« Une guerre de religion contre les catholiques »
Auckland/Rome/Dili, 10 septembre 1999 (APIC) Le Prix Nobel de la Paix Ramos Horta a accusé les militaires indonésiens de mener au Timor Oriental une véritable « guerre de religion contre les catholiques », rapporte vendredi l’agence de presse portugaise LUSA. Une faction de l’armée de Jakarta serait responsable de cette politique, selon le leader indépendantiste actuellement à Auckland, en Nouvelle Zélande. Rappelons que l’Indonésie, plus grand pays musulman du monde, passe pour un pays en principe tolérant sur le plan religieux.
Le Vatican estime pour sa part qu’un génocide est en cours dans l’ancienne colonie portugaise. « Nous sommes en présence d’un nouveau génocide, un génocide qui n’épargne pas l’Eglise catholique », a déclaré jeudi le « ministre des Affaires étrangères du Vatican », Mgr Jean-Louis Tauran. « Ce que nous avons vu ces derniers jours au Timor Oriental est la violation la plus fondamentale des droits humains », a-t-il déclaré à la TV vaticane, soulignant que « personne n’a le droit de rester indifférent » devant les massacres qui se déroulent actuellement dans l’ancienne colonie portugaise.
Dans un appel rendu public vendredi, le pape Jean Paul II demande à l’Indonésie et à la Communauté internationale de mettre le plus vite possible un terme au massacre contre les catholiques de Timor-Est, et de répondre aux vœux d’indépendance de sa population.
Même les Japonais n’ont jamais fait cela
« Aucun Timorais, même le pire des criminels de droit commun, n’attaquerait un prêtre ou une religieuse, ni ne brûlerait la maison de l’évêque », a affirmé Ramos Horta. Et de rappeler qu’il s’agit d’un fait sans précédent: « Même lors de l’invasion de Timor par les Japonais pendant la Deuxième Guerre mondiale et l’occupation de l’île, jamais l’évêché n’a été attaqué… » Pour la première fois en 500 ans, des églises ont été brûlées au Timor Oriental, et c’est une attaque frontale contre les institutions catholiques, a-t-il encore lancé.
Horta se trouve dans la capitale de la Nouvelle Zélande où se déroule une réunion ministérielle préparatoire pour le sommet annuel de la Coopération Economique Asie Pacifique (APEC), qui devrait réunir en fin de semaine les responsables des Etats-Unis, de la Chine, du Japon, et d’une dizaine de pays asiatiques. L’Indonésie ne devrait pas prendre part à la rencontre.
« Un nouveau Rwanda »
Selon l’agence missionnaire MISNA à Rome, 33 sœurs canossiennes ont pu s’enfuir du Timor Est et rejoindre Kupang, à Timor Ouest, en territoire indonésien. Parmi elles, 4 sœurs italiennes: Sœur Jolanda Vezzoli, mère provinciale, Sœur Maria Chioda, Sœur Clementina Vassena et Sœur Luigina Guerrini. Ces 2 dernières ont déjà rejoint Jakarta. MISNA confirme
que toutes les écoles des Pères salésiens ont été brûlées, ainsi que les églises et le Séminaire diocésain Saint-Joseph.
Selon Mgr Hilton Deakin, directeur de la Caritas australienne, les attaques envers les membres du clergé font partie d’un « génocide beaucoup plus vaste. Une fois les membres de l’Eglise qui ont aidé les Timorais éliminés, il n’y aura plus aucun respect des droits humains au Timor Oriental ». Des informations non confirmées font état de déjà 20’000 morts, tandis que Ramos Horta, réclamant une nouvelle fois une intervention internationale immédiate, n’hésite pas à parler d’un « nouveau Rwanda ».
L’évêque de Dili, Mgr Carlos Filipe Ximenes Belo, est arrivé vendredi à Lisbonne, où une foule massée dans les rues devait exprimer l’immense solidarité du peuple portugais avec les souffrances du peuple timorais. Depuis plusieurs jours, de nombreuses manifestations ont lieu en faveur de l’ancienne colonie martyre partout au Portugal. Lundi, le pape Jean Paul II doit recevoir Mgr Belo, Prix Nobel de la Paix, dans sa résidence d’été de Castelgandolfo.
« Une honte pour l’humanité », selon l’archevêque d’Evora
L’archevêque d’Evora, au Portugal, Mgr Maurilio Jorge Quintal de Gouveia, a qualifié les événements qui ensanglantent le Timor Oriental de « honte pour l’humanité ». « Ce qui se passe à Timor est un acte de barbarie inqualifiable, les Nations Unies ont pris la responsabilité du référendum et il est incompréhensible que l’on assiste maintenant à une incapacité d’intervenir pour mettre un terme à cette barbarie », a-t-il déclaré lors d’une veillée de prières dans l’église du Carmel qui a réuni des centaines de fidèles. Mgr de Gouveia s’était rendu il y a deux ans en visite à Dili et Baucau, où il y célébré des messes dans des lieux de culte aujourd’hui incendiés par les milices pro-indonésiennes.
Ces derniers jours, l’Eglise catholique a été une cible privilégié des tueurs anti-indépendantistes. Selon LUSA, des informations font état de l’assassinat d’au moins une quarantaines de religieux et religieuses, après l’exil de Mgr Belo et la fuite de l’évêque de Baucau, Mgr Basilio Do Nascimento, qui a dû fuir avec de nombreux réfugiés après avoir été blessé par des miliciens qui ont attaqué sa résidence. Il se trouverait actuellement sous surveillance policière. Selon Mgr Renzo Fratini, nonce apostolique à Jakarta, interrogé vendredi par la radio catholique portugaise « Radio Renascença », Mgr Basilio Do Nascimento se trouve à Baucau « en sécurité » et est « bien ».
Des religieuses arrivées à Kupang, capitale du Timor Occidental, à Atambua, ont confirmé la mort de six religieuses canossiennes lorsque leur couvent a été incendié par les milices, rapporte LUSA. Mère Mariana, qui s’occupait de la chapelle et de la résidence de Mgr Belo, et deux prêtres, le Père Hilario, curé de Suai, et le Père Domingos Soares, ont trouvé la mort dans une attaque, aux côtés de nombreux autres réfugiés, victimes des milices déchaînées.
Journée de prière pour les victimes
Mgr Anton Pain Ratu, évêque d’Atambua, sur la frontière avec le Timor Occidental, a confirmé que le massacre à la grenade de la résidence paroissiale de Suai, qui a coûté la vie à trois prêtres et à une centaine de réfugiés, a été « piloté par l’armée indonésienne ». Pour sa part, la Commission « Justice et Paix » de la Conférence épiscopale catholique d’Indonésie a confirmé officiellement à l’agence vaticane FIDES l’assassinat de trois prêtres à Suai et de quatre sœurs, encore non identifiées. La nouvelle de la mort de quatre autres prêtres et quatre sœurs, portés disparus, n’a pu encore être confirmée. Pendant ce temps, la Conférence épiscopale indonésienne a lancé un appel à une « journée de prière et de commémoration », dimanche 12 septembre, pour les victimes des atrocités à Timor Est. Les évêques indonésiens ont invité les catholiques du monde entier à y participer.
Selon l’œuvre d’entraide catholique Caritas International, le directeur de son antenne à Dili, le Père Francisco Barreto, et la plupart de ses 40 collaborateurs, ont été massacrés par les milices appuyées par l’armée indonésienne soi-disant chargée de maintenir l’ordre dans le cadre de la loi martiale décrétée mardi. C’est la première fois depuis 23 ans d’occupation militaire indonésienne que les Indonésiens s’en prennent ouvertement aux représentants religieux et aux lieux de culte de ce territoire à près de 90% catholique.
« Epuration ethnico-religieuse »
Avant l’éclatement de l’ »épuration ethnico-religieuse » au Timor-Est, le territoire occupé illégalement par l’Indonésie comptait un centaine de religieux salésiens, une trentaine de verbites, 15 jésuites, 5 franciscains et d’autres religieux de plus petites congrégations, 44 prêtres, 305 religieuses (dont 109 canossiennes, 50 salésiennes, 34 carmélites, 5 sœurs de Maryknoll, ainsi que des religieuses des congrégations locales indonésiennes), 148 séminaristes et près de 2’000 catéchistes. (apic/lusa/fides/be)
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