Pour une Eglise «pertinente» dans la société actuelle
Mariastein, 26 novembre 1999 (APIC) La Conférence des évêques suisses (CES) a chargé sa Commission de planification pastorale (CPP) d’élaborer un «inventaire des problématiques prioritaires» dans l’Eglise catholique en Suisse. La tâche confiée à la CPP: choisir, parmi ces thématiques, trois ou quatre points forts pour guider l’action des Commissions de la CES et servir éventuellement d’objectifs de législature pour les évêques suisses.
C’est de cet «inventaire» qu’ont discuté jeudi, lors de la 68e Assemblée plénière de la CPP, les quelque vingt membres présents au couvent des bénédictins de Mariastein (SO), dont Mgr Ivo Fürer, évêque de St-Gall et responsable du dicastère «Planification et organisation» de la CES. Pour stimuler la réflexion, la CPP, sous la présidence de l’abbé Jean Paul de Sury, délégué épiscopal à Genève, avait fait appel à deux invités: le journaliste Jacques Berset, rédacteur en chef de l’agence de presse catholique APIC à Fribourg, et l’assistante pastorale Lisianne Enderli, collaboratrice de l’Institut pour la formation permanente et la formation continue IFOK à Lucerne. La CPP, sans négliger l’apport de structures qui permettent à l’Eglise de développer son travail pastoral, a toutefois rappelé qu’elles ne sont qu’un instrument au service de la pastorale, qu’elles peuvent et doivent évoluer selon les nécessités.
Au-delà du «blues», des signes d’espérance
Analysant l’»inventaire» qui contient 27 points (Formation et engagement du personnel ecclésial, Eglise et société, profil, structures, pastorale), Jacques Berset a relevé l’impression première qui s’en dégage: celle d’une vision d’Eglise donnant la priorité aux structures et aux fonctions. Le langage utilisé est celui, «technocratique», en vogue dans le milieu des entreprises et des bureaux de conseil, cherchant les «effets de synergies et les potentiels de rationalisation»… D’autre part, la vision est souvent pessimiste: on évoque nombre de problèmes (avant tout d’organisation) internes de l’Eglise locale, la frustration et malaise des agents pastoraux, les tensions entre laïcs et prêtres, etc.
«Où est le souffle, où est le fondement, la pierre d’angle sur laquelle tout l’édifice devrait être bâti?», s’est demandé le journaliste. Sans fermer les yeux sur le «blues» des agents pastoraux, il a également tenu à relever les signes d’espérance qui préparent «la moisson de demain». Avant de voir l’aspect «structures», il est impératif de nommer le fondement – le Christ – sans quoi les structures ecclésiales seraient vides de sens. Et de rappeler que l’Eglise est dans son essence missionnaire: elle est donc ordonnée à l’évangélisation.
Une Eglise qui sache lire les signes des temps
Plaidant pour que l’Eglise sache lire les signes des temps, pour qu’elle soit «pertinente» dans la société contemporaine, Jacques Berset a relevé que dans une société qui a perdu nombre de ses repères éthiques, et où chacun tend à composer son «propre menu» de valeurs et de croyances (*), il n’est plus question de «vendre» au public la foi chrétienne ou la doctrine catholique comme un bloc monolithique à prendre ou à laisser. Il reste cependant possible de semer des «graines d’espérance» et de compter sur les «pierres d’attente» qui peuvent être activées selon les circonstances de la vie des individus. Ce sont des moments clés, comme le décès, le baptême, le mariage, etc..
L’Eglise a encore toute les chances de se profiler et de s’ouvrir à ceux qui cherchent. Face à la soif de «spirituel», notamment chez les jeunes, l’Eglise doit soigneusement éviter le piège du «piétisme», mais offrir une spiritualité riche, fondée, charpentée. Elle doit, en puisant son agenda dans les prochains résultats de la Consultation œcuménique sur l’avenir social et économique de la Suisse, devenir toute entière «service», «diaconie» et «caritas», offrir un témoignage crédible et «parler vrai».
Davantage se décliner au féminin
L’Eglise devra également davantage «se décliner au féminin», car dans la société actuelle – du moins en Occident – tous les arguments plus ou moins étayés ne servent à rien pour justifier la place laissée à la femme dans l’Eglise. Et J. Berset de lancer: «On est arrivé aujourd’hui à un «kairos»: le temps des femmes dans l’Eglise est arrivé. Elles ont toujours été là, me rétorquerez-vous, elles étaient même bien seules au pied de la croix! Elles, qui forment la composante la plus substantielle de nos paroisses, ont déjà perdu patience!»
Le journaliste a plaidé également pour qu’une grande priorité soit donné aux jeunes: «On a souvent dit que l’Eglise a ’perdu’ les ouvriers au XIXème siècle, qu’elle est en train de ’perdre’ les femmes. L’Eglise n’aura peut-être pas l’occasion de ’perdre’ la jeunesse d’aujourd’hui. L’on ne peut perdre en effet que ce que l’on possède. Les jeunes font-ils toujours partie de l’Eglise. L’institution a-t-elle encore pour eux une quelconque pertinence ?» Finalement, le journaliste a plaidé pour que l’Eglise investisse et s’investisse davantage dans les moyens modernes de communication. «L’Eglise doit davantage s’oser au langage des médias et proposer le message chrétien de façon ouverte, sans fanatisme ni arrogance, mais avec conviction, afin qu’il se fraye sa place sur le marché libre des idées et des significations».
De la théorie à la pratique
Lisianne Enderli a relevé pour sa part que nombre de recherches sociologiques ont été menées ces dernières années sur les développements concernant la religion et l’Eglise, mais les résultats pertinents de ces études ne se sont pas forcément traduits en termes d’actions à la base. Il s’agit concrètement pour les responsables de l’Eglise de formuler des objectifs pastoraux qui prennent en compte les développements sociaux et les accompagnent.
Si l’on veut que la pastorale soit en phase avec la réalité et ne pas laisser les agents pastoraux face à des exigences impossibles à remplir, il s’agira d’investir dans ce domaine. Les agents pastoraux demandent des objectifs qui correspondent aux réalités qu’ils vivent, et réclament un soutien pour la tâche usante à laquelle ils doivent faire face. L. Enderli espère que la CES réussira à choisir des priorités qui ne servent pas avant tout à conserver la structure, mais à la vie dans les paroisses. (apic/be)
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