Arrivé avec une heure de retard sur l’horaire prévu, le pape a demandé à ses auditeurs leur «bienveillance» avant d’entamer la lecture de son texte en français – avec son accent américain. Dans son discours d’une dizaine de minutes, il a particulièrement appuyé la mission de l’élu catholique, confronté aux «dérives de toutes sortes que connaissent nos sociétés occidentales».
L’engagement politique du croyant est «d’autant plus méritoire qu’il n’est pas facile en France, pour un élu, en raison d’une laïcité parfois mal comprise, d’agir et de décider en cohérence avec sa foi, dans l’exercice de responsabilités publiques», a souligné Léon XIV. Le pontife a assuré qu’il n’y avait pas de «séparation dans la personnalité d’une personne publique: il n’y a pas d’un côté l’homme politique, de l’autre le chrétien. Mais il y a l’homme politique qui, sous le regard de Dieu et de sa conscience, vit chrétiennement ses engagements et ses responsabilités».
Le discours n’est pas nouveau. Le pape François, avait lui aussi tenu des propos critiques vis-à-vis du modèle français de laïcité, qu’il considérait comme ouvrant la voie à une forme d’intolérance. «Je crois que dans certains pays comme en France, cette laïcité a une coloration héritée des Lumières beaucoup trop forte, qui construit un imaginaire collectif dans lequel les religions sont vues comme une sous-culture», regrettait-il par exemple dans son livre d’entretien avec Dominique Wolton, Politique et Société, paru en 2017. Lors de son voyage en Corse en décembre 2024, il avait mis en avant une «saine laïcité», affirmant que «la foi ne reste pas un fait privé».
Lui faisant écho, Léon XIV a martelé que le christianisme «ne peut se réduire à une simple dévotion privée» car il implique «une manière de vivre en société empreinte d’amour de Dieu et du prochain». Le chef de l’Église catholique a engagé les personnalités civiles à s’intéresser à toutes les dimensions de la vie humaine, citant «la culture, l’économie et le travail, la famille et le mariage, le respect de la dignité humaine et de la vie, […] la santé, la communication, l’éducation, et la politique».
«L’engagement ouvertement chrétien d’un responsable public n’est pas facile, particulièrement dans certaines sociétés occidentales où le Christ et son Église sont marginalisés, souvent ignorés, parfois ridiculisés», a soutenu le pape. Et d’avertir: les valeurs évangéliques, si elles sont «vidées du Christ qui en est l’auteur», sont impuissantes à changer le monde.
Sans prendre de gants, Léon XIV a aussi visé «les pressions, les consignes des partis, les colonisations idéologiques» – expression souvent utilisée par le pape François – auquel les hommes politiques sont soumis. Il a enjoint au «courage de dire parfois: ›non, je ne peux pas’, lorsque la vérité est en jeu», assurant que le Christ leur donnerait le «courage de souffrir pour son nom».
Il a exhorté à «renouveler profondément de l’intérieur les structures, les organisations sociales, les normes juridiques». Il a appelé à «défendre avec conviction» la Doctrine sociale et à la mettre en œuvre dans la rédaction des lois, affirmant que «ses fondements sont foncièrement en accord avec la nature humaine, la loi naturelle que tous peuvent reconnaître, même les non chrétiens, même les non croyants».
Devant ces élus, le pape a aussi évoqué la situation de leur département du Val-de-Marne, citant «la violence dans certains quartiers, l’insécurité, la précarité, les réseaux de drogue, le chômage, la disparition de la convivialité». Il a invité les maires et conseiller municipaux locaux à la vertu de charité «sociale et politique» face à ces défis. (cath.ch/imedia/ak/bh)
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