant aux différents échanges de lettres entre le Vatican et la Conférence épiscopale allemande.
Et le pape d’ajouter: «Je suis convaincu qu’une consultation de l’Eglise, qui se distingue par sa qualité, est un signe éloquent pour la société et reste le moyen efficace pour encourager les femmes en difficultés à ne pas refuser la vie nouvelle qu’elles portent dans leur sein». Pour Jean Paul II, «il est essentiel que les évêques de l’Eglise toute entière rendent un témoignage unanime et univoque» face à l’avortement.
Ne pas laisser laïciser l’Eglise aux dépens du ministère ordonné
Abordant ensuite le problème actuel du manque de prêtres, Jean Paul II a souligné le danger d’une laïcisation de l’Eglise aux dépens du ministère ordonné. «Toute tentative de transformer l’état laïc en état clérical, ou bien de transformer le clergé en laïcs doit être repoussée», a-t-il insisté, ajoutant en outre que ce n’est pas en annulant la différence entre prêtres et laïcs que des vocations sacerdotales naîtront. Il a ensuite encouragé les évêques et les paroisses à ne pas se résigner face à la pénurie de prêtres qui représente une «longue attente». «Les prêtres comme les laïcs ont besoin les uns des autres, ils ne peuvent se remplacer, mais seulement se compléter réciproquement».
Position de la femme dans l’Eglise: gros malaise
Le pape a par ailleurs rappelé le rôle de la femme dans l’Eglise, regrettant le malaise croissant en Allemagne concernant l’attitude de l’Eglise à ce propos. «Les droits humains et civils de la personne sont de nature différente des droits, des devoirs et des fonctions du ministère ecclésial, et ce fait est trop peu mis en évidence». Pour le pape, la dignité de la femme «doit être toujours davantage valorisée» sans oublier que le laïcat est «d’égale mesure pour les hommes et les femmes».
Revenant ensuite sur le sacerdoce des prêtres réservé aux hommes, le pape a invité les évêques à «rejeter les opinions contraires venant de particuliers ou de groupes» et à instaurer un dialogue ouvert et clair à ce sujet. «N’hésitez pas à rappeler que le Magistère de l’Eglise a pris cette décision non comme un acte de son pouvoir, mais dans la conscience du devoir d’obéir à la volonté du Seigneur», a affirmé Jean Paul II, soulignant ainsi «le caractère de cette infaillibilité liée au Magistère ordinaire et universel de l’Eglise». «Si cela est nécessaire, a-t-il ajouté, il ne faut pas hésiter à clarifier les confusions et à corriger les déviations».
Jean Paul II avait auparavant insisté sur le fait que l’Eglise n’est pas une «multinationale gouvernée par des hommes plus ou moins intelligents», mais un «mystère», c’est-à-dire une «réalité qui reste incompréhensible au raisonnement humain» et qui ne peut être perçue que par la foi. Soulignant le danger de structures purement institutionnelles qui ont montré de graves carences, notamment dans certaines institutions laïques, le pape a encore insisté sur le besoin urgent d’entreprendre des initiatives en vue d’un «renouveau spirituel» en Allemagne.
Face à ces nombreuses difficultés, les évêques ne doivent cependant pas perdre l’espérance. «Le ministère épiscopal devient particulièrement fatiguant et demande une grande dépense d’énergie, a reconnu le pape, surtout lorsque certains groupes tentent de provoquer l’Eglise, par des actions concertées et des pressions insistantes». Jean Paul II a finalement appelé les évêques à la patience et au dialogue.
Epreuve de force programmée
Appréciant, sur le terrain, la situation allemande d’un autre point de vue que celui de Rome, plusieurs évêques ont fait part, en conscience, de leurs réticences à propos de la sortie des Centres de consultation, arguant que la présence de l’Eglise dans ces situations difficiles a permis de sauver des milliers de vies à naître. 5’000 par an, selon les initiateurs de l’association «Donum Vitae», qui doit être fondée pour offrir une alternative et pallier la sortie des diocèses – exigée par le pape – du système étatique de consultation pré-avortement.
En Allemagne, l’épreuve de force est déésormais programmée. Le Comité central des catholiques allemands (ZdK) a lancé vendredi – à la très grande majorité de ses 200 délégués réunis en assemblée générale à Bonn – un appel à tous les catholiques du pays afin qu’ils soutiennent «Donum Vitae». Malgré une motion contraire rappelant que l’association qui va être fondée pour poursuivre le travail des centres de consultation s’oppose dans une affaire très grave au chef de l’Eglise et à son magistère.
La fondation de «Donum Vitae» bénéficie de l’appui du Service social des femmes catholiques (SkF), de responsables de la Caritas, mais également de responsables politiques de poids comme la ministre des Affaires sociales de Bavière, la chrétienne-sociale Barbara Stamm (CSU), ainsi que d’autres personnalités éminentes issues des rangs de la démocratie chrétienne et de la social-démocratie. Le président du ZdK Hans Joachim Meyer a qualifié d’»absurdes» les accusations de certains milieux catholiques qualifiant la poursuite en mains laïques de la présnce catholique dans le système étatique de consultation de «tentative de schisme». (apic/imedia/kna/be)
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