Réformes à la Garde Suisse: le commandant Pius Segmüller fait le point

APIC – Interview

Procédure de recrutement plus stricte

Rome, 25 octobre 1999 (APIC) Un peu plus d’un an après le drame de la Garde Suisse au Vatican, plusieurs changements sont intervenus à l’intérieur de ce corps de garde créé en 1506 par le pape Jules II. La procédure de recrutement est plus strictes. Et les critères d’avancement dans la hiérarchie ont été modifiés. Pas au goût de tous les gardes, cependant. Avec l’APIC, le commandant de la Garde Suisse, le colonel Pius Segmüller, fait le point. Alors que le vice-caporal Tiziano Guarneri exprime son sentiment, six ans après son arrivée à la Garde.

Nommé le 1er août 1998 commandant de la Garde Suisse au Vatican, le colonel Pius Segmüller, 47 ans, a remplacé le colonel-commandant Alois Estermann. Ce dernier avait été retrouvé mort avec sa femme le 4 mai 1998, quelques heures après sa nomination par Jean Paul II, en même temps que le vice-caporal Cédric Tornay, auquel la responsabilité du drame a été attribuée. Le Colonel Segmüller répond aux questions de l’APIC sur l’état de la Garde Suisse depuis sa nomination.

APIC: Quels changements avez-vous entrepris depuis votre entrée en fonction comme colonel-commandant?

Pius Segmüller: Le 1er janvier 1999, cinq mois après ma nomination, une nouvelle procédure de recrutement des gardes suisses a été mise en place. Auparavant, une personne réunissait pour cela les papiers nécessaires en Suisse, mais il n’y avait pas de procédure stricte. Le recrutement se fait maintenant de manière plus professionnelle, toujours en Suisse, à travers un bureau responsable de la sélection des nouveaux candidats. Le bureau procède ensuite à un entretien, et parfois à des tests psychologiques si cela s’avère nécessaire. Le bureau me recommande donc les candidats retenus, et c’est moi qui prends la décision finale.

De manière générale, nous n’avons pas de problèmes de recrutement. Nous faisons beaucoup de propagande en Suisse, dans les paroisses ou les écoles, et nous rencontrons un certain intérêt.

APIC: Est-ce le Saint-Siège qui finance ce bureau de recrutement?

Pius Segmüller: Non. Nous avons créé une fondation en Suisse avec un statut officiel pour récolter des fonds destinés au recrutement et à la formation des gardes, qui sont pour moi des priorités. J’en ai été personnellement le moteur et il existe maintenant un cercle des fondateurs comprenant des personnalités du monde politique, économique ou militaire.

APIC: La sélection des gardes est-elle devenue plus sévère?

Pius Segmüller: Depuis la mise en place de cette nouvelle procédure, nous avons reçu 163 candidatures. Une seule des 44 ont été retenues par le bureau de recrutement. J’ai reçu ces 44 dossiers au Vatican et j’ai refusé 10 candidats. La sélection est effectivement devenue plus stricte.

APIC: Combien avez-vous de gardes aujourd’hui?

Pius Segmüller: Nous avons augmenté légèrement notre effectif. On compte actuellement 104 gardes mais nous espérons en avoir 110 à la fin de l’année alors que la limite auparavant était de 100 gardes, officiers inclus. Mais cette augmentation de l’effectif ne change pas les horaires de service pour les gardes, dont la charge de travail va même augmenter avec les engagements du Grand Jubilé de l’Année 2000. Pour y faire face, nous avons demandé à des anciens gardes de revenir au Vatican pour des périodes de un à trois mois. Sur 231 d’entre eux que nous avons contactés, 62 ont déjà donné une réponse positive ferme et nous attendons encore 87 réponses.

APIC: Avez-vous changé la discipline à l’intérieur de la garde?

Pius Segmüller: Nous avons rédigé un nouvel «Ordre disciplinaire» qui comprend ce que l’on appelle «la peine du commandant», dont le champ d’application est clairement défini. Cette peine, qui n’existait pas auparavant, vient sanctionner un délit grave à travers la rédaction d’un procès-verbal. Chaque garde reçoit cet «Ordre disciplinaire» ainsi qu’un ordre de service que nous avons institué, qui définit son engagement, son instruction, ses sorties etc.

D’un autre côté, nous avons aussi inauguré un système complètement nouveau de qualification, qui se base sur la personnalité du garde, ses aptitudes particulières et ses performances physiques et psychiques. La qualification se faisait avant de manière très générale. Il y a aujourd’hui un jugement objectif basé sur un système de notes.

Enfin, nous avons mis en place un système de promotion. Les vice-caporaux, caporaux et sergents par exemple, peuvent postuler pour une promotion. Ils sont soumis à différents examens, et c’est le meilleur qui est promu. Avant, ce choix dépendait subjectivement des officiers.

APIC: Les gardes sont-ils satisfaits de ces changements?

Pius Segmüller: Il y a évidemment toujours des insatisfactions, c’est normal. Certains gardes qui sont là depuis des années trouvent les changements trop rapides Les jeunes, au contraire, voudraient tout changer immédiatement, alors qu’il faut être très prudent, en particulier vis-à-vis du Vatican.

APIC: Est-ce que les horaires de service sont restés les mêmes depuis votre entrée en fonction?

Pius Segmüller: Ils n’ont pas beaucoup changé, car le devoir à assurer est resté le même. Nous avons toutefois assoupli un peu le règlement concernant les sorties du soir. Par exemple, les officiers, sous-officiers et caporaux sont libres tous les soirs, alors que qu’autrefois, le caporal devait être rentré avant 2 heures du matin pendant la semaine, et à minuit le samedi. De leur côté, les vice-caporaux et les hallebardiers de plus de 5 ans de garde ont maintenant la permission de 3 heures du matin alors que la limite était auparavant à minuit, sauf cinq fois par mois où ils pouvaient ne rentrer qu’à 1 heure.

APIC: Comment sont-ils logés?

Pius Segmüller: Seuls les nouveaux gardes dorment en dortoir, avant d’être en chambre double, puis de recevoir une chambre individuelle. Mais évidemment, quand ils sont en service de nuit, éparpillés dans le Vatican, ils doivent dormir dans l’un des quatre dortoirs qui se trouvent hors de la caserne, pour pouvoir faire la relève pendant la nuit.

En ce qui me concerne, j’ai le projet de changer l’infrastructure de la caserne. C’est quelque chose qui me tient très à coeur, mais qui ne peut pas se faire du jour au lendemain. En 2006, nous fêterons le 500ème anniversaire de la Garde Suisse, et j’espère bien que pour cette date la caserne sera restaurée.

APIC: Quelle est l’ambiance dans la Garde Suisse actuellement. Est-ce l’on ressent encore un traumatisme après les événements du 4 mai 1998?

Pius Segmüller: La Garde Suisse était très fragile après cet événement dramatique, mais beaucoup de gardes ont changé depuis, et on ne sent pas de traumatisme aujourd’hui, même si certains sont tristes d’avoir perdu l’un des leurs.

En revanche, ce qui est difficile à vivre, c’est ce que j’appelle le «phénomène sous-marin», c’est-à-dire le fait de vivre 24 heures sur 24 ensemble. Cela comporte un aspect positif, car cela peut créer un esprit de corps très profond parmi les gardes. Certains ont souvent des contacts encore très étroits entre eux, dix, vingt et même trente ans après leur service. Mais il y a aussi un aspect négatif, quand ils tournent en rond, ne parlent que des choses de la Garde, ou ne sortent pas à l’extérieur.

Pour ma part, j’essaie de mettre l’accent sur la communication et l’information au sein de la caserne, par des contacts réguliers avec des membres des différentes sections, par un bulletin d’information édité tous les deux mois, et des rondes sur tous les postes pour voir les gardes pendant leur service. Il y a aussi des moments plus ouverts de discussion. Tous les hallebardiers peuvent venir me voir dans mon bureau pour avoir des conversations personnelles. Je considère qu’il faut être ouvert, humain, car le service est dur. (apic/imed/tj/pr)

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