Nigeria: L’introduction de la charia dans l’Etat de Zamfara suscite une vive polémique
Lagos, 28 octobre 1999 (APIC) L’introduction de la « charia », la loi islamique, dans le code pénal de l’Etat de Zamfara, au nord du Nigeria, suscite une vive polémique et ravive les tensions interreligieuses dans ce pays multi-confessionnel à l’équilibre fragile.
Les évêques catholiques nigérians, qui sont montés au créneau, affirment que la décision du parlement local viole la Constitution fédérale laïque du pays, dont la population est partagée entre chrétiens et musulmans (45% pour chacune des communautés) et animistes (10%). Ils ont l’appui des défenseurs des droits de l’homme, des juristes démocrates et de responsables musulmans modérés.
La « charia » est entrée en vigueur officiellement mercredi dans l’Etat de Zamfara à l’initiative du parlement local. Elle ne devrait cependant être effective que dès l’année prochaine, si elle n’est pas tout simplement déclarée inconstitutionnelle par les autorités fédérales. Un haut responsable de l’administration de ce petit Etat de la Fédération du Nigeria qui en compte 36, a précisé que la cérémonie de proclamation a eu lieu en présence de dizaines de milliers de personnes, dont des ambassadeurs et gouverneurs des Etats riverains de celui de Zamfara, et des dévots venus du Niger et du Bénin voisins.
La presse nigériane de jeudi s’est inquiétée des conséquences de cette nouvelle loi sur la stabilité du pays, estimant qu’après les militaires, elle est maintenant le plus grand « danger » pour le pays le plus peuplé d’Afrique, avec 120 millions d’habitants.
Cortège d’ambassadeurs d’Arabie Saoudite, du Pakistan et du Soudan
Certains médias ont également condamné la visites à Gusau, capitale de l’Etat de Zamfara, des ambassadeurs de l’Arabie Saoudite, du Pakistan et du Soudan, après l’adoption de la « charia » par le parlement local. Ils qualifient ces visites officielles d’ »ingérences dans les affaires intérieures » du pays. L’introduction de la « charia » dans les dispositif juridique d’un Etat du Nigeria est contraire à la Constitution fédérale de mai dernier, adopté par les anciens dirigeants militaires et qui stipule que le pays est un Etat laïc.
Amputation, flagellation et lapidation désormais à l’ordre du jour
Le gouverneur du Zamfara, Ahmed Sani Yerimah, a approuvé le texte introduisant la « charia » qui permettra de renforcer les pouvoirs du tribunal de l’Etat. Celui-ci commencera ses activités en janvier prochain. Acclamé par des milliers de supporters électrisés, le gouverneur du Zamfara a affirmé que sans la « charia », l’islam était sans valeur, arguant que la loi islamique introduite dans le code pénal allait aider à enrayer le crime. Après avoir appelé les Etats de la région – le nord du Nigeria est majoritairement musulman – Yerimah a tenté de rassurer les opposants à la « charia » que la population non musulmane ne serait pas jugée selon la loi islamique, mais les non musulmans ne sont pas du tout convaincus par les assurances du gouverneur. La loi islamique prescrit l’amputation pour vol et divers délits mineurs, la flagellation publique pour l’usage d’alcool, la lapidation pour la prostitution et l’adultère et une sévère séparation entre les hommes et les femmes.
Non à la religion d’Etat
L’archevêque catholique de la capitale nigériane Lagos, Mgr Anthony Olubunmi Okogie, a mis en garde contre l’introduction de la « charia » faisant de l’islam une religion d’Etat, ce que l’Eglise catholique considère comme une violation de la liberté de culte des fidèles des autres religions, liberté garantie par la Constitution. Abdul Oroh, un musulman, directeur exécutif de l’Organisation pour les Libertés Civiles, s’est également opposé à la décision controversée qu’il a qualifiée d’ »exploitation de la religion à des fins politiques ».
« En ce moment de notre histoire, nous n’avons nul besoin d’extrémisme religieux, mais de tolérance », a encore déclaré Abdul Oroh. Les chrétiens, majoritaires au sud du pays, sont violemment opposés à l’introduction de la « charia », qui risque selon eux de faire éclater le pays, qui s’était déjà déchiré pour de tels motifs dans les années 60 lors de la guerre du Biafra qui avait fait plus d’un million de morts. La minorité chrétienne dans l’Etat de Zamfara estime que désormais son mode de vie est menacé et les chrétiens de tout le pays contestent la légalité de cette décision. Le président nigérian Olusegun Obasanjo, lui-même chrétien fervent, a préféré rester silencieux sur ce sujet potentiellement explosif. (apic/pana/bbc/ibc/be)
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