La résidence du Prix Nobel de la Paix incendiée, Mgr Belo indemne

Dili/Jakarta, 6 septembre 1999 (APIC) Plusieurs dizaines de personnes réfugiées dans la résidence du Mgr Carlos Filipe Ximenes Belo, évêque de Dili, au Timor oriental, ont été sauvagement massacrées dans la nuit de dimanche à lundi par les milices anti-indépendantistes qui bénéficient en sous-main du soutien des forces de sécurité indonésiennes. La résidence de Mgr Belo a été partiellement incendiée, mais le Prix Nobel de la Paix a pu se réfugier à l’extérieur de la capitale.

Les organisations humanitaires, qui réclament une rapide intervention militaire de l’ONU, craignent un « nouveau génocide » contre le peuple du Timor oriental, tandis que l’on observe des déportations massives de Timorais en direction de la partie occidentale de l’île, sous souveraineté indonésienne. Dili, la capitale, se vide peu à peu et selon des sources de l’ONU, les milices anti-indépendantistes, épaulées par l’armée régulière de Jakarta, déportent la population civile à l’aide de camions militaires en direction de la région occidentale du Timor. David Wimhurst, porte parole de la Mission des Nations Unies à Timor Est (UNAMET), a confirmé ces déportations, parlant de véritable « épuration politique » menée conjointement par les milices et les soldats indonésiens, qui vont chercher les gens maison par maison.

Une véritable « épuration politique »

Selon le Centre International d’Appui au Timor Oriental, dans la ville australienne de Darwin, les rues de Dili sont remplies de cadavres et au bord de certaines routes menant dans la ville, des dizaines de têtes de sympathisants de la cause indépendantiste sont alignées sur des piquets. Les plus graves massacres ont eu lieu à l’ouest du territoire, dans les localités de Liquisa, Maubara et Batugade, entre Dili et Atamboa, deux villes séparées par trois heures de route.

Lors de l’attaque de la clinique de la Caritas, Motael, dans le centre de Dili, quatre personnes ont trouvé la mort, et 20 ont été blessées à l’intérieur de l’édifice où des centaines de personnes avaient trouvé refuge. A Suai, selon le témoignage du curé du lieu, le Père Francisco Soares, une centaine de personnes ont été assassinées par les paramilitaires et les soldats indonésiens, rapporte l’agence espagnole EFE. L’attaque s’est produite dans un local contigu à l’église catholique, où plusieurs milliers de personnes avaient trouvé refuge.

Carnage organisé dans les quartiers pro-indépendantistes

S’attaquant aux bastions pro-indépendantistes, les miliciens pro-indonésiens ont incendié des quartiers entiers, semant la panique parmi les milliers de réfugiés qui tentent par tous les moyens de fuir la violence et le chaos. Tandis que l’on est sans nouvelle des milliers de réfugiés évacués par la force de la résidence de Mgr Belo, les bureaux de l’évêché, situés à environ 2 km, tout près du port, ont aussi été la proie des flammes. L’on a dénombré 20 morts, tous civils. A Dili toujours, l’école salésienne héberge 10’000 personnes en fuite, l’édifice est protégé par les militaires de l’armée régulière de Jakarta, qui sont un peu partout restés passifs face aux émeutiers. Les missionnaires canossiennes ont par contre été évacué, on ne compte cependant pour l’instant pas de victimes parmi le personnel missionnaire sur place.

Depuis samedi, date de la proclamation des résultats du référendum en faveur de l’indépendance, les miliciens ont déjà tué plusieurs centaines de civils par balles ou à coups de machette. Le vote des Timorais (78,5% des votes pour un Timor Est souverain) et leur opposition à l’occupation illégale par l’Indonésie, a déchaîné les partisans de l’Indonésie. Pratiquant une chasse furieuse aux indépendantistes, ils s’en sont également pris au siège du Comité international de la Croix rouge. Les dirigeants des milices pro-indonésiennes rejettent les résultats de la consultation qui donne une large victoire aux partisans de l’indépendance. Ils accusent l’Eglise d’être favorables aux indépendantistes.

24 ans de mensonges du gouvernement indonésien

Mgr Filipe Ximenes Belo a pu être évacué lundi par hélicoptère vers Baucau, dans la région nord orientale de l’île. Le prélat, qui se trouve actuellement réfugié dans la résidence de Mgr Basilio do Nascimento à Baucau, a dénoncé les militaires indonésiens, les accusant d’être derrière les violences. Il a estimé que le résultat cinglant en faveur de l’indépendance est la conséquence des mensonges dans lesquels l’ancienne colonie portugaise a dû vivre depuis son occupation par l’Indonésie en 1975. Pour le Prix Nobel de la Paix, « ce référendum vient malheureusement 24 ans trop tard! » Interviewé par la radio publique australienne, Mgr Belo a réclamé l’envoi de bâtiments australiens pour évacuer les dizaines de milliers de Timorais qui cherchent par tous les moyens à fuir Dili. Un proche de l’évêque a déclaré que quand arriveront les éventuelles troupes de l’ONU, « leur tâche principale consistera à recueillir les cadavres ».

Le porte-parole de l’ONU en Australie, Juan Carlos Brandt, a déclaré à l’agence EFE que « c’est une honte que la communauté internationale ne prenne pas une décision urgente pour envoyer des troupes au Timor Oriental, face à ce qui paraît être un authentique massacre de la population civile ».

Le Portugal demande l’intervention du Vatican

Le gouvernement portugais, par la bouche du Premier ministre Antonio Guterres, a sollicité lundi une action diplomatique du Vatican pour mettre un terme à la violence au Timor Oriental. Lors d’un appel téléphonique au cardinal secrétaire d’Etat du Vatican, Angelo Sodano, il a demandé que le Saint-Siège entreprenne des démarches auprès de « pays importants » pour restaurer la paix et la sécurité dans l’ancienne colonie portugaise, a-t-on appris de source officielle à Lisbonne. Le pape Jean Paul II a fait part dimanche de son inquiétude face à la situation de violence et d’intimidation qui s’est instauré au Timor Oriental. (apic/misna/kna/efe/be)

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