Sous les yeux de la KFOR, destruction de l’héritage religieux

Allemagne: L’Eglise orthodoxe dénonce l’indifférence face aux attaques anti-serbes

B 2 septembre 1999 (APIC) Les évêques de plusieurs Eglises orthodoxes en Allemagne, à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle année liturgique orthodoxe, ont sévèrement critiqué jeudi l’indifférence occidentale face à la situation au Kosovo. Ils dénoncent la persécution systématique menée par les extrémistes albanais de l’UçK contre la minorité serbe et tzigane sous les yeux de la KFOR. Dans leur « mise en garde », les évêques orthodoxes estiment que l’ensemble de l’héritage religieux orthodoxe au Kosovo – cœur de l’Eglise serbe – est désormais en péril.

Les attaques aériennes de l’OTAN ont été justifiées par des raisons humanitaires, lancent les évêques dans leur lettre pastorale, « mais le sort des Serbes et des Tziganes actuellement persécutés et chassés par l’Armée de Libération du Kosovo UçK n’intéressent visiblement que peu! »

40 églises et monastères détruits par les extrémistes albanais

Dans leur message, les évêques orthodoxes d’Allemagne relèvent qu’aujourd’hui, 150’000 habitants du Kosovo sont en fuite. Plus de 40 églises et monastères orthodoxes ont été incendiés ou dynamités. Les victimes de ces exactions, déplorent-ils, ne sont pas seulement des Serbes et des Tziganes, mais également tous les Albanais qui ne partagent pas les positions politiques de l’UçK: « Tout cela se passe sous les yeux des troupes internationales, qui ne réussissent visiblement pas à faire du Kosovo à nouveau une région dans laquelle les personnes de tous les groupes ethniques puissent vivre ensemble en paix ».

La déclaration est signée notamment par le métropolite de l’Eglise grecque orthodoxe, Mgr Augoustinos, l’archevêque Longin, représentant permanent de l’Eglise orthodoxe russe en Allemagne, ainsi que par l’évêque Constantin, du diocèse orthodoxe serbe d’Europe centrale.

La KFOR doit intervenir contre les « terroristes albanais », demande l’Eglise orthodoxe

Mardi, les responsables de l’Eglise orthodoxe de Serbie à Belgrade ont annoncé que le séminaire de Prizren, au Kosovo, a été provisoirement transféré à Nis, en Serbie, en raison des dangers qui pèsent sur la communauté. Dimanche soir, le siège patriarcal de Pec a été visé par des obus qui ont explosé tout près de l’une des églises du monastère. Les soldats italiens de la KFOR chargés de la surveillance des bâtiments ont aussitôt diligenté une enquête.

Il y a quelques jours, neuf obus sont tombés à proximité immédiate du célèbre monastère de Gracanica, non loin du siège de l’évêque Artemije. Les bâtiments du XIVème siècle (construits entre 1313 et 1321) ont été déclarés par l’UNESCO patrimoine culturel de l’humanité. Un autre monastère classé, celui de Devic, endommagé et profané en juin dernier par des combattants de l’UçK, est actuellement réparé par les soldats russes de la KFOR. 50 militaires russes protègent les neuf religieuses restées dans le couvent.

La communauté internationale a échoué dans sa mission de pacification

L’Eglise orthodoxe serbe, qui dénonce une nouvelle fois « les souffrances, les expulsions et les morts causées par la politique immorale et destructrice du régime de Belgrade à l’encontre des Kosovars de souche albanaise », réclame à son tour une intervention énergique contre les « terroristes albanais » et la politique des nationalistes albanais. Elle regrette l’inefficacité des troupes de maintien de la paix de la KFOR, « entrées au Kosovo et dans la Metohija le 13 juin dernier avec pour objectif de garantir la paix et la sécurité à tous les habitants de la province ». « Mais deux mois seulement après leur arrivée, plus de 180’000 Serbes ont fui ou ont été expulsés de leur foyer, des extrémistes albanais ont tué ou enlevé plusieurs centaines de personnes et incendié des milliers de maisons serbes… et tout ceci malgré la présence de près de 40’000 troupes d’élite de l’OTAN, de l’administration civile de l’ONU, de nombreuses ONG et organisations humanitaires, et de centaines de journalistes… », écrit le Père Sava, sur le site internet du monastère de Decani.

Une stratégie de destruction planifiée

Le « cybermoine » orthodoxe affirme que ces actes de vandalisme « ne peuvent pas être tout simplement considérés comme des actes de vengeance aveugle et individuelle ». Il est pour lui de plus en plus évident qu’il s’agit là d’une « stratégie systématique visant à anéantir une fois pour toutes les traces de la culture serbe et chrétienne au Kosovo et dans la Metohija…et il s’agit de plus de 1’400 sanctuaires, églises, monastères! » Et de remarquer que les édifices religieux attaqués sont habituellement détruits par des sapeurs au bénéfice d’un entraînement militaire et qu’un voile tacite de complicité couvre les acteurs et les témoins de tels actes qui se répètent.

Le Père Sava rappelle que la destruction à Djakovica dans la nuit du 23 juillet de l’une des plus belles nouvelles cathédrales du Kosovo a provoqué la jubilation de la foule des Albanais rassemblés. Le moine serbe relève que les soldats de la KFOR n’ont pas encore réussi à stopper et éviter la poursuite des destructions, malgré le fait que certaines des églises dynamitées se trouvaient à quelques centaines de mètres des positions des troupes de maintien de la paix. Le Père Sava estime que la « vague paix » qui s’est installée, les expulsions, les assassinats et l’épuration ethnique des non-Albanais, le pillage, l’incendie volontaire et la destruction des monuments culturels et religieux serbes apportent la preuve patente de l’échec de la mission de la communauté internationale au Kosovo. (apic/kna/kap/dec/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/allemagne-l-eglise-orthodoxe-denonce-l-indifference-face-aux-attaques-anti-serbes/