Allemagne: Les tensions se ravivent après la visite des cardinaux allemands à Rome
Rome, 16 septembre 1999 (APIC) Le pape Jean Paul II écrira la semaine prochaine une lettre aux évêques allemands donnant de nouvelles « directives » au sujet de la présence catholique dans le système étatique des centres de consultation pour femmes désirant avorter, a-t-on appris jeudi à Rome et à Bonn. Le compromis obtenu en juin dernier semble donc désormais caduc et l’automne risque d’être chaud au sein du catholicisme allemand.
Les tensions dans l’Eglise catholique en Allemagne, divisée à propos du maintien ou non de l’Eglise dans le système de consultation prévu par la loi, sont en effet remontées d’un cran au lendemain de la visite à Rome de trois cardinaux allemands et du président de la Conférence épiscopale allemande. Jean Paul II voudrait, par ses nouvelles instructions, « servir l’unité interne de l’Eglise », garantir « la formation droite des consciences, le témoignage clair et la pleine crédibilité de l’Eglise », ainsi que « la meilleure aide pour les femmes en difficultés ».
Le pape a reçu mercredi dans sa résidence d’été de Castel Gandolfo les cardinaux Joachim Meisner (Cologne), Georg Maximilian Sterzinsky (Berlin) et Friedrich Wetter (Munich), accompagnés de Mgr Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande, et les responsables de la Congrégation romaine pour la Doctrine de la Foi, le cardinal Joseph Ratzinger, et de la Secrétairerie d’Etat, le cardinal Angelo Sodano.
Contrairement aux informations officielles du Vatican qui ont fait état du climat « objectif » et « fraternel » dans lequel se sont déroulées les discussions, l’agence de presse catholique KNA parle de « relations tendues » entre le président de l’épiscopat allemand, Mgr Karl Lehmann, évêque de Mayence, et le cardinal Meisner, archevêque de Cologne. C’est ce dernier qui aurait sollicité ce « sommet » avec le pape, parce qu’il voulait se désolidariser de la position adoptée à l’unanimité (à part l’abstention de Mgr Johannes Dyba, archevêque de Fulda) par l’épiscopat allemand en juin dernier.
Le cardinal Meisner se désolidarise de la majorité de l’épiscopat
Dans une lettre aux évêques allemands sur la présence des catholiques au sein du système étatique de consultation pour les femmes enceintes en difficultés, rendue publique le 22 juin dernier, le pape demandait que les attestations délivrées par les Centres de consultation catholiques – certificats exigés par la loi – ne puissent plus servir à la réalisation d’avortements dépénalisés selon l’article 218 du code pénal allemand. Un additif au texte même de l’attestation devait mentionner explicitement cette réserve. Dans une lettre de janvier 1998, le pape demandait déjà de ne plus remettre à l’avenir de telles attestations qui ouvrent la voie à un avortement dépénalisé.
La proposition de solution de la majorité des évêques allemands prévoyait un « plan de conseil et d’aide » étendu, offrant une série d’éléments orientés clairement vers le bien de la femme enceinte et la protection de l’enfant à naître. « Cette aide doit rendre encore plus compréhensible et plus claire dans la société allemande que le but des Centres de consultation de l’Eglise est le soutien aux femmes en situation de conflit et la défense du droit à la vie de l’enfant à naître », soulignait alors le pape, qui soutenait alors la présence catholique dans les centres gérés par l’Eglise. Pour lui, l’Eglise devait rester présente de manière effective dans la consultation pour les femmes enceintes en difficultés. Le pape espérait que cette solution aiderait à retrouver l’unité au sein de la Conférence épiscopale sur cette question importante et à dépasser les tensions dans l’opinion catholique.
Une nouvelle lettre du pape Jean Paul II aux évêques allemands
Selon un communiqué publié jeudi simultanément à Rome et à Bonn, les évêques allemands recevront une nouvelle lettre du pape Jean Paul II lors de leur assemblée plénière d’automne qui se tiendra la semaine prochaine à Fulda. Ainsi, de nouvelles instructions du Saint-Siège seront données ces prochains jours aux évêques allemands, à propos des certificats délivrés au femmes enceintes dans les Centres de consultation catholiques. En effet, la phrase précisant que le certificat de consultation ne doit pas servir à un avortement n’a pas changé l’état de fait qui prévalait auparavant, la plupart des Länder affirmant que les certificats modifiés allaient tout de même pouvoir servir à autoriser des avortements dépénalisés.
Une minorité « pro life » agissante et bruyante
Les milieux catholiques « pro life », appuyés par certains évêques, avaient d’emblée qualifié le certificat modifié de « solution fictive », tandis que le Comité central des évêques allemands (ZdK) mettait, ces jours derniers encore, les évêques en garde contre la tentation de sortir du dispositif de consultation prévu par la loi. Et le ZdK de dénoncer une petite minorité agissante et bruyante qui n’hésite pas à vilipender et calomnier la majorité des évêques allemands et à pratiquer une « désinformation ciblée » visant à mettre en doute l’engagement sans ambages des évêques allemands en faveur de la vie. La puissante organisation catholique allemande relevait que la question pratique d’une protection efficace de la vie à naître, dans le cadre de la législation allemande, ne pouvait être résolue qu’en Allemagne.
Au niveau politique, les premières voix se sont fait entendre pour dire que cette nouvelle lettre du pape « montre clairement que l’Eglise n’est plus pour l’Etat un partenaire fiable », selon l’écologiste allemande Christa Nickels, porte-parole pour les Verts dans le domaine de la politique ecclésiastique. C. Nickels s’est exprimée jeudi à Berlin en faveur de la mise sur pied d’une structure de consultation indépendante, portée par des organisations catholiques allemandes comme le ZdK.
Lors de la rencontre de travail mercredi à Castel Gandolfo, les trois cardinaux allemands et le président de la Conférence épiscopale allemande ont planché sur un projet d’instructions destinées aux évêques allemands. Ils les ont élaborées en collaboration avec le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Mgr Tarcisio Bertone, secrétaire de cette même Congrégation, le cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d¹Etat du Saint-Siège, et enfin Mgr Paolo Sardi, nonce apostolique à la Secrétairerie d’Etat, annonce jeudi le Saint-Siège. Le texte définitif de ce document sera remis à Mgr Karl Lehmann, et rendu public dans les jours prochains, lors de l’assemblée plénière de la Conférence épiscopale allemande.
Les observateurs notent que ce regain de tensions autour des Centres de consultation catholiques pour les femmes enceintes en difficultés surgit à la veille de l’assemblée d’automne des évêques allemands, qui doivent procéder à la réélection – plus que probable – de Mgr Karl Lehmann, qui jouit d’une popularité indéniable au sein de la majorité de l’épiscopat. (apic/cic/imed/kna/be)
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