Burundi : Avertissement des évêques
Rome, 14 septembre 1999 (APIC) La négociation en cours à Arusha est «l’unique voie vers la paix entre les Burundais», avertissent les évêques du Burundi dans une déclaration signée le 9 septembre à Rome, où ils ont effectué la visite quinquennale «ad limina». Une négociation qui «se trouve actuellement dans une phase très délicate», constate l’épiscopat, qui met en cause «le délabrement des partis politiques», ainsi que, «l’absence des confessions religieuses, garantes des valeurs morales dans les nations».
«Consternés «par la violence qui «continue à faucher des vies humaines partout au Burundi, les évêques supplient les Burundais : «revenez à la raison, cessez de faire la guerre, recherchez la paix ! «
Le message interpelle les politiciens burundais : ne ressentent-ils pas «honte et révolte devant tant de victimes ? «Au lieu d’un sursaut pour sauver la nation, les évêques constatent «le délabrement des partis politiques dont les divisions internes entravent sérieusement les progrès attendus des négociations entre Burundais, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays». «Les querelles de positionnement politique en vue des places pour le pouvoir ne permettent pas la présence de tous à la table du dialogue. Les branches armées du CNDD-FDD et du Palipehutu restent en marge des négociations d’Arusha et mènent des attaques contre la population, auxquelles répondent les forces armées du gouvernement, au grand dam de la population civile prise en sandwich entre les belligérants.»
L’épiscopat constate «avec une grande crainte l’absence aux négociations d’Arusha des confessions religieuses, garantes des valeurs morales […], sans lesquelles aucune nation ne peut subsister, à savoir la conscience commune d’appartenir à la même patrie, l’unité, le bien commun, la justice, les droits civiques, les libertés fondamentales de la personne». En refusant de fonder l’action politique sur ces valeurs, les participants au dialogue «s’enlisent dans de vaines discussions de partage du ’gâteau’ du pouvoir».
La communauté internationale, elle, «se donne bonne conscience en faisant dépendre des accords qui sortiront de la négociation d’Arusha toute reprise de la coopération avec notre pays «. Pour les évêques, «cette condition n’est qu’une punition pure et simple de la population burundaise qui a droit, comme tous les autres peuples du monde, à la solidarité de la communauté internationale «.
Une entité territoriale une et indivisible
Tandis que la négociation en cours, «unique voie vers la paix entre les Burundais […], se trouve actuellement dans une phase très délicate «, l’épiscopat demande «à tous les belligérants et aux politiciens d’arriver au plus vite à un cessez-le-feu pour rendre crédible la négociation en cours «. Ils insistent sur «la nécessité et l’urgence de la présence de toutes les parties en conflit, y compris les factions combattantes du CNDD-FDD et du Palipehutu qui ensanglantent le pays sous prétexte de ne pas avoir été invitées aux négociations d’Arusha».
Les évêques refusent «toute philosophie politique visant à instaurer la partition du pays en ethnies-peuples, de quelle que manière que ce soit «. En effet, «Ce serait là une déviation grave et dangereuse qui détruirait le Burundi comme entité territoriale une et indivisible. Aucun Burundais, fût-il chef de parti ou de guerre, ne peut s’arroger ce droit de détruire le patrimoine commun hérité de nos ancêtres».
Après avoir répété que le Burundi ne pourra pas accéder à la vraie paix «si les négociateurs oublient le bien commun pour défendre leurs intérêts de postes de pouvoir «, les évêques concluent : «C’est du dialogue franc et sincère que viendra la paix durable, à travers des oeuvres de justice sociale et de respect des droits de la personne. Nous encourageons tous les Burundais qui cherchent la paix. Nous sommes solidaires avec eux dans l’inlassable effort de redonner à notre pays sérénité, fraternité et confiance mutuelle. C’est ainsi que nous accomplirons un travail efficace et que nous parviendrons au développement intégral de nos concitoyens dans un Etat de droit. «(apic/cip/mp)
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