Inde: Les chrétiens dénoncent une «campagne de terreur» contre les minorités

Manifestation de protestation dimanche à New Delhi

New Delhi, 3 septembre 1999 (APIC) Les chrétiens indiens ont lancé vendredi un appel à une grande manifestation dimanche dans la capitale indienne New Delhi pour protester contre la « campagne de haine et de terreur » visant les minorités religieuses. Jeudi 2 septembre, des fanatiques hindous ont assassiné un prêtre catholique, le Père Aruldoss, et mis le feu à une église dans l’Etat d’Orissa. Cet Etat de l’Est de l’Inde est particulièrement touché par la violence anti-chrétienne: en janvier dernier, des fondamentalistes hindous ont brûlé vifs le missionnaire protestant australien Graham Staines et ses deux jeunes enfants.

Dans un message adressé au Premier ministre indien Atal Behari Vajpayee, Mgr Alan de Lastic, archevêque catholique de New Delhi et président du Forum des chrétiens unis pour les Droits de l’Homme (UCFHR), demande que soit mis un terme à la campagne d’intimidation contre les minorités pacifiques. Selon le directeur du Forum, John Dayal, le gouvernement central, avec son discours nationaliste hindou, porte une responsabilité dans le débordement de violence qui frappe la communauté chrétienne.

Le Premier ministre Vajpayee a pour sa part sévèrement dénoncé l’assassinat du Père Aruldoss et s’est demandé pourquoi de telles attaques meurtrières contre les représentants de minorités peuvent se dérouler « avec une régularité inquiétante » dans l’Etat d’Orissa. Il a demandé au gouvernement de l’Orissa de montrer son efficacité et sa capacité à arrêter les tueurs « quelle que soit leur affiliation ».

Le chef des assassins court toujours

Le Père Aruldoss, de la paroisse catholique d’Anandpur, a été assassiné jeudi à Jamabani, dans le district de Mayurbhanj lors de l’attaque d’une bande de fanatiques hindous armés d’arcs et de flèches. L’agence de presse indienne PTI précise que plusieurs autres représentants des minorités ont déjà été assassinés dans la région: le missionnaire australien Graham Staines, de la Société Missionnaire Evangélique, tué en janvier dernier dans le village de Manoharpur, et un commerçant musulman, Cheikh Rehman, tué à coups de hache la semaine dernière dans le village de Padiabeda.

Ces trois homicides, qui tous ont été commis à l’époque d’un festival hindou, sont attribués au groupe extrémiste hindou « Bajrang Dal » dirigé par un personnage connu dans la région, Dara Singh, pour la capture duquel la police indienne a offert une récompense. Les chrétiens en Inde ne sont que 23 millions sur une population de 960 millions de personnes. Ils ne constituent que le 2,34% de la population alors que l’on compte 80% d’hindous. La majeure partie des chrétiens vivent dans les Etats du Sud du pays où les violence religieuses sont rares.

Graves accusations contre les autorités

« Un assassin en liberté, avec l’accord du gouvernement et la complicité de la police »: telle est la dénonciation grave des principales organisations chrétiennes laïques du pays. Dans un communiqué commun lancé cette semaine, la « All India Catholic Union » et le « All India Christian Council », une organisation protestante, se sont élevés contre l’inefficacité des forces de l’ordre et contre la responsabilité morale du gouvernement central, pour n’avoir pas arrêté l’intégriste hindou Dara Singh. L’homme, d’après les recherches d’une commission spéciale d’enquête présidée par le juge de la Cour Suprême M. D.P. Wadhwa, est coupable de l’assassinat de Graham Staines et des ses deux enfants le 22 janvier dernier, ainsi que du commerçant musulman Cheikh Rehman, le 26 août dernier. Dara Singh a pourtant pu être interviewé sans problèmes par plusieurs revues et journaux indiens.

Dans un rapport du début du mois d’août, la Commission Wadhwa avait déjà incriminé le « fondamentaliste isolé » Dara Singh, tout en disculpant le « Bajrang Dal », une association hindoue considérée comme responsable de violences anti-chrétiennes, et qui apporte son appui au parti du gouvernement, le « Bharatiya Janata Party » (BJP). Le rapport déclare: « Il n’y a aucune preuve que, derrière le crime, il y ait une organisation », et indique comme motifs du délit les tensions « entre tribaux chrétiens et non-chrétiens ».

Pour Mgr Alan de Lastic, président de la Conférence épiscopale catholique de l’Inde, « le rapport Wadhwa contient de nombreux aspects positifs, comme la reconnaissance de la culpabilité de Singh » et le passage où il reconnaît que « répandre l’Evangile ou prêcher des idéaux chrétiens est un droit démocratique garanti par la Constitution ». L’enquête a toutefois été critiquée par des catholiques et des protestants parce qu’elle ne met pas en lumière l’hostilité des organisations intégristes hindoues vis-à-vis des minorités chrétiennes et musulmanes.

Les chrétiens exigent « l’arrestation des fondamentalistes comme Dara Singh », pour éviter de nouveaux incidents dans le futur: « Il est inadmissible qu’un criminel aille faire en toute liberté un tour pour accorder des entretiens aux médias », lance John Dayal, directeur de la « All India Catholic Union ». « A la veille des élections, commente pour l’agence vaticane Fides le Père Victor Edwin, Jésuite et théologien, le BJP montre à nouveau son mauvais visage public ». (apic/pti/fides/kna/ht/be)

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