Fribourg: Il y a 50 ans naissait le Conseil de l’Université
Fribourg, 9 septembre 1999 (APIC) Il y a 50 ans quasiment jour pour jour naissait le Conseil de l’Université suite à la signature par les Evêques suisses et le Conseil d’Etat du canton de Fribourg d’une « Convention relative au développement de l’Université de Fribourg et à sa consolidation financière ». Par cet accord, l’épiscopat s’engageait à contribuer à la survie et à la pérennité de la jeune « Université des catholiques suisses », que Fribourg, alors encore largement rural, peinait à financer.
Fondée en 1889, l’alma mater friburgensis est une Université d’Etat, certes, mais la seule de Suisse « à caractère catholique », rappelaient alors les évêques dans l’introduction de la Convention du 2 septembre 1949. « La fondation de l’Université catholique était une préoccupation et une tâche de la Suisse catholique. Son maintien est un devoir de conscience pour tous les catholiques suisses », écrivaient les évêques unanimes. Ils assignaient pour tâche « commune et impérieuse » aux fidèles de maintenir l’Université de Fribourg par le biais de quêtes et de collectes spéciales. Et de promettre d’assurer une contribution annuelle « d’au moins 400’000 à 500’000 francs ».
Une soixantaine de personnalités engagées à un titre ou à un autre dans le soutien à la haute école fribourgeoise ont répondu mercredi à l’invitation du Conseil de l’Université. L’événement a été marqué dignement dans la « Salle des Grenadiers » du restaurant de l’Aigle Noir. Ce jubilé, pimenté de discours entrecoupés d’intermèdes musicaux, a notamment déplacé trois conseillers d’Etat fribourgeois, dont le président du gouvernement Michel Pittet, cinq membres de la Conférence des évêques, dont le vice-président Mgr Kurt Koch, et l’évêque du diocèse, Mgr Bernard Genoud.
Membres du rectorat, du Sénat et du Conseil de l’Université, de la Commission pour le dimanche universitaire, directrice de l’Action de Carême et président de la Conférence centrale catholique romaine (RKZ), anciens directeurs de l’Instruction publique, tous ont pu mesurer le chemin parcouru par « l’Université des catholiques suisses » ces 50 dernières années. Cinq décennies caractérisées par un sécularisation rapide de la société, un individualisme et un hédonisme croissants qui n’ont pas épargné la haute école catholique, a relevé Urs C. Reinhardt, président du Conseil de l’Université depuis 1990.
Un budget cent fois supérieur…
Pour mesurer l’importance que représentait à l’époque l’adoption d’un tel accord, il suffit de rappeler, comme l’a fait Augustin Macheret, directeur de l’Instruction publique, qu’aux alentours de 1949, l’Université de Fribourg ne recevait du budget cantonal qu’une part de 985’000 francs, pour faire face à des dépenses totales de 1,36 million de francs… Comme le canton ne pouvait compter alors sur aucune aide fédérale (cette dernière n’existe que depuis 1968) ni sur l’aide des autres cantons non universitaires (la participation concordataire des autres cantons date de 1981), l’Université était largement tributaire d’appuis extérieurs privés. Elle comptait alors dans les mille étudiants, huit fois moins qu’aujourd’hui.
Le budget actuel de l’Université de Fribourg (150 millions, dont 45,5 millions à la charge de l’Etat de Fribourg) est cent fois supérieur. La contribution du Conseil de l’Université n’a pas suivi le même rythme, puisqu’elle se situe à quelque 1,2 million (Collecte universitaire, contribution RKZ/Action de Carême, Fonds Hamernik, legs…). Elle permet toutefois de développer des projets très intéressants qui ne pourraient pas être financés pleinement par le budget ordinaire: Enseignement social chrétien, Institut interdisciplinaire d’éthique et des droits de l’homme, Institut de recherche et de conseil dans le domaine de la famille, etc.
Au début, des conflits incessants
Mais, le conseiller d’Etat Macheret l’a aussi souligné, la convention a aussi suscité à ses débuts moult critiques: d’aucuns craignaient que cet accord entre les évêques suisses et l’Etat de Fribourg « n’instaurât un système invivable en donnant deux maîtres à l’Université, et deux maîtres pouvant se heurter sur des points essentiels ». L’interprétation de la notion d’ »affaires importantes », sur lesquelles le Conseil de l’Université avait à émettre un préavis, allait d’ailleurs donner lieu, durant les 17 premières années, à d’incessants conflits. « Ces péripéties n’enlèvent rien au mérite de ceux qui ont pris l’initiative de cette convention de solidarité qui allait avoir un impact positif sur l’avenir de l’Université », Macheret dixit.
Une aide précieuse
Et l’ancien recteur de rappeler qu’au cours des années, le montant apporté par les catholiques de Suisse et du Liechtenstein a presque doublé, aidant l’Université à résoudre de nombreux problèmes: revalorisation des salaires (les professeurs fribourgeois passaient à l’époque pour les plus mal payés de Suisse!), amélioration des conditions de travail, achat de livres et d’instruments de recherche, augmentation des crédits en faveur des diverses chaires ou instituts.
Le Conseil de l’Université, chargé dans la Convention par l’épiscopat suisse de disposer de la contribution annuelle des catholiques à l’Université, a également joué un rôle crucial dans les constructions universitaires (« mensa », subventions pour l’agrandissement des bâtiments de Miséricorde après le refus du peuple en 1974, foyer pour étudiants en collaboration avec l’œuvre Saint-Justin, etc.) comme l’a rappelé non sans fierté son président. C’est également le Conseil de l’Université qui a lancé et largement financé les premières années le service d’information de l’Université et les Editions universitaires.
Moins de pouvoir financier, un rôle davantage stratégique
Le Conseil de l’Université reste très actif dans le domaine de l’enseignement et de la recherche (cf. la création en 1984 d’une chaire de théologie pastorale en langue française, chaire de travail social, Institut du Fédéralisme etc.) Privé par l’évolution de l’Université – notamment la consolidation de sa base financière – d’une bonne partie de son pouvoir matériel et financier, le Conseil de l’Université conservera pourtant à l’avenir un rôle important, confirme à l’APIC Urs C. Reinhardt. Mais sa tâche va davantage se concentrer au plan stratégique, en matière de planification et de politique universitaire cantonale, nationale et internationale. Il conservera également son rôle de commission consultative, émettant des préavis à l’attention de la Direction de l’Instruction publique et du Conseil d’Etat.
Malgré les remises en question qui affectent la société, l’Eglise et l’Etat, le président a redit la volonté du Conseil de poursuivre sa mission de service en étroite collaboration avec la Fondation « Pro Universitate Friburgensi », créée cette année par les évêques suisses.
Mgr Koch, pour sa part, n’a pas hésité à qualifier de pleinement conscientes de leurs responsabilités et « en partie visionnaires » les personnalités qui, il y a 50 ans, ont compris qu’il fallait motiver les catholiques de ce pays à soutenir leur haute école non seulement idéalement mais également matériellement. Et de rappeler que les évêques suisses restent attachés à l’Université de Fribourg particulièrement en raison de l’existence de la Faculté de théologie. Par vocation, de telles Facultés rappellent aujourd’hui encore avec force aux Universités le sens propre de leur nom, car elles ont affaire avant tout aux thèmes les plus universels, comme la question de Dieu. Un thème qui interpelle toute l’humanité, car Dieu n’est la propriété privée ni des théologiens ni de l’Eglise. Citant le théologien Johann Baptist Metz, l’évêque de Bâle s’est demandé si, au fond, les théologiens ne sont pas « les derniers universalistes » dans une institution qui se nomme Université. (apic/Jacques Berset)
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