« Trophée de guerre » pris il y a un siècle
Manille, 2 août 1999 (APIC) « Ce sont nos cloches et elles nous doivent être restituées ». Mgr. Leonardo Medroso, évêque de Borongan, aux Philippines, ne transige pas. Il attend le retour au pays des deux cloches de Balangiga emportées comme trophées de guerre il y a un siècle par les soldats américains après l’écrasement sanglant de la rébellion des Philippins. Les Américains font pour l’instant la sourde oreille.
L’an dernier à l’occasion des célébrations du centenaire des Philippines, le gouvernement a encouragé et financé la construction d’un clocher par la paroisse de Balangiga, en vue du retour des cloches. « C’est un beau clocher, mais il est toujours vide. » constate l’évêque.
Les deux cloches de l’église de Balangiga se trouvent en effet aujourd’hui à la base aéronautique F.E. Warren à Cheyenne, dans le Wyoming, où elles sont exposées comme butin de guerre. Elles rappellent la répression de l’insurrection des Philippins contre les Américains en 1901. Ces cloches jouèrent en effet un rôle important dans la lutte des Philippins durant l’occupation américaine de 1898. À l’arrivée d’un contingent de 74 soldats américains dans la ville, les Philippins furent choqués de voir les militaires maltraiter la population. Le mécontentement se transforma finalement en une rébellion contre les envahisseurs. Le 28 septembre1901, utilisant le son des cloches comme signal pour la révolte, les Philippins déclenchèrent une attaque surprise contre la garnison américaine, tuant 48 soldats. La répression américaine fut extrêmement féroce: le général Jacob Smith, donna l’ordre à ses troupes de tuer à vue : « plus vous tuez, plus vous me ferez plaisir ». Il ordonna à ses soldats de tuer, les hommes, les femmes et les enfants de plus de dix ans. Le « Massacre de Balangiga » restera dans l’histoire avec plus de 5’000 morts sur l’île.
« Je suis allé aux Etats unis pour voir personnellement les deux cloches exposées comme trophées de guerre et cela a attristé mon cœur »; relève Mgr Medroso. « Ces cloches devraient appeler notre peuple à la paix, à la prière, à prier les uns pour les autres, à grandir dans la fraternité, mais, elles sont exposées dans une base militaire, pour inviter les gens à se rappeler du passé. »
Le gouvernement philippin a adressé une demande officielle pour le retour des cloches, mais de nombreux problèmes ont surgi. Les cloches sont propriété du gouvernement américain et seul le Congrès peut décider de leur sort, a expliqué un officier de la base F.E. Warren. En outre, les anciens combattants considérant que ces cloches sont dédiées à la mémoire des soldats américains morts dans le conflit ont protesté contre une éventuelle restitution à Balangiga. Le sénateur Craig Thomas a proposé au Congrès un projet de lois plus strict qui interdit « le retour des objets mémorables des anciens combattants aux nations étrangères sans une lois spécifique qui l’autorise ».
« Ces cloches proviennent d’un édifice sacré. Ce sont des oeuvres religieuses qui ont une signification importante dans la tradition catholique », répond Mgr. Medroso. « Elles ne peuvent pas être considérées des trophées de guerre. Et pour cette raison, elles devraient retourner à leur place et êêtre restituées à l’usage pour lequel elles ont été fondues et bénites >>.
Le président de la Conférence épiscopale de Philippines Mgr. Oscar Cruz, a annoncé que le président de la Conférence des évêques américains rencontrera les évêques Philippins pour parler de ce sujet. (apic/fides/mp)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/philippines-l-amerique-doit-restituer-les-cloches-de-balangiga/