Allemagne: Centres de consultation pré-avortement: les évêques veulent rencontrer le pape
Bonn/Fulda/Freiburg, 24 septembre 1999 (APIC) Malgré la mise en demeure du Vatican, un certain nombre d’évêques allemands ne veulent pas sortir du système étatique des Centres de consultation pré-avortement. Ils souhaitent à nouveau rencontrer le pape pour rééxaminer la situation, a-t-on appris vendredi à l’issue de l’assemblée d’automne de la Conférence épiscopale allemande qui s’est tenue toute la semaine à Fulda. Vendredi, un groupe de laïcs a fondé à Fulda l’association « Donum Vitae », pour offrir une alternative au cas où les diocèses abandonneraient effectivement leurs Centres de consultation.
D’autres évêques se sont prononcés pour une réorganisation qui ne prévoit plus l’émission d’un certificat de consultation, une attestation exigée par la législation allemande pour autoriser un avortement dépénalisé. Rome ne veut plus de cette « licence pour tuer », comme l’on appelée les militants « pro life » en Allemagne. Tous les évêques allemands sont par contre d’accord pour dire que la réorganisation ne peut être menée à chef qu’au terme d’un délai transitoire raisonnable.
Les évêques ont par ailleurs « pris acte » de l’intention d’organisations laïques catholiques de mettre sur pied des structures de consultation alternatives si les évêques décidaient de sortir. Ces derniers estiment prématuré de faire un commentaire à ce sujet.
« Je ne peux pas m’imaginer la poursuite de la consultation avec la délivrance d’un certificat », a déclaré au cours d’une conférence de presse Mgr Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande. La question reste ouverte de savoir combien d’évêque vont rester dans le dispositif actuel, les évêques devant individuellement prendre position. En principe, chaque évêque a le droit de s’adresser directement au pape.
L’évêque de Magdebourg, Mgr Leo Nowak, a déclaré qu’il est possible que des évêques tiennent en tous les cas au maintien du certificat, et les autres, qui considèrent le retrait du système de consultation comme erroné, « ont le droit de vouloir en parler avec le pape ». Mais pas question de parler de rébellion contre le pape. Il est évident pour lui que le pape a le droit d’apporter son opinion à une Conférence épiscopale et « nous devons apprendre à faire avec ». Quant à Mgr Lehmann, les chances que Rome change sa position lui paraissent minimes.
« Qui peut donner aux évêques la légitimation éthique de renoncer chaque année à sauver des milliers d’enfants? », a-t-il lancé. Le pape veut-il, en vertu de son primat de juridiction, « vraiment prendre la place de l’évêque diocésain et de sa responsabilité et ordonner une telle décision? ». On peut tout aussi bien se demander si une sortie du système ne serait pas un meilleur signe, qui interpellerait davantage, a-t-il poursuivi.
« Désinformation systématique »
Mgr Lehmann a encore cloué au pilori la campagne de « désinformation systématique », de calomnies et d’agression – « également dans des organes de presse sérieux »- , qui ne l’ont pas épargné. Il a qualifié « d’absolument absurdes » les reproches qui lui ont été faits d’avoir « manipulé » la décision du Conseil permanent en juin dernier. Mgr Lehmann a dit que tout est resté relativement calme jusqu’à que l’archevêque de Fulda, Mgr Johannes Dyba, ne lance une « offensive générale », relayée par les médias. « A l’évidence, il y a eu en août une très forte pression exercée sur le Saint Père ». Le président de l’épiscopat allemand a souligné que le Saint Siège a admis que le Conseil permanent des évêques allemands s’en était tenu en juin dernier aux directives romaines. Par conséquent, Rome « porte une part de responsabilité » dans les actuels développements.
Sortie immédiate, un « désastre », selon Caritas
Le scénario catastrophe prévoyant une sortie immédiate de certains diocèses du système de consultation pour femmes enceintes en difficultés, serait un « désastre », affirme d’ores et déjà la Caritas allemande. Caritas, qui gère avec le Service social des femmes catholiques les quelque 270 Centres catholiques (sur les 1700 existant dans toute l’Allemagne), a regretté qu’une poursuite commune de la pratique en vigueur dans l’Eglise catholique ne soit plus possible. On provoque ainsi une situation où de nombreux problèmes restent sans solution, a déploré vendredi à Freiburg le président de la Caritas allemande, Helmut Puschmann.
Pour ne pas laisser les femmes en détresse seules face à leurs problèmes, il estime que le projet de fondation « Donum Vitae », qui prendrait le relais des diocèses défaillants, représente « une voie possible » aux yeux du président de Caritas Allemagne. Raison pour laquelle l’œuvre d’entraide soutient l’initiative du Comité central des catholiques allemands (ZdK). H. Puschmann se dit attristé par le fait que les évêques n’aient pas réussi à trouver une solution commune avec le Saint-Père, pour poursuivre la consultation de la manière actuelle, qui a fait ses preuves, et qui permet d’aider efficacement la femme enceinte qui cherche conseil et l’enfant à naître. Même si l’émission de certificats devait à l’avenir ne plus être possible, Caritas poursuivra son offre de consultations psychosociales pour les femmes désirant avorter durant les douze premières semaines.
Menaces sur les excellentes relations Eglise-Etat ?
Cofondateur de l’association « Donum Vitae », le social-démocrate Wolfgang Thierse, président du Bundestag, a lancé un appel aux évêques pour que la plupart d’entre eux restent dans le système de consultation étatique, car une sortie signifierait un refus des relations, jusqu’à présent très positives, entre l’Eglise et l’Etat. Membre du Comité central des catholiques allemands (ZdK), qui soutient la nouvelle association de laïcs, Thierse se réjouit que la Conférence épiscopale allemande « n’a pas tout simplement obéi à un ordre du Vatican ». De son côté, Christine Bergmann, ministre fédérale des questions féminines, a regretté que les évêques allemands n’aient pas pris la ferme décision de rester dans le système. Les débats qui s’éternisent à ce sujet provoquent encore davantage d’insécurité chez les femmes en détresse concernées.
Le gotha de la politique derrière « Donum Vitae »
Les fondateurs de la nouvelle association, qui a pour but de soutenir l’engagement des catholiques en faveur de la protection de la vie, sont notamment Hans Joachim Meyer, président du ZdK, Wolfgang Thierse, l’ancien ministre du travail démocrate-chrétien Norbert Blüm, l’ancien président de la Bundesbank Hans Tietmeyer, les Premiers ministres de Bade-Wurtemberg et Thuringe, Erwin Teufel et Bernhard Vogel (tous deux démocrates-chrétiens), le président de l’Institut fédéral pour les médicaments et les produits médicaux Alfred G. Hildebrandt, ainsi que la présidente du Service social des femmes catholiques (SkF), Maria Elisabeth Thoma. La présidente de « Donum Vitae » est Rita Waschbüsch, ancienne présidente du ZdK. Un appel de fonds sera lancé pour jeter les bases financières d’une fondation.
Le débat qui agite les évêques catholiques a également des répercussions au plan œcuménique: l’Eglise évangélique en Allemagne (EKD) « déplore profondément » l’incertitude qui continue de planer sur l’avenir des Centres catholiques de consultation. Le président de l’EKD Manfred Koch estime que cela porte atteinte à la crédibilité de l’Eglise. (apic/kna/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse