Pauvreté, guerre et formation des laïcs au centre du débat

Nairobi: Assemblée des évêques de l’Afrique de l’Est

Nairobi, 2 août 1999 (APIC) L’accroissement de la pauvreté et la persistance des conflits armés et la question de la formation des laïcs ont été au centre de l’attention des évêques d’Afrique de l’Est, dont l’assemblée régionale a tenu ses travaux fin juillet à Nairobi, au Kenya.

Huit pays étaient représentés à cette assemblée des membres des Conférences épiscopales d’Afrique de l’Est (AMECEA) qui regroupe l’Erythrée, l’Ethiopie, le Kenya, le Malawi, l’Ouganda, la Somalie, le Soudan, la anzanie, la Zambie et les Iles Seychelles. La rencontre a été l’occasion d’évoquer, jour après jour, la situation des Eglises locales.

Ainsi, au Kenya, la situation de l’enseignement est devenue préoccupante. Au-delà des aspects financiers, c’est d’un manque de perception des enjeux que souffre le système éducatif. Or, pour les évêques, de grands défis attendent l’Eglise de l’an 2000, où les laïcs sont appelés à être plus actifs : expansion des mouvements fondamentalistes et sectaires, voire de sectes sataniques ; pauvreté croissante; trop faible participation des hommes et des jeunes dans les petites communautés chrétiennes.

Au Malawi, en Zambie, comme en Tanzanie, en Ouganda et aux Seychelles, c’est la place et la formation des laïcs qui retient souvent l’attention des évêques. Ceux du Malawi, par exemple, préconisent la constitution de «bureaux» où les femmes et les jeunes puissent davantage faire entendre leur voix.

Au Rwanda, le mot «chaos» reste employé pour décrire la situation ecclésiale. La première préoccupation des évêques est la formation des prêtres, que les évêques du Malawi ont accepté de prendre en charge, à condition de maintenir des liens permanents de communication avec leur pays d’origine et à condition de connaître leurs perpectives de ministère dans le Rwanda de demain.

En Ethiopie, où la guerre a repris depuis mai 1988 avec l’Erythrée, avec une menace récente d’extension en Somalie, le problème numéro auquel l’Eglise catholique doit faire face est à nouveau la menace de la famine. Les réserves commencent à manquer pour plus de cinq millions d’Ethiopiens.

Quant au Soudan, le rapport présenté par les évêques a particulièrement impressionné leurs confrères. Il fait explicitement état d’une «croissance de l’Eglise catholique» qui pourtant subit l’oppression d’un régime islamique.

Justice et dette extérieure

Le partage des informations sur les différents pays a permis aux évêques de percevoir plus concrètement les enjeux communs. Un des grands défis est assurément celui de la Justice. La plupart des diocèses disposent aujourd’hui d’une Commission Justice et Paix, dont l’élan est quelquefois davantage donné par des religieux que par des prêtres diocésains, devait relever un évêque. Plusieurs souhaitent la création d’une Coordination efficace de ces commissions par grande région africaine.

Le problème de la dette internationale a été remis sur le tapis par le cardinal Polycarpe Pengo, archevêque de Dar-es-Salaam en Tanzanie, et signataire de la Déclaration, présentée à Cologne le 16 juin dernier par 16 évêques de tous les continents pour réclamer la remise des dettes aux pays pauvres. «Le problème de la dette implique des questions d’éthique fondamentales. Le principe selon lequel les dettes doivent être remboursées est un principe juste. Cependant, il est injuste de réclamer le paiement quand cela entraîne des choix politiques qui conduisent des millions de personnes à la famille et au désespoir. Si remettre la dette implique des coûts pour les créanciers, ces coûts sont très petits en comparaison du prix payé par les pauvres. Eux, les pauvres, n’ont pas eu voix au chapitre quand leur pays a contracté des dettes, mais ils ont servi leur pays endetté et ils l’ont payés au prix de leur santé, de leur éducation et de leur espérance de vie. Certains, parmi les plus jeunes et les plus vulnérables, l’ont parfois payé de leur vie», relève la déclaration.

L’université catholique d’Afrique de l’Est à Nairobi

Les évêques ont consacré une journée à faire le point sur leur projet le plus important: l’Université Catholique d’Afrique de l’Est à Nairobi. La démocratisation des études reste un problème majeur. Ainsi, chaque année, 5’000 Kenyans parviennent à décrocher une bourse d’études pour fréquenter une université américaine. Cet exode des intellectuels pose question aux évêques: ne faudrait-il pas faire davantage pour rendre l’Université catholique de Nairobi plus attractive et plus performante pour le service du plus grand nombre? La question est au coeur «Projet 2000» que vient d’approuver l’AMECEA.

La Bible est appelée à jouer un rôle plus fondamental dans la formation chrétienne des Africains. Des éditeurs s’en préoccupent. Ainsi, les Editions Paulines à Nairobi, sont venues présenter une Bible, dont la traduction anglaise, les introductions aux différents livres et les annotations du texte ont été spécialement pensées pour l’Afrique.

«The African Bible» a été présentée aux évêques en même temps que des manuels de formation à la communication. Le Père Jean Paul Guilett, représentant les organisations catholiques OCIC et UNDA spécialisées dans l’audio-visuel, a demandé la vigilance de l’assemblée sur les disparités Nord-Sud qui demeurent à l’ère du téléphone, de la télévision par satellite et du courrier électronique. La promotion des outils modernes de communication en Afrique ne devrait pas se faire, a-t-il recommandé, sans renforcement parallèle des liens entre les personnes, entre les groupes, entre les peuples.

Au terme des travaux, Mgr Josephat L. Lebulu, archevêque d’Arushaen, en Tanzanie, a été réélu président de l’Assemblée des Conférences épiscopales d’Afrique de l’Est (AMECEA). Un nouveau secrétaire général, le Père Peter Mulomole, prêtre du Malawi, succède au Père Peter Lwaminda qui assumait cette tâche depuis neuf ans et devient secrétaire général adjoint de la Conférence épiscopale d’Afrique et de Madagascar à Accra, au Ghana. (apic/cip/amecea/mp)

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