Zimbabwe: 20 ans d’indépendance… et d’espoirs déçus
Harare, 29 novembre 1999 (APIC) Le Zimbabwe s’apprête à fêter 20 ans d’indépendance de la domination coloniale britannique, et sa victoire dans la lutte de libération menée contre le régime d’apartheid rhodésien, en se donnant une nouvelle Constitution. Mais si le jeune Etat suscita de grands espoirs pour l’Afrique australe, l’heure n’est plus aujourd’hui à l’euphorie. L’Eglise catholique, qui a acquis dans ce pays une réputation comme avocat indépendant et fiable des droits de l’homme, craint de son côté l’isolement.
Sous les applaudissements de la communauté internationale, l’Etat du Zimbabwe a été fondé il y a vingt ans, après dix ans de lutte contre le régime blanc minoritaire de Rhodésie. Nombreux furent ceux qui considéraient cette ancienne colonie britannique comme une raison d’espérer que l’Afrique noire pourrait enfin décider de sa propre destinée et comme un lieu de stabilité politique intérieure dans cette Afrique australe où régnaient de fortes tensions.
Mais à la veille du 20e anniversaire, qui sera fêté en avril de l’an 2000 par l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution, il ne reste pas grand chose de l’euphorie initiale. Un taux d’inflation qui avoisine les 60 %, une dette publique immense, des tensions ethniques et pour couronner le tout, la participation coûteuse à la guerre au Congo sont autant d’ombres qui assombrissent le passé du jeune Etat.
« Nous avons tout simplement vécu au-dessus de nos moyens », constate le Père jésuite Oskar Wermter, porte-parole de la Conférence épiscopale du Zimbabwe. Selon lui, le système de la santé publique a pratiquement fait faillite, les frais de scolarité sont inabordables pour les citoyens non fortunés, et la corruption règne partout.
Crédibilité
Grâce à ses activités de développement et d’éducation indépendantes de la politique, l’Eglise catholique a gagné la confiance de ce pays sud-africain, même dans le domaine social. La commission « Justice et Paix » et le centre de développement « Silveira House » s’étaient déjà fait une réputation sous le régime d’apartheid de Ian Smith, où ils étaient considérés comme des critiques courageux du gouvernement. Actuellement, selon le Père Wermter, l’Eglise lutte pour une séparation stricte entre les intérêts du gouvernement, d’une part, et ceux de l’Etat et de la Constitution, d’autre part ; elle encourage aussi les efforts faits pour la sauvegarde de la culture familiale africaine, de la justice sociale, et lutte contre le monopole du pouvoir étatique.
Il y a quelques semaines, la publication par la Commission « Justice et Paix » du document « Breaking the silence » a suscité une certaine agitation politique dans le pays. Ce document, basé sur des témoignages, confirme les brutalités commises vers le milieu des années 80 dans la région de Matabele (sud du pays) par des troupes gouvernementales contre de soi-disant ennemis de l’Etat. Les victimes de ces attaques violentes étaient surtout des villageois mbabwe.
Une Eglise locale
Parmi les quelque 12 millions d’habitants, 9% se disent catholiques. Ces dernières années, le nombre de fidèles a augmenté rapidement, surtout dans les régions rurales. Dans les années 60, le nombre des évêchés a été porté de six à huit. Si, avant l’indépendance, l’Eglise était desservie surtout par des missionnaires étrangers, de plus en plus d’indigènes prennent leur part de responsabilités.
Récemment, le prêtre séculier zimbabwéen Michael Bhasora a été consacré évêque du nouveau diocèse de Masvingo, dans le sud-est du pays. Le jésuite allemand Helmut Reckter, résidant à Chinhoyi, est en ce moment le seul évêque missionnaire étranger. A Hwange, au nord-ouest du pays, Robert Ndlovu a été le premier religieux africain à succéder au Père espagnol Ignatius Prieto dans ses fonctions épiscopales. Pour ce qui est des finances, l’Eglise du Zimbabwe reste tributaire de l’aide étrangère, en dépit de ses efforts. C’est notamment le cas en ce qui concerne la formation des candidats au sacerdoce et des laïcs pour les activités pastorales. (apic/cip/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/zimbabwe-20-ans-d-independance-et-d-espoirs-decus/