Les commentaires sur le livre «Le pape d’Hitler» continuent

Le Professeur Jean Chelini réfute les thèses de John Cornwell

Fribourg,

(APIC) Pour le Professeur Jean Chelini, Directeur de l’Institut de Droit et d’Histoire canoniques d’Aix-en-Provence, membre du Conseil scientifique d’»Histoire du christianisme magazine», le livre de John Cornwell «le pape d’Hitler: histoire secrète de Pie XII» est un réquisitoire sans fondement.

Dans un article du «Snop», bulletin d’information de la Conférence des Evêques de France, Jean Chelini revient sur la polémique suscitée par l’auteur anglais.

John Cornwell, veut forcer l’attention du public en rouvrant la polémique, inaugurée dès 1963 par la pièce de Rolf Hochhuth, «Le Vicaire», contre le pape Pacelli, accusé d’avoir sacrifié à sa volonté de puissance sa vocation de pasteur universel.

Dans son ouvrage, John Cornwell reproche en particulier à Eugenio Pacelli d’avoir directement favorisé, alors qu’il était nonce en Allemagne, l’avènement au pouvoir d’Hitler, Cornwell reprend ensuite la jeunesse et la formation du futur pape. Remontant jusqu’au grand-père, Marcantonio Pacelli, ex-ministre de Pie IX, il revient à l’affaire Mortara, l’enlèvement à ses parents d’un jeune juif des Etats pontificaux. Donc l’antisémitisme serait héréditaire dans la famille Pacelli. «On mesure la valeur du raisonnement», relève le Professeur Chelini.

L’auteur a ensuite déclaré que pour la préparation du livre, il a pu consulter les Archives du Vatican, et qu’il s’est rendu compte en voyant les documents, de la «vérité» sur le pape Pie XII. Mais comme communiqué par la Secrétairerie d’Etat aucune permission spéciale n’a été donnée au journaliste britannique.

L’excès de partis-pris culmine dans les pages consacrées au silence de Pie XII sur l’holocauste. L’auteur progresse par touche légère ou par affirmation massive et fait parler les textes dans son sens, estime Jean Chelini.

Pie XII est accusé d’avoir contribué à la destruction du parti catholique allemand le «Zentrum» pour obtenir la signature du concordat et il fait de Mgr Kaas, l’ancien président de ce parti, l’instrument de sa liquidation par l’Eglise. Il est bien certain qu’Hitler n’aurait pu tolérer, dans le III Reich, la survie d’un parti, quel qu’il soit, autre que le parti nazi, répond le professeur Chelini.

Juriste et pragmatique, Pie XII ne croyait pas à l’efficacité des prises de position publiques. Il préférait l’action diplomatique et les interventions directes. Il a ainsi pris le risque d’être accusé de silence, mail il a fait ce choix volontairement et on ne peut pas l’imputer à la peur ou à la moindre sympathie de Pie XII pour le nazis. Par ses interventions et celles des nonces, il a sauvé des centaines de milliers de vies juives à commencer par le grand rabbin de Rome Israel Zolli et sa fille. Jean Chelini rappelle en outre que l’hostilité de Pie XII envers Hitler et les nazis était telle que le Führer projeta de faire enlever le pape par le général Wolff.

Le raisonnement de Cornwell est constamment biaisé et dans ses accusations d’antisémitisme, il n’apporte aucun argument nouveau, sinon l’exploitation dans tout les sens de l’absence d’une condamnation solennelle de la persécution par le pape.

«A la fin le livre laisse une impression de malaise et n’apporte rien de plus ou de nouveau sur l’oeuvre de Pie XII, sinon répéter des accusations reprises des réquisitoires précédents», conclut le commentaire du professeur Chelini.

Par ailleurs la cause de béatification progresse «normalement», a déclaré à l’APIC le Père Pierre Gumpel, jésuite allemand chargé de juger la documentation rassemblée sur Pie XII, en tant que relateur à la Congrégation pour les causes des saints. «Avant de la béatification il faut compter un minimum de deux ans», a souligné le Père Gumpel. (apic/snop/tg)

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