«A l’intérieur, nous n’avons pas la vie facile»
Bonn, 27 septembre 1999 (APIC) Le président de la Conférence épiscopale allemande, Mgr Karl Lehmann, n’exclut pas des démissions d’évêques en Allemagne si le pape, après les avoir rencontrés, maintient toujours son exigence qu’ils sortent du système étatique de consultation pour femmes en difficultés désirant avorter. Exprimant des critiques envers l’attitude de Rome, Mgr Lehmann estime pourtant que les chances sont minces de voir Jean Paul II changer de position.
Dans une interview accordée dimanche à la chaîne de télévision ZDF, le président de l’épiscopat allemand a estimé que le Souverain pontife est une «personnalité significative de l’histoire mondiale», tout en concédant «qu’à l’intérieur, nous n’avons pas la vie facile».
Mgr Lehmann ne pense pas qu’une «coopération institutionnelle» soit possible entre l’Eglise et l’association «Donum Vitae» que des personnalités laïques ont lancée vendredi à Fulda dans le but de poursuivre l’activité des Centres catholiques de consultation. A son avis, d’autres conflits sont prévisibles à ce sujet. Il a toutefois exprimé son respect pour l’engagement des laïcs dans ce domaine.
Dans une interview à «Welt am Sonntag», le prélat allemand souligne que le retrait de l’Eglise du système étatique de consultation représente «beaucoup plus que la perte de convictions personnelles», mais maintenant pèse une certaine menace sur l’image de l’Eglise et de sa relation à la société.
Pourquoi renoncer à sauver des milliers d’enfants ?
Pour l’évêque de Mayence, ce sont deux choses très différentes d’être proche d’une détresse et de rester, ou bien de se retirer dans une niche. Mgr Lehmann rapporte qu’il y a plus de dix ans déjà qu’il a posé cette question au pape Jean Paul II: «Qui me donne la permission éthique pour que je puisse renoncer à sauver des milliers d’enfants?» Le pape n’a jamais pu lui donner de réponse et Mgr Lehmann précise que lui-même n’en a pas trouvée non plus jusqu’à présent.
Mgr Lehmann n’épargne pas le Vatican. Cette affaire pourrait faire naître l’impression qu’à Rome on a été dépassé par la complexité du problème. Si en cette matière, on devait tout de même décider à Rome, «j’aurais alors souhaité d’autres formes de communication». L’évêque de Mayence a mis en garde contre la tentation de faire de l’initiative des laïcs désireux de poursuivre sous une forme associative les Centres de consultation «un nouvel objet de polémiques».
L’assemblée diocésaine de Mayence a justement demandé ce week-end à Mgr Lehmann de poursuivre son engagement pour le maintien dans le système étatique de consultation. L’évêque a cependant répondu qu’on devait honnêtement parler d’un échec des efforts dans ce sens, avant de lancer: «Ne pensez pas que l’on puisse faire machine arrière». La suite des opérations se décidera seulement après une large consultation au niveau diocésain.
Sortie du système: la CDU/CSU met en garde contre une «erreur catastrophique»
De son côté, la fraction démocrate-chrétienne/sociale-chrétienne (CDU/CSU) au Parlement fédéral s’attend à une nouvelle discussion sur les impôts ecclésiastiques, si l’Eglise se retirait du système de consultation. Une telle décision serait une «erreur catastrophique». Hermann Kues, vice-président de la fraction CDU/CSU et porte-parole pour les affaires ecclésiastiques, estime que «de nombreuses personnes vont se demander, ce qui est compréhensible, pourquoi ils paient encore des impôts, si l’Eglise se retire dans une question aussi centrale que la protection de la vie à naître». Et d’affirmer que l’Eglise abandonne ainsi un domaine vital et fait là exactement le jeu de ces «fondamentalistes» qui exigent une séparation de l’Eglise et de l’Etat dans tous les domaines. H. Kues est également membre du Comité central des catholiques allemands (ZdK).
Tout le week-end, des évêques ont annoncé vouloir rester dans un premier temps dans le système de consultation étatique, mais d’obéir aux injonctions du pape en dernière instance. Des évêques comme Mgr Heinrich Mussinghoff, évêque d’Aix-la-Chapelle et nouveau vice-président de la Conférence épiscopale allemande, ou l’évêque de Münster, Mgr Reinhard Lettman, aimeraient cependant d’abord en parler directement avec le pape Jean Paul II.
L’évêque de Fribourg-en-Brisgau, Mgr Oskar Saier, l’évêque d’Hildesheim, Mgr Josef Homeyer, ainsi que l’évêque de Wurtzbourg, Mgr Paul-Werner Scheele, veulent encore une fois faire part au pape des doutes qui subsistent en cas de sortie, lors de leur visite «ad limina» à Rome en novembre prochain. De toute façon, durant une phase de transition non précisée, le système demeurera inchangé dans ces diocèses. Ce qui veut dire que les Centres catholiques continueront aussi à délivrer le fameux certificat exigé par le code pénal allemand pour pratiquer un avortement dépénalisé. Eux aussi déclarent qu’ils suivront si nécessaire une décision définitive du pape.
Certes, à long terme, concède Mgr Scheele, on ne voit pas comment les Centres catholiques pourront continuer à émettre des certificats de consultation. Mais ce qui le touche, c’est qu’en sortant, on perd la chance de sauver des vies. C’est dans ce sens qu’il salue les réflexions sur la possibilité de poursuivre les Centres de consultation catholiques avec un autre support juridique.
Essayer de convaincre le pape du bien-fondé de leurs positions
Mgr Lettmann, dans un document publié lundi à l’intention des quelque 2,1 millions de catholiques de son diocèse, regrette qu’en dehors de ses Centres, l’Eglise ne pourra plus atteindre de nombreuses femmes enceintes qui vivent des conflits aigus. C’est justement en raison du courage donné à ces femmes pour qu’elles gardent leur enfant et des nombreuses vies sauvés dans ce cadre, que l’évêque de Münster considère qu’il est nécessaire d’y rester. Dans son diocèse, 57 conseillères accueillent les femmes en détresse dans 21 Centres de consultation. Mgr Lettmann souhaite lui aussi en parler personnellement au pape Jean Paul II et lui faire part de ses convictions. (apic/kna/be)
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