On leur impute l’échec de trois mariages sur dix

Italie: Les belles-mères égales à leur réputation

Reggio nell’Emilia, 24 octobre 1999 (APIC) « Hélas, la réputation des belles-mères n’est pas usurpée » : c’est ce qu’a pu constater une avocate italienne, Paola Mescoli, après une petite enquête parmi ses collègues, qui lui a fait découvrir que trois séparations sur dix sont dues pour une bonne part à l’intrusion dans le couple d’une « mamma » qui ne peut se résoudre à perdre son autorité sur son fils.

Le technicien du téléphone n’en croit pas ses yeux: « Madame, auriez-vous un interphone ? » « Non, pourquoi ? « .  » Ici, derrière le téléphone, il y a un fil bizarre relié à un micro « . De l’espionnage authentique. Le fil, on l’a deviné, conduisait à l’appartement de la belle-mère, à l’étage au-dessous. Cette histoire authentique de la  » belle-mère KGB  » a fait le tour de la province de Reggio, en Emilie. Le couple espionné vient de se séparer. Un de plus qui échoue à cause de l’intrusion de la  » mamma « .

 » C’est elle ou moi « 

L’Action Catholique italienne a décidé de réagir, en ouvrant, il y a une semaine, près de Reggio, la première école pour belles-mères et belles-filles. Au programme, un mois de cours du style  » Elle ou moi, les alternatives d’un drame « , ou  » Que va devenir mon petit ? « , animés par des avocats, des sociologues, des psychologues, pour les aider à se comprendre, à communiquer, à désarmer un conflit qui peut durer des siècles. Le plus surprenant a été le déferlement d’inscriptions.  » Nous avons soulevé le couvercle « , a déclaré la présidente de l’Action Catholique, Maria Chesi, qui ne sait pas si elle doit s’en réjouir ou craindre plutôt des règlements de compte funestes.

Elles étaient là, assises comme à l’école. Cristiana Caselli, une bru combative, explique :  » Nous ne sommes pas les belles-filles d’autrefois qui entraient dans la maison du patriarche tête baissée.  » Et Sandra Codeluppi, une belle-mère, avoue :  » Je me suis forcée à ne pas m’immiscer dans leur vie, mais j’en ai beaucoup souffert.  » Et les anciennes belles-filles qui deviennent à leur tour belles-mères :  » J’ai beaucoup souffert, ma belle-mère ne m’aurait jamais acceptée même si j’avais été la reine Elisabeth, mais je ne veux pas faire souffrir mes fils ainsi. Il faut casser cet engrenage. »

Une guerre d’usure

 » Aujourd’hui on n’en vient plus aux mains, explique l’avocate Mescoli, on ne discute plus, et c’est peut-être pire. C’est devenu une bataille de positions.  » Et dans cette stratégie de l’usure, ce sont les belles-mères qui gagnent. Elles ont un répertoire extrêmement sophistiqué de coups bas : nettoyer le sol pour humilier sa belle-fille, organiser un réseau d’espionnage avec le concierge ou le coiffeur, et par exemple dire à son fils :  » Hier ta femme est descendue d’une voiture, je n’ai pas vu qui conduisait mais je crois que c’était un homme « . Les belles-filles ne sont pas en reste, quand elles s’adonnent à des compétitions culinaires désespérées ou à des chantages du genre :  » Je ne t’enverrai plus les enfants « .

Paola Mescoli reconnaît que les couples qui souhaitent divorcer devraient voir un psychologue avant de passer devant le juge.  » Il ne faut pas avoir de complexes de culpabilité si l’on n’est pas d’accord, recommande Alessandra Cassanese, qui est précisément psychologue. Il est naturel que la belle-mère ait peur de perdre l’amour de son fils et que la belle-fille soit jalouse de celle qui a été la première femme dans la vie de son mari… Il suffit de bien voir où sont les limites.  » Comment ? Avec seulement un peu de bon sens, comme le recommande saint Paul dans sa lettre aux Colossiens :  » Enfants, obéissez à vos parents… Parents, n’exaspérez pas vos enfants. « 

Les choses ne sont pas toujours si simples.  » La belle-mère est le thermomètre de la solidité du couple, explique la psychologue. L’intrusion détruit uniquement si elle trouve une fissure à élargir.  » Et la fissure, c’est le fils. Entre deux femmes en compétition, il y a toujours un homme faible, qui ne sait pas choisir. C’est lui qui devrait apprendre à couper le cordon ombilical. S’il ne le fait pas, et que la belle-mère et la belle-fille se disputent, c’est lui le coupable.

 » La belle-mère, déclare Maria Chesi, est une femme qui vit le moment le plus difficile de sa vie, celui de la séparation avec ses enfants. La jalousie, les intrusions sont un véritable appel au secours. C’est pour cela qu’il faut qu’il y ait un dialogue et pas la guerre ». (apic/zn/pr)

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