APIC – interview:
Il faut vivre la collégialité des évêques sur un thème ciblé
Bernard Bavaud, APIC
Coire, 26 octobre 1999 (APIC) La proposition du cardinal Carlo Maria Martini, archevêque de Milan, de trouver une nouvelle forme pour vivre la collégialité de l’épiscopat catholique a trouvé des soutiens parmi ses confrères. Mgr Amédée Grab, évêque de Coire et président des évêques suisses, partage cette idée. A ses yeux, cette pratique nouvelle de la collégialité permettrait peut-être de réunir une assemblée ecclésiale représentative pour traiter une question urgente. Les thèmes abordés, trop nombreux, ne trouvent pas toujours une réponse au Synode tel qu’il est organisé maintenant. Interview d’APIC, 48 heures après le retour de Mgr Grab dans son diocèse après sa participation au Synode des évêques pour l’Europe à Rome.
APIC: Le cardinal Martini, même s’il n’a pas prononcé le mot de concile, a insisté sur l’importance de la colléégialité des évêques pour une meilleure prise en compte de questions précises à l’Eglise. Qu’en pensez-vous?
A.G.: Tout ce qui favorise la communion effective dans l’Eglise est important. L’on peut imaginer qu’il existe des formes de partage qui soient plus souples et plus facilement réalisables qu’un Concile œcuménique, bien que toujours possible s’il est convoqué par un pape. N’oublions pas que l’Eglise catholique compte plus de 4’000 évêques et 2’500 circonscriptions ecclésiastiques dans le monde. Sans compter les évêques auxiliaires et émérites. Il s’agit donc d’une « immense machine ! » Le nombre des évêques est sept fois plus élevé que lors de Vatican I, il y a 130 ans. Il y aurait donc des difficultés concrètes de réalisation.
Outre le concile œcuménique qui est la forme plénière de la collégialité, « cum et sub Petro », il y a plusieurs solutions possibles. Le Synode en est une. Il fonctionne depuis une trentaine d’années. Mais il est parfois difficile de mener à terme le travail résultant de cacune de ces assemblées synodales. Il y a la préparation d’un document, le Synode lui-même, puis ensuite le document post-synodal. On vient de terminer le Synode sur l’Océanie, puis voici celui sur l’Europe. C’est un rythme extrêmement soutenu. Il y a beaucoup de travail à faire. A mon sens, cet effort de participation peut être repensé, en tenant compte des expériences positives et négatives durant ces trente dernières années.
Quant aux propos du cardinal Martini, je crois qu’il pense avec justesse à des Synodes ciblés sur des questions très précises. Comme les Conciles christologiques du 4e siècle par exemple.
APIC : L’archevêque d’Edimbourg, Mgr Michael Keith O’ Brien, a affirmé que la curie romaine bloque de fait la discussion au Synode des questions controversées, comme l’ordination d’hommes mariés, le célibat en général ou l’ordination de femmes diacres. Votre réaction?
A. G. : Dans le cadre du Synode, ces questions n’ont pas été soulevées. Elles n’étaient pas dans le document préparatoire et n’ont été évoquées que très partiellement lors d’interventions individuelles dans la première période du Synode. Elles n’ont pas été reprises comme telles dans les conclusions de cette première période. Donc je ne dirais pas que ces questions ont été « bloquées », mais elles n’ont pas « émergé ».
APIC Certains Pères du Synode ont insinué en effet que certains chrétiens étaient un peu naïfs face à la croissance de l’islam dans le monde: Comment voyez-vous ce défi de l’islam ?
A.G. : Cette problématique a été bien présente au Synode, du moins dans le groupe où je me trouvais. Il y a d’une part la nécessité impérieuse du dialogue interreligieux. D’autre part l’Eglise ne peut pas renoncer à l’annonce de l’Evangile pour tous les hommes. Au-delà même du dialogue interreligieux, il y a l’exigence d’annoncer Jésus-Christ à toute l’humanité. Cela est d’ailleurs l’une des grandes lignes de force du pontificat de Jean Paul II.
APIC : Avez-vous abordé au Synode un point pastoral important concernant la Suisse et qui vous tient à cœur?
A. G. : Oui, j’ai demandé dans une intervention un encouragement déterminé aux collaborateurs et collaboratrices qui travaillent dans la pastorale de nos diocèses. J’ai abordé par ce biais la question très sensible, en Suisse alémanique notamment, de la collaboration entre théologiens-laïcs et prêtres. Ce problème n’a pas été repris par les conclusions du Synode, peut-être tout simplement parce qu’il n’est pas vécu avec la même intensité ailleurs. Ce Synode n’a pas répondu à cette problématique. Il y a d’autres questions importantes, très sensibles en Suisse comme ailleurs qui n’ont pas été développées. Je pense notamment à la pastorale des divorcés remariés. On peut le regretter, mais on ne peut malheureusement pas aborder toutes les questions qui se posent dans le cadre de l’Eglise qui est en Europe.
APIC : Vous avez publié trois lettres synodales sur Internet. Avec quel résultat?
A. G. : Effectivement mes trois lettres ont été diffusées sur Internet. J’ai eu des réponses et des mots d’encouragement et j’ai vu que des revues de presse ont repris des passages de mes lettres. Mais je n’ai pas eu encore le temps de tout lire. Il y a seulement 48 heures que je suis rentré de Rome.
APIC : Une satisfaction personnelle de votre présence au Synode?
A.G. J’ai eu la joie de faire de nouvelles connaissances et d’approfondir la fraternité entre évêques. Autour de Jean Paul II, notre pape, qui a fréquenté toutes nos assemblées. Il était extrêmement attentif et sensible à tout ce qui se disait. Je témoigne que sa présence a fait une très grande impression sur les Pères du Synode. Nous avons eu l’occasion de le fêter affectueusement le 16 octobre, lors de son anniversaire et lors de l’anniversaire de son entrée en ministère à la tête de l’Eglise le 22 octobre. Il a été fêté par des applaudissements et des « vivas ». Mais aussi par notre prière fervente. On sent vraiment dans ces moments-là que « l’Eglise n’a qu’un cœur ». (apic/ba)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse