L’ancien ministre du général de Gaulle sera-t-il béatifié ?

Paris: Centenaire de la naissance d’Edmond Michelet

Paris, 17 octobre 1999 (APIC) La mémoire d’Edmond Michelet, ancien déporté en Allemagne durant la Deuxième guerre mondiale, puis ministre à plusieurs reprises du général de Gaulle, reste vivante en France. A l’occasion du centenaire de sa naissance, le colloque « Edmond Michelet, le chrétien » a évoqué jeudi, à l’espace Georges Bernanos à Paris, le résistant et le disciple du Christ, indissociablement mêlés à l’homme politique. Un deuxième colloque a célébré les 15 et 16 octobre « Edmond Michelet, homme d’Etat ».

Tous les orateurs ont souligné les rares qualités humaines d’Edmond Michelet et combien sa vie privée et publique fut celle d’un homme évangélique. Un chrétien exemplaire mais pas encore un saint car sa béatification est discutée.

« L’aumônier de la France » (André Malraux), « le ministre de la miséricorde », « l’homme d’Etat franciscain ». Autant de qualificatifs qui disent l’attachement et la profonde estime de ceux qui ont connu Edmond Michelet. Par-delà les complaisances hagiographiques de telles commémorations, les orateurs des deux colloques parisiens ont rappelé la personnalité étincelante et généreuse, profondément enracinée dans le Christ, de celui qui fut d’abord un animateur de l’Action catholique, puis dès la première heure, un dirigeant de la Résistance avant de s’illustrer comme un camarade exemplaire, porteur d’une formidable espérance, dans les camps nazis. Fidèle parmi les fidèles du général de Gaulle, son action de ministre restera toujours conduite par l’humanisme chrétien dont il s’était imprégné auprès des Equipes sociales et dans la lecture de grands auteurs catholiques comme Gabriel Marcel, Jacques Maritain, Georges Bernanos et plus encore Charles Péguy.

Ses proches évoquent « la secrète et joyeuse assurance de sa foi de tous les jours ». Une foi nourrie par l’assistance quasi-quotidienne à l’Eucharistie, la dévotion mariale et la fréquentation assidue des pèlerinages, celui de Rocamadour notamment. Sans oublier les retraites annuelles chez des jésuites en Dordogne, ou encore la prière en famille et son attachement à la spiritualité du Père Charles de Foucauld.

« La haine, c’est l’hiver du cœur »

Mgr Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis et président de la Commission sociale des évêques de France, a souligné son « énorme faculté d’indignation devant le mal » et combien sa conception du pouvoir était inspirée de l’Evangile. L’un des aspects les plus séduisants en fut son attachement à promouvoir, en tout lieu, y compris au camp nazi de Dachau, le pardon des tortionnaires et l’amour des ennemis. « La haine, c’est l’hiver du cœur », a-t-il écrit. Ou encore « Je ne veux pas exclure l’Allemagne de ma géographie cordiale ».

G. Garaud a connu Edmond Michelet au journal « L’Aurore », où il était cadre. Déporté le 9 juin 1944 de la prison de Fresnes (Paris), G. Garaud est arrivé au camp de Dachau le 18 du même mois. « Edmond m’a accueilli avec des mots très fraternels, comme il l’a toujours fait. Il nous a vraiment aidés à comprendre et supporter Dachau. Je ne peux qu’approuver tout le bien qui a été dit de lui. Je lui ai toujours gardé mon amitié, même quand il a quitté le Mouvement Républicain Populaire (MRP) pour rejoindre le Rassemblement pour la République (RPF) de de Gaulle », a-t-il souligné.

Edmond Michelet et l’Algérie

Onze ans après le décret d’ouverture de l’enquête canonique, l’action d’Edmond Michelet comme garde des Sceaux du général de Gaulle pendant la guerre d’Algérie pèse sur son procès en béatification. D’une part, les représentants des « pieds-noirs » (Français nés en Algérie) ne lui pardonnent pas d’avoir été favorable à l’indépendance algérienne et de ne pas avoir été assez attentifs à leur sort. D’autre part, les familles des généraux putschistes n’ont pas digéré qu’il ait envoyé une lettre au procureur demandant instamment la peine de mort de ces généraux. Des historiens ont été sollicités pour éclairer cet épisode et établir dans quelle mesure il a été pleinement assumé par Edmond Michelet. (apic/jcn/ba)

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