Pour ne pas cautionner la vague d’exécutions prévue

Philippines: Mgr San Diego quitte le Comité présidentiel de révision des peines capitales

Manille, 21 novembre 1999 (APIC) Mgr Francisco San Diego, évêque catholique du diocèse San Pablo, dans l’île de Luçon, a donné sa démission du Comité présidentiel de révision des peines pour les condamnés à la peine capitale (PCC). Engagé dans la défense de la vie et ne voulant pas se laisser instrumentaliser pour légitimer une campagne d’exécutions, entend protester contre la dernière exécution, approuvée par le PCC.

Un condamné à mort, Pablito Andan, accusé d’avoir violé et tué en 1994 sa cousine âgée de vingt ans, a été exécuté par injection le 26 octobre dernier. C’était la sixième exécution capitale de l’année. Le PCC a déjà examiné cinq cas. Quatre propositions de révision de la condamnation ont été acceptées par le président philippin Estrada. L’une d’entre elles concernait une femme, qui aurait été la première condamnée à mort des Philippines.

Pour Pablito Andan, âgé de 27 ans, père de trois enfants, accusé de viol et de meurtre, le Comité s’est prononcé en faveur de la condamnation. Mgr San Diego n’a pas accepté cette décision. Dans sa lettre de démission, où il commence par remercier le président Estrada de l’avoir nommé à cette commission chargée de conseiller le président dans l’exercice de son droit de grâce, l’évêque justifie son retrait par les très nombreux engagements pastoraux dont il est déjà chargé aussi bien au sein de son diocèse qu’à Radio Veritas, au Bureau permanent de la Conférence épiscopale et à la «Commission Pour la vie».

Mgr San Diego a aussi exprimé sa volonté de se consacrer entièrement au service de l’Eglise et des prisonniers, dont il est chargé dans le cadre de la Conférence épiscopale des Philippines. Par la suite, l’évêque a refusé de répondre aux journalistes lui demandant s’il fallait considérer comme une pure coïncidence le fait que sa démission ait été remise le jour de l’exécution d’un condamné à mort.

Une question de conscience

Lors de la réunion de la Conférence épiscopale qui a suivi, son président, interrogé sur cette démission, n’a pas donné de réponse claire mais a laissé entendre que le retrait de Mgr San Diego de la commission était motivée par une raison de conscience: «Si vous êêtes mis en minorité dans cette commission et que le condamné est exécuté, il reste que vous êtes une composante d’un organisme qui a recommandé cette exécution.» Il a ajouté que les commissions n’ont pas de conscience, seuls les individus en ont. Par ailleurs, on a appris que la commission avait recommandé l’exécution de la sentence de mort par quatre voix pour et une contre.

Mgr San Diego avait accepté, le 10 septembre dernier, de faire partie de cette commission à l’invitation du président. Il avait cependant émis des doutes sur les motifs de cette invitation, craignant de n’être utilisé que comme une façade destinée à légitimer la mise en œuvre d’un programme d’exécutions. C’est le conseiller spirituel du président Estrada, Mariano Velarde, président fondateur du plus grand groupe charismatique catholique du pays, «El Shaddai Prayer Partners», qui avait suggéré la création de ce groupe de conseillers. Depuis sa création, la commission a recommandé la grâce pour quatre condamnés à mort dont la peinea été commuée en détention à perpétuité.

Le Congrès des Philippines, avait, en 1994, après 18 ans d’abolition, et malgré l’opposition de la hiérarchie catholique qui aujourd’hui encore continue sa lutte, imposé à nouveau la peine de mort pour les crimes qualifiés d’»odieux», dans l’intention d’enrayer la montée de la criminalité. Mais la première exécution capitale n’eut lieu que le 5 février 1999, jour où fut exécuté Leo Etchegaray, accusé de viol d’enfant, pour lequel le pape Jean Paul II était intervenu en vain. Un peu plus tard, c’était le tour d’Eduardo Agbayani, accusé du même crime. Enfin, le 8 juillet 1999, trois hommes accusés du meurtre d’un policier subissaient le châtiment suprême. 21 condamnés à mort subiront prochainement cette peine si la Cour suprême confirme leur condamnation. Un membre du Congrès, Roilo Golez, président d’une commission de l’ordre public et de la sûreté, a récemment déclaré qu’il était question d’exécuter ces sentences de mort au rythme d’une par semaine.

1’150 condamnés en attente dans le couloir de la mort

Le Comité dont était membre le prélat comprend aussi un avocat, un psychiatre, un sociologue et le secrétaire du président. La peine de mort est en vigueur aux Philippines depuis 1994. Andan est la sixième personne à avoir été exécutée depuis lors. Les 40’000 membres de l’Association des avocats des Philippines et d’autres groupes ont demandé au président Estrada la dissolution du «Comité de conscience», par que cette commission usurperait les pouvoirs constitutionnels, minerait l’ordre juridique du pays et dissipe les fonds publics. Dans les couloirs de la mort philippines, 1’150 détenus, hommes, femmes et jeunes, attendent leur exécution. (apic/cip/misna/fides/be)

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