Le crédit est-il une opportunité ou un privilège ?
Rome, 20 septembre 1999 (APIC) Le Sri-Lankais Muhammad Yunus, le « banquier des pauvres », fondateur de la « Grameen Bank », a expliqué lors d’une table ronde à Rome ses méthodes bancaires basées principalement sur la confiance.
Le banquier a déjà offert des micro-crédits à des pauvres pour une valeur d’environ deux milliards de dollars. Le thème de la table ronde, « le crédit est-il une opportunité ou un privilège ?, a été examiné sous différents angles en présence de représentants de la « Grameen Bank », une banque qui a des agences dans 58 pays, surtout dans les pays du sud et aussi en Europe de l’est. Cette entreprise originale emploie 12’000 personnes.
Muhammad Yunus, âgé de 59 ans, est né au Bangladesh. Il y a 22 ans, il a décidé d’aider les plus pauvres parmi ses compatriotes, en leur offrant d’emblée un crédit moral, à savoir une grande confiance en eux, indispensable à ses yeux pour réussir une telle entreprise. C’est ainsi qu’est née la Grameen Bank, une institution qui accorde des microcrédits sans aucune garantie, avec des taux d’intérêt raisonnables.
Cette banque ne veut surtout pas devenir « une oeuvre charitable ». Elle donne simplement une chance réelle à ceux qui n’ont pas la possibilité d’accéder aux services des banques traditionnelles: Les prêts consentis permettent alors de démarrer une activité propre.
« Le plus important est d’atteindre les plus pauvres, de préférence les femmes, et d’éviter la demande de garanties en échange des crédits », a expliqué le banquier. « Il s’agit en définitive de construire une institution financière sur la confiance. Ceux qui s’adressent à nous n’ont pas besoin de posséder quelque chose. Les vrais pauvres, par définition, n’ont pas de biens matériels! »
Les femmes sont les clients privilégiés de la Grameen Bank. Elles représentent aujourd’hui 94 % des bénéficiaires des microcrédits. « Nous avons commencé à leur donner la priorité lorsque nous nous sommes rendus compte que les crédits qui arrivaient aux familles à travers les femmes portaient beaucoup plus de fruits que ceux qui arrivaient à travers les hommes », a-t-il déclaré.
« Pauvreté n’est pas synonyme de malhonnêteté »
Yunus explique par ailleurs que les pauvres rendent presque toujours ce qu’on leur prête. Il s’agit là de la grande intuition de la Grameen Bank. Un gage aussi de réussite. La confiance partagée démontre également que la pauvreté n’est pas synonyme de malhonnêteté. Les résultats tangibles permettent aussi de fortifier l’esprit de générosité. Un exemple symptomatique: La mission italienne « Arco Iris », vient d’offrir une somme de cinq millions de dollars au fondateur de la Grameen Bank. Une somme destinée à soutenir de petites activités de production lancées par des personnes touchées par la guerre au Kosovo. (apic/zenit/ba)
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