Proclamation de trois nouvelles patronnes de l’Europe
Rome, 1er octobre 1999 (APIC) Le Saint-Siège a publié vendredi un « motu proprio » de Jean Paul II pour la proclamation de sainte Brigitte de Suède, sainte Catherine de Sienne et sainte Edith Stein (Thérèse-Bénédicte de la Croix), comme co-patronnes de l’Europe. Le pape en a fait lui-même l’annonce solennelle lors de la messe d’ouverture du Synode pour l’Europe actuellement réuni à Rome.
Dans cette lettre apostolique d’une quinzaine de pages, Jean Paul II explique qu’après une « consultation opportune » il a pensé associer à Saint Benoît de Nursie et aux Saints Cyrille et Méthode, les saintes Brigitte de Suède, Catherine de Sienne et Edith Stein comme patronnes de l’Europe. Pour le pape, le choix de cette sainteté au visage féminin est particulièrement significatif, dans le cadre de la « tendance providentielle qui s’est affermie dans l’Eglise et dans la société de notre temps, reconnaissant toujours plus clairement la dignité de la femme et de ses dons propres ».
« En réalité, précise Jean Paul II, l’Eglise n’a pas manqué, depuis ses origines, de reconnaître le rôle et la mission de la femme, bien qu’elle ait été conditionnée parfois par une culture qui ne prêtait pas toujours à la femme l’attention qui lui était due ». « Mais la communauté chrétienne a progressé peu à peu dans ce sens », constate le pape, en faisant remarquer que sur ce plan, « le rôle joué par la sainteté s’est révélé décisif ». Le pape souligne qu’il a choisi Brigitte de Suède, Catherine de Sienne et Edith Stein pour leurs vies qui les rendent « particulièrement significatives » pour le continent européen.
Edith Stein: le gage de la rencontre entre juifs et chrétiens
A propos d’Edith Stein (1891-1942), Jean Paul II rappelle qu’elle est née dans une famille juive, et évoque son intérêt pour la philosophie, puis sa conversion au catholicisme et sa vie de carmélite. « Son militantisme en faveur de la promotion sociale de la femme fut particulièrement appréciable pour son temps », souligne-t-il, en qualifiant de vraiment pénétrantes les pages écrites par Edith Stein sur la richesse de la féminité et la mission de la femme du point de vue humain et religieux. Pour Jean Paul II, la conversion d’Edith Stein au christianisme ne l’a pas conduite à renier ses racines juives, mais les lui a fait plutôt « redécouvrir en plénitude ».
Le pape parle de sa solidarité humaine avec son peuple d’origine, et d’un vrai partage spirituel avec les juifs. « Elle fit sienne la souffrance du peuple juif, à mesure que celle-ci s’exacerbait au cours de la féroce persécution nazie qui demeure, à côté d’autres graves expressions du totalitarisme, l’une des taches les plus sombres et les plus honteuses de l’Europe de notre siècle ». « Son cri se mêla à celui de toutes les victimes de cette épouvantable tragédie », écrit encore le pape, pour qui Edith Stein, par son témoignage de victime innocente, est d’une part une « protestation élevée contre toutes les violations des droits fondamentaux de la personne », et d’autre part « le gage de la rencontre renouvelée entre juifs et chrétiens qui, dans la ligne voulue par le Concile Vatican II, connaît un temps prometteur d’ouverture réciproque ».
Brigitte de Suède: mère de famille et religieuse
Sainte Brigitte de Suède (1303-1373) est aujourd’hui un précieux lien oecuménique, parce que les terres scandinaves dont elle était issue se sont détachées de Rome au XVIème siècle, et parce l’Ordre du Très Saint Sauveur qu’elle a fondé a une vocation oecuménique spéciale. Jean Paul II insiste aussi sur le fait qu’avant d’être religieuse, Brigitte de Suède a d’abord été une laïque, mariée et mère de huit enfants. « En la désignant comme co-patronne de l’Europe, explique-t-il, j’entends faire en sorte que la sentent proche d’eux non seulement ceux qui ont reçu la vocation à une vie de consécration spéciale, mais aussi ceux qui sont appelés aux occupations ordinaires de la vie laïque dans le monde, et surtout à la haute et exigeante vocation de former une famille chrétienne ». Le pape souligne que dans l’ » expérience de couple de Brigitte de Suède, l’amour conjugal alla de pair avec une prière intense, avec l’étude de l’Ecriture Sainte, avec la mortification, avec la charité « .
Catherine de Sienne: apôtre de la paix
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), est quant à elle Docteur de l’Eglise, rappelle Jean Paul II, qui souligne que beaucoup de personnes, y compris des clercs, se sont regroupés autour d’elle comme disciples, tandis que ses lettres se répandaient à travers l’Italie et en Europe, sur des problèmes ecclésiaux et sociaux de son époque. Le pape évoque en particulier son action pacificatrice auprès des souverains européens, à une époque où les conflits étaient nombreux. Il attire l’attention également sur le fait que sainte Catherine proposait à tous, y compris aux rois et aux ecclésiatiques de haut rang, l’urgence de la réforme des moeurs, et n’avait pas craint pas d’indiquer avec franchise au pape lui-même, qui résidait alors à Avignon, que la volonté de Dieu lui imposait d’en finir avec les hésitations « dictées par la prudence terrestre et les intérêts mondains », et de rentrer à Rome.
La construction de l’Europe: une perspective de grande espérance
« Puisse donc l’Europe croître ! » s’exclame Jean Paul II à la fin de cette Lettre Aspotolique, en parlant de la construction politique de l’unité du continent comme d’une « perspective de grande espérance ». Jean Paul II met en garde cependant contre « l’indifférentisme éthique et le scepticisme en matière de valeurs inaliénables », qui menacent l’Europe, et qui risquent, affirme-t-il, de faire réapparaître « les spectres les plus effroyables de son histoire ». Pour le pape, le rôle du christianisme est vital pour conjurer cette menace, et les chrétiens sont appelés à en prendre une conscience renouvelée afin d’en montrer les potentialités permanentes. Il est essentiel, conclut Jean Paul II, que tous les chrétiens d’Europe s’engagent à un témoignage renouvelé de l’Evangile, qui est une annonce d’espérance pour le continent, comme l’illustrent les vies de ses trois nouvelles patronnes. (apic/imed/mp)
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