Nous témoignons avec joie de l’Evangile de l’Espérance en Europe

Rome: Message final des évêques du Synode pour l’Europe

Rome, 22 octobre 1999 (APIC) Ouvert sur une tonalité assez pessimiste, le deuxième Synode des évêques pour l’Europe s’achève sur une note nettement plus positive. L’espérance est possible, affirment les évêques dans leur message final d’une dizaine de pages présenté vendredi. Et si cette espérance représente un défi, puisque qu’elle est chaque jour «affaiblie, remise en cause et détruite par tant de formes de souffrances, d’angoisse et de mort, ce défi, nous ne pouvons pas ne pas l’assumer nous-mêmes», soulignent-ils.

Le titre du message «Rome: Message final des évêques du Synode pour l’Europe» est en lui-même déjà un programme. Voulant se faire «ambassadeurs et témoins de l’Evangile de l’espérance», les évêques relèvent qu’ils ont vécu une profonde expérience de foi et charité au cours du Synode. «Nous avons été conduits, encore une fois et avec un enthousiasme renouvelé, à confesser notre foi. De cette confession de foi naît également en nous tous une joyeuse, irrésistible et réconfortante confession d’espérance «. Une espérance qui est certaine, pour les participants du Synode, et dont les signes sont «concrets, expérimentables et de quelque manière tangibles», parce que l’Esprit Créateur est aujourd’hui encore «à l’oeuvre plus que nous et mieux que nous dans les Eglises et dans la société européennes «.

Les signes d’espérance pour l’Eglise en Europe

Les signes d’espérance cités par les évêques sont d’abord «les si nombreux martyrs de toutes les confessions chrétiennes qui ont vécu en notre siècle, que ce soit dans les pays de l’Ouest ou dans les pays de l’Est, même de nos jours», ainsi que la sainteté de tant d’hommes et de femmes de notre temps, y compris de ceux qui n’ont pas été officiellement proclamés par l’Eglise.

Le message cite également la liberté retrouvée des Eglises de l’Est européen qui a ouvert de nouvelles possibilités pour l’action pastorale, et a entraîné un réveil des vocations sacerdotales et religieuses. Le fait que l’Eglise se concentre de plus en plus sur sa mission spirituelle et qu’elle s’emploie à vivre le primat de l’évangélisation aussi dans les rapports avec la réalité sociale et politique, est également un signe d’espérance.

Les évêques évoquent la présence et le développement de nouveaux mouvements et communautés avec le «radicalisme évangélique et l’élan missionnaire» qui les caractérisent. Ils citent aussi «l’engagement renouvelé pour l’Evangile et une généreuse disponibilité pour le service, dans des réalités plus traditionnelles de l’Eglise, dans les paroisses, parmi les personnes consacrées, dans les associations de laïcs, dans les groupes de prière et d’apostolat, en diverses communautés de jeunes».

Enfin, les évêques se réjouissent de la prise de conscience accrue de la coresponsabilité propre de tous les chrétiens dans la variété et la complémentarité des dons et des tâches, au sein de l’unique mission de l’Eglise, de la présence et l’action croissantes de femmes dans les structures et les divers domaines de la vie de la communauté chrétienne». L’intensification en ces dernières années de l’échange des dons entre les Eglises de l’Ouest et celles de l’Est de l’Europe est également un motif d’espoir.

Les pas accomplis sur le chemin oecuménique

Par ailleurs, pour les évêques qui ont participé au Synode pour l’Europe, les pas accomplis sur le chemin oecuménique, en dépit de nombreuses difficultés sont aussi des raison d’espérer. «En particulier, nous accueillons avec satisfaction la ’Déclaration commune sur la justification’ qui sera signée à Augsbourg le 31 octobre 1999 par les représentants de notre Eglise et de la Fédération luthérienne mondiale», écrivent-ils. Les évêques évoquent également dans ce domaine «le bel accueil» réservé au pape lors de sa visite en Roumanie. «Continuons avec grande confiance le chemin œcuménique. Redécouvrons le lien qui nous unit avec nos ’frères aînés’ juifs, " ajoutent-ils. «Ouvrons-nous au dialogue respectueux et responsable avec ceux qui appartiennent aux autres religions, intensifions notre élan missionnaire en allant dans le monde tout entier».

Un courageux examen de conscience

De telles raisons d’espérer sont à la fois un don et une responsabilité. «Animés d’une telle conscience, il nous faut faire tous ensemble un humble et courageux examen de conscience pour reconnaître nos peurs et nos erreurs. Pour confesser avec sincérité nos lenteurs, omissions, infidélités et fautes».

Les évêques se proposent alors de donner une nouvelle impulsion d’une part à l’annonce de l’Evangile par le témoignage de la vie, et d’autre part à la prédication, à la catéchèse, à la recherche théologique, à la culture religieuse, au dialogue entre science et foi. «Accompagnons par des itinéraires de foi exigeants le chemin de tous ceux qui demandent le baptême ou sont déjà appelés à le vivre dans la vie de chaque jour. […] Entraînons-nous à accueillir avec docilité et en plein assentiment la doctrine de l’Eglise, pour que notre pensée et notre comportement soient cohérents avec l’Evangile de Jésus «.

Un autre effort que veulent faire les évêques concerne le «sens du mystère». «Renouvelons nos célébrations liturgiques pour qu’elles soient des signes plus éloquents de la présence du Christ Seigneur. […] Assurons de nouveaux espaces au silence, à la prière et à la contemplation, retournons aux sacrements, spécialement à ceux de l’eucharistie et de la pénitence «.

«Décidons-nous à aimer !», s’exclament les évêques. «Par une vie qui soit miroir et témoignage du Dieu charité, ouvrons notre coeur à l’accueil, à l’attention à chaque frère et chaque soeur qui se trouvent dans la souffrance ou dans la peur, à l’amour préférentiel pour les pauvres, au partage des biens dans une vie plus sobre».

Enfin, les évêques s’adressent spécifiquement aux prêtres. «Ne perdez pas coeur et ne vous laissez pas accabler par la fatigue. […] En pleine communion avec nous évêques, en fraternité joyeuse avec les autres prêtres, en cordiale responsabilité avec les consacrés et tous les fidèles laïcs, continuez votre oeuvre unique et irremplaçable «.

La construction de l’unité de l’Europe

Concernant l’histoire spécifique de l’Europe, étroitement liée au christianisme, les évêques évoquent les situations dramatiques et inquiétantes que sont «toutes les formes de violation des droits fondamentaux des personnes, des minorités et des peuples». Ils citent explicitement la ’purification ethnique’ et l’interdiction faite aux fugitifs de revenir chez eux, avec l’énorme poids d’injustice, de violences et de mort qui écrase le siècle.

Malgré ces situations, les évêques se réjouissent de «l’ouverture croissante des peuples les uns envers les autres», de " la réconciliation entre nations longtemps hostiles en ennemies «, et de «l’élargissement progressif du processus d’unification aux pays de l’Est européen». Ils se disent satisfaits de la création progressive d’une conscience européenne.

Les évêques souhaitent en revanche que soit garanti «le primat des valeurs éthiques et spirituelles» dans le contexte de «la légitime et nécessaire unité économique et politique en Europe». Ils expriment la ferme conviction qu’il n’y aura pas d’unité vraie et féconde en Europe si elle n’est pas construite sur ses fondements spirituels, et lancent quelques appels à tous ceux qui, surtout au niveau institutionnel, politique et culturel, ont une responsabilité spécifique concernant les destins futurs du continent.

Dans ces appels, les évêques invitent à «élever la voix quand les droits humains des individus, des minorités et des peuples sont violés, à commencer par le droit à la liberté religieuse». Ils insistent sur la nécessité de réserver la plus grande attention à tout ce qui regarde la vie humaine de sa conception jusqu’à la mort naturelle, et la famille fondée sur le mariage. Et ils demandent en outre que des efforts soient faits pour garantir aux jeunes «un avenir vraiment humain, par le travail, la culture, l’éducation aux valeurs morales et spirituelles».

Concernant le processus de l’intégration européenne, les évêques souhaitent un élargissement du cercle des peuples membres de l’Union, qui valorise les diversités historiques et culturelles des nations. Par ailleurs, le phénomène des migrations doit être affronté selon la justice et l’équité, et avec un grand sens de la solidarité, soulignent-ils, pour que ces migrations deviennent une nouvelle ressource pour l’avenir européen. Enfin, pour les évêques l’Europe doit être ouverte à tous les pays du monde, avec lesquels elle doit continuer à mettre en oeuvre des formes de coopération non seulement économique mais également sociale et culturelle. Il est notamment urgent, insistent-ils, de remettre ou au moins réduire la dette internationale des pays en voie de développement.

«Comme chrétiens, nous voulons être et invitons à être des européens convaincus, prêts à apporter notre contribution à l’Europe d’aujourd’hui et de demain, en recueillant le précieux héritage qui nous a été laissé par les ’pères fondateurs’ de l’Europe unie», écrivent enfin les évêques. «Eglise d’Europe, ne crains pas !» concluent-ils. «Vis tes responsabilités !». «Le temps viendra ­ et déjà s’en entrevoient les signes – dans lequel le bien triomphera sur le mal». «Espère en ton Seigneur et tu ne sera pas confondue éternellement !». (apic/imed/mp)

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