Les plantes venimeuses et leur contrepoison

Synode pour l’Europe: L’analyse du cardinal Danneels sur la situation en Europe

Rome, 5 octobre 1999 (APIC) «En Europe occidentale nous vivons dans une culture ambiante comme dans un jardin où poussent nombre de plantes venimeuses, mais chaque plante venimeuse contient son contrepoison». C’est en ces termes que le cardinal belge Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, a fait le 5 octobre 1999 une analyse de la situation de l’Eglise en Europe à la fois réaliste et positive, devant les évêques du Synode européen rassemblés au Vatican.

«Tout n’est pas négatif», a assuré le cardinal Danneels, avant d’énumérer certains facteurs, qui, a priori, ne sont pas positifs pour l’Eglise, comme des «tremplins» sur lesquels, selon lui, elle peut cependant s’appuyer.

Parlant d’abord de la «soif frénétique de bonheur matériel, quantitatif et immédiat» de l’homme contemporain, l’archevêque de Malines-Bruxelles y voit un «puissant appel» à l’Eglise qui doit y répondre par l’annonce de l’Evangile. «Si la réponse de l’homme contemporain est souvent fausse», a-t-il souligné, «sa question est bonne» puisque «le message du Christ est thérapeutique et doit rendre heureux».

Autre facteur pouvant être un «tremplin» pour l’Eglise, le «tabou» jeté aujourd’hui en Europe sur la souffrance et la mort. «Jamais les hommes ont refoulé avec autant de crispation ce cri silencieux pour vivre et vivre éternellement», a déclaré le cardinal, avant d’assurer que «l’Eglise y trouvera un point d’appui pour une prédication eschatologique forte sur la vie éternelle et la résurrection».

Sur la question de la présence croissante de l’Islam en Europe, l’archevêque a distingué deux attitudes chez les musulmans. Si un «certain islam» est un «interlocuteur difficile, voire impraticable», a-t-il expliqué, du fait de «son monolithisme de foi, langue, culture, forces économiques et politiques «, un «autre islam» nous réapprend «le sens de la transcendance de Dieu, de la prière et du jeûne, de l’impact de la religion sur la vie sociale».

«S’il est vrai que’une nuit spirituelle tombe peut-être sur l’Europe», a conclu le cardinal, «mettons nous en état de veille». «Prenons nos lampes et de l’huile». «Le Christ nous fournira l’huile – l’Evangile -, mais les lampes – l’inculturation -, ce sont les hommes de toutes les époques qui nous les donnent jour après jour». «Remercions donc aussi pour notre époque», a invité l’archevêque de Malines-Bruxelles.» Tout n’y est pas si négatif».

Arrivé au terme des huit minutes réglementaires accordées à chaque intervenant du Synode avant d’avoir terminé son exposé, le cardinal Danneels a néanmoins poursuivi, après le geste de Jean Paul II l’invitant à continuer, l’ensemble de l’assistance manifestant de plis un visible intérêt pour ses propos.

L’intervention du Père Radcliffe

Dans un autre exposé remarqué, le Maître de l’Ordre des dominicains, le Père Timothy Radcliffe, s’est exprimé sur le thème de la crise de l’autorité au sein de l’Eglise.:

Comment pouvons-nous «réclamer le Christ» d’une manière absolue quand dans notre société toute exigence absolue peut apparaître comme «totalitaire»? s’est-il interrogé.

«Mêmes parmi les catholiques engagés, beaucoup sont réticents devant toute prétention absolue», a fait remarquer le Père Radcliffe, en soulignant que «dans les sociétés multiculturelles, nous choisissons parmi les valeurs qui nous sont présentées comme dans les rayons d’un supermarché». «La crise d’autorité au sein de l’Eglise n’est qu’un symptôme d’une crise d’autorité plus vaste dans notre culture européenne», a ajouté le Maître de l’Ordre des Dominicains. «Toute autorité externe qui me dit ce que je dois croire ou faire est suspecte».

«Nous ne pouvons pas répondre à cette peur en affirmant avec encore plus de force l’autorité de l’Eglise», a assuré le Père Timothy Radcliffe, parce que «les gens s’y opposeraient ou l’ignoreraient». Pour le Maître de l’Ordre des dominicains, l’Eglise doit en revanche s’adresser aux «esprits» des hommes et des femmes, de façon à «donner un sens à leur expérience». «Mais ceci n’est pas suffisant», a-t-il fait remarquer, «car notre société est aussi marquée par une crise de confiance dans la raison».

«L’Eglise n’aura d’autorité que si nous partageons le cheminement des personnes, si nous sommes attentifs à leurs déceptions, à leurs interrogations et à leurs doutes». a conclu le Père Radcliffe (apic/imed/tg)

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