Allemagne: Le cardinal Meisner met en garde contre les «compromis pourris»

La présence dans les centres de consultation pré-avortement divise

Fulda/Munich/Münster, 22 septembre 1999 (APIC) L’archevêque de Cologne, le cardinal Joachim Meisner, a mis en garde mercredi ses confrères, réunis depuis lundi en assemblée plénière d’automne à Fulda, contre les «compromis pourris» en ce qui concerne les Centres de consultation pré-avortement. Cependant sur la portée des récentes «directives vaticanes», les canonistes allemands divergent: primat de la conscience ou excommunication en cas de désobéissance ? Dans ce contexte tendu, des évêques pourraient donner leur démission dans un proche avenir, croit savoir l’agence de presse catholique allemande.

C’est dans une ambiance lourde que les évêques allemands ont poursuivi mercredi leurs débats sur le maintien ou non de la présence de l’Eglise dans les Centres catholiques de consultation pour femmes enceintes en difficultés. Un participant a même parlé de «la situation la plus difficile de ces 50 dernières années». Selon la législation allemande (paragraphe 218 du Code pénal), les Centres de consultation pré-avortement doivent délivrer un certificat attestant que la consultation a eu lieu. Cette attestation permet ensuite d’obtenir un avortement dépénalisé.

Le compromis adopté le 22 juin dernier par le Conseil permanent des évêques allemands – il s’agissait préciser sur le certificat de consultation des Centres catholiques qu’il ne peut en aucun cas servir pour un avortement – vient d’être expressément rejeté par le Vatican. Il sera dans ce cas difficile aux évêques de rester dans le système étatique de consultation. De toute façon, l’intervention vaticane a déjà fait monter les politiques aux barricades.

Les responsables politiques déplorent la «sortie» de l’Eglise catholique

C’est maintenant le tour du parti libéral FDP de menacer de couper les financements publics pour les Centres de consultation catholiques. Pour la fraction libérale au Bundestag, l’Eglise a raté sa chance de réaliser son objectif, à savoir protéger la vie à naître en conseillant les femmes enceintes en difficultés. La porte-parole pour la famille de la fraction du FDP au Parlement fédéral à Berlin, Ina Lenke, a vivement regretté la «sortie» de l’Eglise catholique. Même un parti de tendance catholique comme la CSU bavaroise regrette la position sans compromis du Vatican.

Son secrétaire général Thomas Goppel estime que Rome a torpillé sans nécessité «un concept de consultation unique au monde». Une attitude qui va certainement peser sur les relations entre l’Etat et l’Eglise en général, a-t-il souligné. Certes, constate le responsable chrétien-social, Rome enfonce le clou de la «pure doctrine», mais on n’arrive pas à voir en quoi la vie à naître est ainsi mieux protégée. Dans une société pluraliste comme l’Allemagne, on ne pouvait pas atteindre plus que la solution de compromis qui avait été trouvée.

Quant aux évêques, on ne savait pas encore mercredi s’ils arriveront à se mettre d’accord jeudi sur une déclaration commune et s’ils se prononceront sur l’initiative de groupes de laïcs catholiques prêts à mettre sur pied des structures alternatives. Selon l’agence de presse catholique allemande KNA, il y a des spéculations sur l’éventuelle démission à plus ou moins court terme de certains évêques, dans le cadre des controverses continuelles sur ce sujet.

La crédibilité du message évangélique en jeu

Pour le cardinal Meisner, c’est la crédibilité du message évangélique qui est en jeu, et le critère décisif n’est pas la force de l’institution en tant que telle. L’archevêque de Cologne estime qu’une Eglise qui «se vend» pour maintenir sa position est vouée à la ruine. A cause de «compromis pourris», l’Evangile perd toute crédibilité, a-t-il déclaré mercredi à l’assemblée plénière. Le cardinal Meisner, qui a dû encaisser les réprimandes de certains confrères pour avoir rejeté le compromis adopté par la très grande majorité des évêques en juin dernier, s’est clairement exprimé contre toute accommodation: «Malheur à nous si nous sommes des gens qui nous accommodons au monde, car nous n’incarnerons plus alors aucun défi!» Pour l’archevêque de Cologne, le chrétien contemporain vit de sources «dont les autres n’ont aucune idée», c’est pourquoi il leur apparaît comme «étrange, d’une autre espèce, dépassé».

Quels risques courent les évêques qui, malgré les directives du Vatican, resteraient dans le système de consultation étatique ? A ce propos les avis divergent. Ainsi le canoniste munichois Heribert Schmitz affirme que les contrevenants devront compter avec des sanctions qui pourraient aller jusqu’à l’excommunication. Le professeur émérite a cependant tenu à préciser qu’il s’agissait là d’une dernière mesure, qui aurait été précédée auparavant d’un avertissement solennel.

Conformer sa conscience à la doctrine de la foi

Bien sûr, admet-il, la conscience joue un très grand rôle dans la décision des évêques, mais il doit s’agir d’une conscience éclairée par la doctrine de la foi. Ce qui signifie qu’un catholique ne doit pas prêter la main à un avortement. Ainsi, souligne Heribert Schmitz, étant donné les directives du pape, les évêques allemands doivent conformer leur conscience à la doctrine. Si des laïcs mettent sur pied des structures de conseil alternatives, les évêques ne pourront pas, sous peine de sanctions, leur verser de l’argent provenant de l’Eglise. Les membres de l’Eglise pourraient aussi se voir interdire de collaborer à de telles institutions.

Contrairement au professeur retraité munichois, le canoniste Klaus Lüdicke, de Münster, soutient les évêques qui voudraient rester dans le système étatique de consultation pré-avortement. Ils en ont la possibilité, selon ce que dicte leur conscience. Ils peuvent s’appuyer en outre sur leur responsabilité en tant que pasteurs de l’Eglise locale. Pour lui, la lettre de Rome n’est pas une exigence doctrinale, mais une directive disciplinaire.

Si un évêque faisait valoir le consentement qui existait jusqu’à présent de la part du Vatican, le pape ne pourrait avoir que peu d’arguments à opposer. Pour K. Lüdicke, la participation au système de consultation prévu par la loi ne signifie pas une participation à l’avortement, mais a seulement pour but d’empêcher le maximum d’interruptions de grossesse. Toute cette problématique ne relève pas d’une question canonique, mais de la politique ecclésiale. Par conséquent, le professeur de Münster ne voit aucun inconvénient à ce que des catholiques prennent une part active à des structures alternatives.

Ce qui est sûr, c’est que certains évêques rentreront le cœur gros à la maison. Ainsi Mgr Manfred Müller, évêque de Regensburg (Ratisbonne): dans son diocèse, les quatre Centres de consultation sont en mains catholiques, il n’y en pas d’autres. Mgr Müller a parlé d’une «grande chance» d’atteindre ainsi véritablement les femmes enceintes désireuses d’avorter. Le ton était évidemment différent chez Mgr Johannes Dyba, archevêque de Fulda, qui s’est toujours battu contre le système de consultation étatique, ou chez le cardinal Meisner, qui a provoqué le revirement de Rome. Ce dernier avait pourtant, dans une lettre aux prêtres de son diocèse, défendu le compromis élaboré en juin dernier à Wurtzbourg. Certains confrères le lui ont aimablement rappelé mercredi durant l’assemblée plénière. Les blessures causées au sein de l’épiscopat allemand par ce débat complexe et passionnel seront à l’évidence difficiles à guérir, notent les observateurs présents à Fulda. (apic/kna/be)

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