Expulsés il y a 50 ans, les villageois attendent toujours

Israël: La Cour suprême ne laisse pas retourner les citoyens arabes chrétiens d’Ikrit

Jérusalem, 24 septembre 1999 (APIC) La colère gronde à nouveau parmi les citoyens arabes chrétiens d’Israël. La Cour suprême israélienne vient une nouvelle fois, à la demande du gouvernement d’Ehud Barak, de retarder de huit mois l’examen du droit au retour des habitants du village melkite d’Ikrit, en Haute Galilée. Les villageois de cette localité située à la frontière libanaise, déportés il y a cinquante ans lorsque l’armée israélienne a rasé de nombreux villages arabes, ont adressé plusieurs demandes à la Cour suprême israélienne. En vain jusqu’à présent.

Les anciens habitants d’Ikrit, à l’époque un paisible village grec-catholique qui n’avait pas été impliqué dans les combats israélo-arabes mais fut tout de même «nettoyé» de ses habitants avant d’être dynamité, ont violemment réagi à l’annonce cette semaine de la décision de la justice israélienne. L’armée israélienne leur avait annoncé une «évacuation temporaire» de 15 jours en 1948.

«Nous sommes très déçus par la décision de la Cour Suprême» de mercredi, a déclaré Ahsan Toami, qui participait avec des dizaines d’autres membres des familles de déplacés d’Ikrit à une manifestation en face du siège de la Cour suprême à Jérusalem. Ikrit partage le même sort que le village maronite de Biram. C’est pour cela qu’on les appelle en Israël les «villages jumeaux» parce qu’ils invoquent sans se lasser depuis cinquante ans le «droit au retour» devant la Cour suprême. Un droit en Israël qui ne bénéficie qu’aux membres de la communauté juive, pas aux centaines de milliers de réfugiés palestiniens déplacés de force durant les guerres israélo-arabes.

Ikrit (ou Iqrit) et Biram font partie d’une longue liste de 400 localités arabes rayées de la carte par Israël, mais elles sont les seules à avoir gagné – en principe – le droit au retour devant les tribunaux israéliens. Un droit qu’elles tentent de faire valoir en vain depuis 50 ans. En 1948, les pacifiques habitants de ces deux bourgades chrétiennes hébergent des soldats israéliens, avant que ne vienne l’ordre d’»évacuation temporaire», accompagné d’une promesse écrite de prochain retour. La population s’abrite un temps sous les arbres ou dans des abris de fortune, avant d’être forcée à chercher un autre endroit pour vivre.

Des décisions de la Cour suprême jamais suivies d’effet

Par deux fois, en 1951 et en 1952, la Cour Suprême autorise les habitants de Biram à rentrer. Mais comme pour Ikrit, les injonctions de la Cour Suprême n’y font rien: les 16 et 17 septembre 1953, Biram est dynamité puis bombardé par l’aviation israélienne. Entre-temps, les terres ont été transférées au Ministère du Développement d’Israël. Elles sont actuellement cultivées, mais pas par leurs propriétaires légitimes, une «loi spéciale» permettant la spoliation des terres des «absents».

La blessure des villages interdits restent vive au plus profond du cœur de leurs habitants, qui en transmettent la mémoire à leurs enfants et petits enfants. Les habitants dispersés viennent toujours enterrer leurs morts dans le cimetière du village, y célébrer baptêmes, mariages et enterrements dans l’église reconstruite mais ne peuvent y résider. Biram, par exemple, a été débaptisé, et s’appelle désormais Ba’ram, un endroit bien connu des touristes, puisque Ba’ram et les ruines de sa synagogue font partie aujourd’hui de l’un des 44 parcs nationaux d’Israël.

Mesures dilatoires

Une commission, présidée par l’ancien ministre israélien de la justice David Liba’i, avait pourtant recommandé en 1995 une réinstallation partielle des villages d’Ikrit et de Biram. La nouvelle pétition des habitants, déposée il y a deux ans déjà, demandait la mise en œuvre de la recommandation de la commission. Les anciens habitants de Biram ont qualifié l’offre partielle de retour d’»insatisfaisante», mais les résidents d’Ikrit ont décidé de l’accepter. De son côté, le gouvernement israélien n’a tout simplement rien fait, c’est pourquoi les habitants déplacés ont fait appel à la Cour suprême.

Pour justifier cette nouvelle réponse dilatoire, la Cour estime que le nouveau gouvernement israélien a besoin de temps pour étudier l’affaire. Le gouvernement Netanyahou avait mis plus de temps encore… pour ne rien décider du tout. Les observateurs notent que l’affaire est délicate, car si les expulsés d’Ikrit et Biram sont autorisés à retourner, les autres réfugiés de 1948 – quelque 400 villages palestiniens à l’intérieur des frontières israéliennes ont été rasés il y a cinquante ans – voudront retrouver leurs maisons à Jaffa, Saint-Jean d’Acre (Akko) ou Haïfa. Mais, fait-on remarquer, les cas d’Ikrit et de Biram sont «uniques», car la Cour suprême a effectivement ordonné – déjà dans les années cinquante! – que leurs habitants puissent retourner sur l’emplacement de leur village.

Selon le quotidien israélien «The Jerusalem Post», le ministre de la justice Yossi Beilin a assuré que le gouvernement prendra un décision «dans quelques mois» et qu’il ne cherchera pas à simplement gagner un nouveau délai. (apic/jpost/haar/be)

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