Rome: Premières «congrégations générales» du Synode pour l’Europe

Une vision assez sombre de l’Eglise en Europe

Rome, 3 octobre 1999 (APIC) C’est sur une série de considérations assez négatives que se sont ouvertes au Vatican les premières congrégations générales du Synode des évêques pour l’Europe, les 1er et 2 octobre 1999, en présence du pape Jean-Paul II. Le cardinal Antonio Maria Rouco Varela, archevêque de Madrid et rapporteur général du Synode, a proposé aux 179 Pères Synodaux un exposé assez sombre de la situation ecclésiale en Europe.

Le rapport général du cardinal est une synthèse de « l’Instrument de travail  » publié en juillet 1999, document qui était lui-même le fruit de la consultation des Conférences épiscopales européennes, de la Curie romaine et de l’Union des Supérieurs Généraux des congrégations religieuses.

Ce Synode peut être compris comme une contribution à « l’examen de conscience » de l’Eglise exigé par le Jubilé, a expliqué l’archevêque de Madrid. Les évêques sont rassemblés pour examiner la situation de l’Eglise en vue d’une nouvelle évangélisation, celle-ci étant sa contribution spécifique au renouveau spirituel, social et économique de l’Europe.

Evolution négative à l’Est

Pour le rapporteur du Synode, les événements de 1989 ont créé des illusions, certains ayant pensé à l’époque que l’Europe centrale et orientale aurait pu connaître rapidement des situations de liberté et de justice dans le respect des personnes humaines. Dix ans après la disparition des régimes communistes, l’évolution des choses ne s’avère « pas toujours favorable à la cause du genre humain », a fait remarquer le cardinal, et se révèle même d’une certaine manière alarmante, malgré l’aspect positif des nouvelles possibilités sociales, culturelles et politiques apparues pour les peuples d’Europe centrale et orientale, et la progression de la construction de la maison commune européenne. A l’Est, les attentes d’une croissance économique ont été déçues, a ajouté l’archevêque de Madrid, qui a évoqué l’apparition de comportements de type mafieux et le manque d’enthousiasme de la part des pays de l’Ouest pour aider ceux de l’Est.

On se trouve face à une « apathie ambiante » dans les pays d’Europe de l’Ouest, a-t-il commenté, en évoquant en particulier le problème du chômage que les Etats en général et la Communauté Européenne elle-même se révèlent incapables de régler. Abordant par ailleurs les événements récents des Balkans, le cardinal a fait remarquer que les nations européennes doivent reconnaître qu’il y a eu des fautes et des erreurs historiques, dans les domaines économique et politique, à l’égard de nations dont les droits ont été systématiquement violés.

« Ce n’est pas l’homme qui fait Dieu, mais Dieu qui fait l’homme »

Au plan des mentalités, le cardinal a noté l’erreur de la conception moderne de l’homme, qui « fait de celui-ci le centre absolu de la réalité, lui faisant occuper faussement la place de Dieu ». « Ce n’est pas l’homme qui fait Dieu, mais Dieu qui fait l’homme », a-t-il insisté, en soulignant qu’il est vain de chercher à construire un monde vraiment humain sur le seul socle des pures potentialités humaines. Evoquant alors la baisse de la natalité en Europe dont la tendance semble irrémédiable, et parlant d’une « méfiance inhibitrice et égoïste » face à l’avenir, le cardinal a souligné le risque que cela empêche d’ »affronter avec justice et solidarité le phénomène croissant de l’émigration ». « Quelle espérance l’Europe peut-elle abriter pour son futur si la situation spirituelle et matérielle si triste et parfois désolante de tant de familles, se traduit par des taux de natalité qui ne permettent même pas le remplacement des générations actuelles ? »

Abordant les questions propres à l’Eglise, le cardinal a déploré une mode qui consiste à réduire la foi à un simple « élément mobilisateur des volontés », en vue de la réalisation d’objectifs sociaux et politiques, au point de la priver de sa vigueur. « Il est étrange et inquiétant que la prédication, la catéchèse, l’enseignement de la religion, et en général la vie chrétienne, n’accordent pas son importance légitime à la foi de l’Eglise en la Résurrection et en la Vie éternelle » a-t-il clairement affirmé. « On ne pourra pas transmettre le témoignage de la foi aux nouvelles générations si on ne leur offre que des formules issues d’un humanisme plus ou moins moderne ou post-moderne, et teintées d’une vague religiosité de texture hétérogène ».

Par ailleurs, a jouté le cardinal, il est urgent de ne pas mettre systématiquement entre parenthèses la vérité évangélique, si l’on veut développer le dialogue entre les différentes confessions, entre tous ceux qui croient en Dieu, et avec les non-croyants, dialogue que l’archevêque de Madrid a qualifié d’absolument indispensable dans les sociétés démocratiques et pluralistes.

L’affaiblissement de la foi

D’après le rapporteur général du Synode, c’est dans cet affaiblissement de la foi que se trouvent les racines des problèmes les plus significatifs auxquels est confrontée aujourd’hui l’Eglise en Europe, et notamment celui de la crise des vocations. « On ne peut pas espérer de vocations sacerdotales si l’image que l’on offre du prêtre est celle d’un ’travailleur social’ ou d’un ’psychothérapeute « , a assuré le cardinal Rouco Varela. L’archevêque de Madrid a cependant rendu hommage à ceux qui au milieu de la tourmente du sécularisme ont su rester fidèles à leur vocation de ministres de l’Evangile, bien qu’ils aient souvent dû supporter le dédain, les moqueries et mêmes les attaques personnelles, précisément dans les pays occidentaux orgueilleux de leur prétendu style de vie ouvert et tolérant.

Il a également évoqué les nouveaux mouvements et communautés ecclésiales comme une réalité vigoureuse et prometteuse, en soulignant la croissance à la fois qualitative et quantitative surprenante de certaines d’entre elles, même si celle-ci a parfois provoqué des « problèmes d’intégration dans la structure hiérarchique et juridique de l’Eglise ».

Toujours à propos de la sécularisation interne de la vie de l’Eglise, l’archevêque a souligné qu’elle touche aussi les organisations caritatives. « Il faudra veiller à ce que les oeuvres de volontariat et surtout les organisations ecclésiales caritatives ne se transforment pas en simples Organisations non gouvernementales, dont l’identité et les principes chrétiens se perdent dans le pur agir humanitaire », a-t-il insisté.  » Mieux les services offerts par les personnes et les organisations catholiques refléteront la doctrine morale de l’Eglise relative à la dignité de la personne et aux vraies notions de société et de bien commun, plus ils seront efficaces dans la lutte contre les vraies causes de la pauvreté et de l’exclusion « .

Manque de fidélité des catholiques à l’enseignement moral de l’Eglise

De la même façon, l’archevêque a déploré dans le domaine moral le manque de fidélité des catholiques à l’enseignement de l’Eglise sous prétexte du « caractère libre et responsable de l’être humain », et du respect dû à la conscience de chacun. Un manque de fidélité, a-t-il ajouté, qui se traduit également dans le domaine de la théologie, qui ne peut pas porter de fruits en marge de l’Eglise, ou même contre l’Eglise, sa Tradition et son Magistère. « On contribue ainsi à aggraver le dissentiment ecclésial déjà préoccupant », a insisté le cardinal. Les théologiens qui sont en véritable communion avec l’Eglise sont nombreux, a-t-il toutefois précisé, et même constituent la grande majorité. L’archevêque de Madrid a exprimé le souhait, à ce sujet, qu’un effort soit fait pour « apprécier et cultiver l’incorporation de la femme au travail théologique ».

Annoncer l’évangile de l’espérance

Parlant ensuite d’une division entre les baptisés qui vivent leur foi en Dieu et ceux qui se sont éloignés de leur foi baptismale ou qui même ne l’ont jamais professée, le cardinal a insisté sur la tâche de l’Eglise qui est d’annoncer l’Evangile de l’espérance.  » Le temps de la peur et des complexes est révolu  » a-t-il affirmé, en insistant sur le fait que la priorité est la « prédication intègre claire et renouvelée de Jésus-Christ ressuscité, de la résurrection et de la vie éternelle doit constituer une priorité dans les prochaines années », du fait que beaucoup de catholiques n’ont plus les idées claires à ce sujet. C’est pourquoi, a-t-il ajouté, dans le domaine du catéchisme en particulier, « se laisser aller à une simple créativité particulière, ou même à une improvisation bien intentionnée, ne pourrait être que nocif ».

Enfin, le cardinal a parlé de l’urgence grave de « l’implication professionnelle des chrétiens en politique et au service public de la société » dans « le processus, déjà assez avancé, de la construction de l’unité de l’Europe sur les bases univoques de la justice, de la liberté et de la paix ». L’archevêque a surtout insisté sur la nécessité de la mise en place d’une politique familiale sérieuse, qui garantisse le droit des couples mariés et des enfants, condition indispensable, a-t-il assuré, pour la cohésion et la stabilité sociales. L’Europe traverse une situation délicate et arrive à un tournant de son histoire, a conclu le cardinal Rouco Varela. L’Eglise vit cette situation avec préoccupation, et se propose d’offrir à l’Europe avec une nouvelle vigueur, l’espérance qui lui a été confiée et dont elle est porteuse : Jésus-Christ lui-même qui vit en elle. (apic/imed/mp)

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