Rwanda: Reprise jeudi du procès de Mgr Misago, accusé de génocide
Rome/Kigali/Accra, 22 septembre 1999 (APIC) Le procès de Mgr Augustin Misago, évêque catholique de Gikongoro, accusé d’avoir participé à la planification du génocide de 1994 au Rwanda, reprendra jeudi 23 septembre devant la cour de Kigali. Citant un observateur international présent aux deux dernières audiences, l’agence de presse missionnaire vaticane FIDES parle mercredi d’une «avalanche de calomnies dans une désert de faits». C’est la première fois dans l’histoire qu’un évêque de l’Eglise catholique est accusé de «génocide». En cas de condamnation, Mgr Misago risque la peine de mort.
L’arrestation de Mgr Misago le 14 avril dernier, après avoir été mis en cause publiquement par le président rwandais Pasteur Bizimungu, suscite des vagues au niveau international. A Accra, le président du Ghana Jerry Rawlings a ainsi qualifié de «malheureux» le fait que les autorités rwandaises fassent le lien entre l’Eglise catholique et le génocide de 1994 et qu’ils aient traîné un évêque devant les tribunaux.
Le président Jerry Rawlings prend la défense de l’Eglise
Le président ghanéen, prenant la défense du prélat vilipendé par le régime en place à Kigali, qui a pris l’Eglise catholique dans son collimateur, a remarqué que des troupes des pays développés présentes à l’époque au Rwanda avec des armements sophistiqués ont pourtant abandonné le pays au moment critique. Et de demander: «Que pouvez-vous attendre que fasse l’Eglise catholique dans de telles circonstances? Que peut faire un prêtre avec la Bible quand ceux qui ont des armes s’enfuient ?» Quand les choses sont menées de cette façon, a déclaré Jerry Rawlings à Bernard Muna, vice-procureur spécial du Tribunal Pénal International d’Arusha qui doit juger les coupables du génocide rwandais, «on crée un fausse impression».
L’audience de jeudi reprendra l’examen du second chef d’accusation, après la «complicité de génocide». L’évêque de Gikongoro est encore accusé d’avoir participé à des réunions de planification du génocide. Les évêques rwandais se relaient à toutes les séances du procès et le nonce à Kigali, Mgr Salvatore Pennacchio, est présent à toutes les audiences. Interrogé par FIDES à la veille de la reprise du procès, Mgr Pennacchio a relevé que durant les dernières audiences des 14 et 15 septembre, l’accusation n’a apporté aucun élément pouvant étayer les accusations contre Mgr Misago. «Attendons les prochaines audiences pour voir si de telles preuves existent bel et bien.»
Lors des deux dernières séances, le tribunal a traité des deux premiers chefs d’accusation, à savoir la mort de trois prêtres tutsis que, selon l’accusation, l’évêque n’aurait pas défendus. Mais, précise le nonce à Kigali, Mgr Misago a expliqué tout ce qu’il a fait pour les défendre, renonçant seulement lorsqu’on lui a présenté un mandat d’arrêt émis régulièrement par les autorités d’alors. Quant au second chef d’accusation – la participation à des réunions de planification du génocide -, Mgr Misago a également mis en lumière sa participation dans un cas où il s’agissait d’organiser l’assistance que la Caritas diocésaine fournissait aux personnes déplacées. Dans un autre cas, il s’agissait de réunions du Groupe de Contact que les représentants religieux des diverses confessions avaient mis en place pour favoriser une médiation afin d’arriver à une solution pacifique au Rwanda.
Un «procès politique contre l’Eglise catholique»
Rappelons que le Vatican a très mal réagi face aux accusations de «génocide» contre Mgr Misago, voyant là un règlement de compte contre une institution rétive à se ranger à l’unisson derrière le régime en place à Kigali, qui est loin d’être un régime de démocratie et de respect des droits de l’homme. De plus, certains au Rwanda souhaitent faire le procès non pas d’individus qui auraient participé à des crimes, mais de toute l’institution accusée de complicité de crimes contre l’humanité. Une vingtaine de prêtres catholiques sont accusés des mêmes crimes.
Quant à Mgr Misago, il s’est qualifié lui-même d’»otage» lors d’une interview accordée à la prison centrale de Kigali, où il est détenu. «C’est un procès contre l’Eglise catholique», a-t-il lancé. Il a été placé en «Catégorie 1» en vertu de la Loi rwandaise sur le génocide, une accusation qui vaut automatiquement la peine de mort. Mais, selon les observateurs, les 300 pages du dossier du procureur Emmanuel Rukangira contre Mgr Misago ne contiennent jusqu’à présent aucune preuve de sa participation à la planification et à l’exécution du génocide.
Certes, l’acte d’accusation contient les dépositions de nombreux survivants du génocide affirmant que comme autorité, il aurait pu faire usage de sa grande influence pour sauver la vie de nombreux réfugiés tutsis qui avaient cherché refuge dans des écoles, des hôpitaux et des églises dans son diocèse. Certains observateurs occidentaux à Kigali sont d’avis que Mgr Misago aurait peut-être pu faire plus, mais le placer dans la «Catégorie 1» est pour eux «absurde». Ils affirment que derrière ce procès spectacle se profile un «agenda politique».
Inquiété cinq ans après les événements, les «preuves» rassemblées après l’arrestation
L’évêque de Gikongoro n’a en effet été inquiété que cinq ans après les événements, comme par hasard quelques jours après les violentes attaques publiques du président rwandais Pasteur Bizimungu, le 7 avril dernier, lors d’une cérémonie commémorative du génocide. A l’époque, il n’y avait aucun mandat d’arrêt contre lui, ni preuves avancées pour justifier l’arrestation de l’évêque. Les premiers témoignages n’ont été recueillis que deux jours après son arrestation le 14 avril dernier. Les contradictions des témoins, l’instruction à charge qui ignore les témoignages en faveur de Mgr Misago, font dire au journal américain «The Christian Science Monitor» du 21 septembre que tout porte à croire qu’il s’agit «d’un procès politique contre l’Eglise catholique». (apic/pana/fides/csm/be)
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