Human Rights Watch met à profit la visite de Jiang Zemin pour interpeller Chirac et Jospin
Bruxelles, 25 octobre 1999 (APIC) « Human Rights Watch » a invité samedi le président français Jacques Chirac et le Premier ministre Lionel Jospin à tirer profit de la rencontre au sommet avec le président chinois Jiang Zemin, du 24 au 26 octobre, pour exhorter ce dernier à prendre des dispositions concrètes et pratiques en vue d’améliorer le respect des droits de l’homme en Chine et au Tibet.
« Nous craignons fortement que la nouvelle approche des dirigeants européens consistant à promouvoir les droits de l’homme en Chine uniquement par le « dialogue » ne permette pas de lier des progrès spécifiques sur le terrain des droits de l’homme à l’amélioration des relations entre l’Union européenne et la Chine », déclare la directrice de Human Rights Watch (HRW) à Bruxelles, Lotte Leicht. « Il est indispensable que les dirigeants français dénoncent la récente détérioration du respect des droits de l’homme en Chine et présentent un calendrier des initiatives concrètes que devrait prendre Pékin ».
HRW a rassemblé « les preuves de la forte dégradation » dans le respect des libertés fondamentales au cours de l’année écoulée, dont le renforcement des contrôles sur la liberté d’association, d’expression, d’assemblée et la liberté de croyance.
Les contrôles se sont intensifiés dès le début des préparatifs pour les célébrations de dates fort sensibles: quarantième anniversaire du soulèvement tibétain (10 mars 1959), dixième anniversaire de la répression de la place Tiananmen (4 juin 1989), cinquantième anniversaire de la fondation de la République Populaire de Chine (1er octobre 1949). Ces douze derniers mois, une crise économique prolongée a alimenté les troubles et augmenté l’inquiétude du gouvernement quant à la stabilité du pays.
La détermination de Jiang Zemin à soutenir le Parti communiste, à calmer ses éléments les plus durs et à assurer sa propre place dans l’histoire a également nourri l’intolérance à l’encontre de toute organisation critiquant ouvertement le parti ou tentant d’opérer en dehors de son cadre, observe HRW. Les individus et groupes suspectés de connivence avec des organisations étrangères « hostiles » ainsi que ceux qui auraient transmis des renseignements politiques délicats outremer sont les cibles principales du régime.
L’intégration de la Chine dans la Communauté internationale
Au Tibet, relève encore HRW, le contrôle public sur les affaires religieuses s’est durci pendant l’année écoulée. Il est fait état « de dizaines d’exécutions judiciaires à Xinjiang, où certains groupes ethniques Ulghur luttent pour la création d’un Etat séparé ». D’autres « séparatistes » présumés ont été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement. Dans le Territoire sous Administration Spéciale (TAS) de Hong Kong, l’indépendance judiciaire et la règle de droit « ont été sérieusement bafouées lorsque le gouvernement de la TAS a demandé à Pékin d’interpréter un arrêt pris par la plus haute cour de Hong Kong ». L’organisation ajoute que la Chine n’a toujours pas ratifié les deux principaux traités des Nations Unies sur les droits de l’homme qu’elle avait signés en 1997 et 1998.
En termes plus positifs, estime encore l’organisation, le pays poursuit ses efforts de réforme juridique, même si le système en vigueur est encore fortement politisé. Le président de la Cour suprême, Xiao Yang, a annoncé en mars que, dans un souci de transparence, les procès seraient publics et le verdict connu plus rapidement, sauf pour les affaires concernant des secrets d’Etat. En avril, il a annoncé l’adoption d’un plan visant à restreindre l’ingérence du gouvernement dans l’appareil judiciaire.
Selon Lotte Leicht, « la France doit s’efforcer de promouvoir l’intégration de la Chine dans la Communauté internationale en tant que membre pleinement responsable et constructif. Pour ce faire, il est indispensable de promouvoir la transparence, la responsabilité, la règle de droit et une plus grande protection des droits de l’homme fondamentaux ».
Human Rights Watch invite le président français et son Premier ministre à présenter à leurs homologues chinois un certain nombre de recommandations, comme la cas du Tibet; obtenir un accord de libération, d’amnistie ou, pour le moins, d’une révision de peine pour les quelque 2000 personnes toujours inculpées du chef de « contre révolution »; lancer le processus d’abolition du système de rééducation par le travail qui mène chaque année à la détention arbitraire de milliers de citoyens chinois, sans chef d’inculpation ni jugement; s’assurer de l’engagement formel de la Chine à garantir le respect de la liberté d’association, des droits au travail en sa qualité de membre de l’Organisation Internationale du Travail; faire pression pour la suppression de la peine de mort. (apic/cip/pr)
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