Suisse: 10’000 francs d’amende pour un pasteur tsigane

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Amende pour installation de caravanes en zone agricole

Genève, 21 octobre 1999 (APIC) Le pasteur May Bittel, qui dirige la Mission évangélique tsigane en Suisse, a écopé de 10’000 francs d’amende pour avoir installé deux caravanes sur un terrain lui appartenant à Céligny, dans canton de Genève. Situé en zone agricole, ce terrain n’est pas constructible. D’où la condamnation à cette forte amende infligée au pasteur par le Conseil d’Etat genevois. Comme le pasteur refuse de retirer ses caravanes, la police pourrait intervenir pour libérer les lieux.

« Si May Bittel avait installé ses caravanes dans une zone à bâtir, je n’aurais rien eu à dire, explique Antoine Schütz, maire de Céligny. La loi est la même pour tous, j’ai dû le dénoncer au Conseil d’Etat ». Du côté du Département de l’aménagement, de l’équipement et du logement, le conseiller d’Etat Laurent Moutinot est intransigeant. « Si nous ne sommes pas extrêmement fermes en matière d’aménagement du territoire, le canton de Genève serait couvert de constructions diverses et variées. Ce serait la fin de l’Etat de droit »

Installé dans sa petite maison de bois à Versoix, May Bittel explique qu’il est contraint d’entrer dans une épreuve de force avec l’Etat par solidarité avec les forains et les tsiganes, de même que pour sa famille. « Nous tenions à jeter un pavé dans la mare pour faire avancer la cause tsigane en Suisse ».

Depuis 25 ans, May Bittel passe l’hiver au Mollard, une cuvette de 12’500 m2 au bord de la Versoix en compagnie de plus de 200 tsiganes et forains. Les baraques et les caravanes se touchent. « Nous demandons depuis longtemps à la commune de Versoix et à l’Etat de Genève de remédier à l’exiguïté des lieux ». En février 1998, forains et tsiganes ont pensé être arrivés au bout du tunnel. Un nouveau terrain plus vaste aurait dû leur être proposé. Finalement, le Conseil municipal de Versoix le leur a refusé. Quant au projet de remplacement, il se trouve depuis deux ans en phase de pré-consultation.

Depuis 25 ans, la famille de May Bittel a grandi. Pour les quatre enfants et six petits enfants, le périmètre d’habitation du Mollard est resté le même. Ce qui rend la vie en communauté, chère à la culture tsigane presque impossible.

« En fait, nous sommes des requérants d’asile dans notre propre pays, s’insurge May Bittel. Pour beaucoup de concitoyens, la culture et le mode de vie tsiganes sont avant tout une réalité à combattre ». Cette hostilité croissante, le pasteur tsigane, membre de la Commission fédérale contre le racisme, la sent dans la réduction du nombre des places de stationnement. « Tout cela ne peut que nous contraindre à entrer dans l’illégalité » ajoute-t-il. Sur le fond, May Bittel aimerait une véritable reconnaissance des gens du voyage comme minorité. Dans la diversité culturelle helvétique, la culture tsigane devrait représenter une richesse supplémentaire.

Le Conseiller d’Etat Laurent Moutinot, par ailleurs président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), déplore l’épreuve de force avec le pasteur Bittel. « Sur la commune de Versoix, ajoute-t-il, nous avons trouvé un nouvel emplacement pour les forains et les tsiganes. Le dossier avance ». L’attitude de May Bittel risque « d’entraîner davantage d’effets négatifs que positifs ».

Pasteur de la Mission évangélique tsigane en Suisse, un mouvement pentecôtiste rassemblant environ 500’000 Tsiganes dans le monde, May Bittel gagne sa vie comme brocanteur et recycleur de métaux. (apic/spp/tg)

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