«Beaucoup de porcelaine a été brisée»
Bonn/Mayence/Fulda/Munich, 29 septembre 1999 (APIC) Avec la sortie de l’Eglise du système étatique de consultation préavortement – une mesure exigée par le Vatican – , c’est, pour Mgr Karl Lehmann, tout le concept de la protection de la vie en Allemagne qui est remis en question. Le président de la Conférence épiscopale allemande estime que dans cette affaire, «beaucoup de porcelaine a été brisée» et considère ce qui s’est passé ces dernières semaines comme «une défaite personnelle».
Dans une interview accordée à l’hebdomadaire catholique «Rheinischer Merkur», Mgr Lehmann relève que le plus grand danger représenté par le retrait de l’Eglise est que l’Etat, dans le système de consultation, n’a plus de grand partenaire qui soit à même de conseiller les femmes en difficultés sur tout le territoire national, comme l’a ordonné le Tribunal constitutionnel en 1993. L’Etat sait que c’est un point délicat, souligne-t-il, car il est de son devoir que la vie ne soit pas seulement protégée verbalement. Pour l’Eglise, la sortie signifie une perte d’influence sur le contrôle de la législation sur l’avortement prescrit par le législateur.
Critique du centralisme croissant au sein de l’Eglise catholique
Mgr Lehmann souligne que dans cette affaire, l’Eglise n’a visiblement pas réussi à trouver les formes de communication adéquates «si une telle décision sur une matière aussi complexe devait déjà être prise à Rome». Dans ce contexte, le président de la Conférence épiscopale allemande a une nouvelle fois critiqué le centralisme croissant au sein de l’Eglise catholique. «On a l’impression à Rome qu’après le Concile Vatican II, les forces centrifuges ont bénéficié de trop d’espaces de liberté, et qu’il y a maintenant trop de liberté, de pluralisme et de confusion». Et le président de l’épiscopat allemand de relever qu’à la curie romaine, il y a des tendances voulant «prescrire aux Eglises locales presque tout ce qu’elles doivent faire». Cela crée des conflits quasi permanents.
L’archidiocèse de Paderborn sort du système de consultation
L’archidiocèse de Paderborn a annoncé mercredi sa sortie du système de consultation étatique pour la fin de l’année. Sur les 62 Centres reconnus dans les limites de l’archidiocèse, neuf sont en mains catholiques. Ces derniers ont donné l’an dernier 995 consultations et émis dans plus de la moitié des cas le certificat désormais banni.
Mgr Johannes Joachim Degenhardt a précisé qu’à partir de janvier de l’an 2000, il n’y aura donc plus de délivrance de certificats dans les Centres catholiques de consultation, mais les offres de conseils subsisteront. Commentant la volonté de laïcs catholiques de pallier cette sortie par la mise sur pied d’un fondation «Donum vitae», Mgr Degenhardt est d’avis que «ce n’est pas le moyen adéquat pour arriver à un témoignage unanime de l’Eglise en faveur de la protection de la vie».
Nouvelle charge de l’archevêque de Fulda: «Donum vitae» serait plutôt «Donum mortis»
Poursuivant ses attaques en règles contre le système étatique de consultation, Mgr Johannes Dyba, archevêque de Fulda a accusé les initiateurs de la fondation «Donum vitae» de «confusion mentale». Il reproche «aux hommes de main de toutes couleurs politiques» au sein du présidium du Comité central des catholiques allemands (ZdK) de vouloir fonder une «Eglise parallèle» dirigée contre le pape et les évêques et disposant d’une autre morale.
Pour Mgr Dyba, les fondateurs sèment le trouble dans les esprits en appelant leur association «Donum vitae» (»don de la vie»), alors qu’elle a pour but de délivrer des certificats servant à dépénaliser l’avortement. L’appellation authentique, pour lui, serait plutôt «Donum mortis» (»don de la mort»).
Mgr Dyba qualifié «d’incendiaire et de provocateur»
Les personnalités mise en cause ont qualifié ces accusations d’»infâmes et absurdes». Le président du ZdK, Hans Joachim Meyer, a rétorqué en lançant que c’est Mgr Dyba qui divise l’Eglise et fait montre d’un «manque de respect» pour les décisions de conscience des autres, portant ainsi atteinte à la mission qu’a le ministère épiscopal de créer l’unité. Meyer considère qu’avec ses «attaques personnelles absurdes», l’archevêque de Fulda s’en prend à ses confrères de l’épiscopat, aux conseillères dans les Centres de consultation catholiques et à la grande majorité des fidèles qui s’engagent à partir de leur foi pour sauver la vie de milliers d’enfants non encore nés.
Porte-parole pour les affaires ecclésiastiques de l’Alliance/verts, Christa Nickels a qualifié les sorties de Mgr Dyba de «tout à fait infâmes», des attaques qui minent la réputation de l’Eglise catholique en Allemagne et portent atteinte aux fondements mêmes d’une collaboration franche et ouverte entre l’Eglise et le monde politique. Du côté démocrate-chrétien, l’on n’est pas plus tendre à l’égard de l’archevêque de Fulda, accusé par Hermann Kues (CDU), vice-président de la fraction parlementaire de l’Union, d’être un «incendiaire et un provocateur». Kues, cofondateur de l’association «Donum vitae», affirme que par ses attaques, l’archevêque de Fulda aiguise au sein de l’Eglise des conflits qui finissent par avoir «un effet destructeur». (apic/kna/be)
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