Nairobi : Assemblée des évêques d’Afrique de l’Est
Nairobi, 4 août 1999 (APIC) La formation des laïcs est aujourd’hui une pierre d’achoppement pour l’Eglise catholique en Afrique. Tel est le constat dressé par les évêques réunis à Nairobi, au Kenya, jusqu’au 8 août pour l’assemblée des Conférences épiscopales d’Afrique de l’Est (AMECEA).
Il y a cinq ans, le Synode des évêques pour l’Afrique avait fortement plaidé pour valoriser la dimension relationnelle et communautaire de l’Eglise. Les évêques se sont interrogé sur la promotion de l’ »Eglise-Famille » qui soit, pour la société, un signe et un stimulant pour la formation de la grande famille humaine de tous les citoyens du monde.
Mme Judith Mbula Bahemuka, professeur de sociologie à l’Université de Nairobi, a lancé sur ce sujet une vigoureuse interpellation aux évêques. « En Afrique, l’Eglise est arrivée à une époque où elle est pratiquement la seule à faire entendre aux Africains l’expression authentique de leurs valeurs et de leur sens de la communauté ». Mais pour la sociologue, cette voix n’a aucune chance d’être bien captée ni comprise si l’on ne s’attaque pas à un problème majeur: l’écoute et la formation des laïcs. L’enjeu est considérable. « Si l’être humain est la créature et le temple de Dieu, je me refuse à imaginer un Dieu misérable, pauvre, ignorant, superstitieux, craintif, opprimé et minable ».
Redécouverte d’une « Eglise famille »
Selon Mme Bahemuka, l’Eglise d’Afrique s’est trop longtemps préoccupée de promouvoir sa propre hiérarchie, négligeant la formation de base des fidèles ordinaires. Résultat: vis-à-vis d’un clergé qui se comporte comme s’il n’avait plus rien à apprendre, les laïcs manifestent « un respect superficiel, et plutôt résigné, quand ce n’est pas du cynisme ». Seule une redécouverte par tous de l’Eglise comme « famille » où tous ont leur rôle à jouer pourra rendre à l’Eglise le souffle que l’on attend d’elle.
Dans leurs échanges, les évêques se sont interrogés sur la manière de revaloriser adéquatement la place des laïcs dans l’Eglise. favoriser le dialogue entre prêtres et laïcs; faire davantage appel aux compétences des laïcs et à leurs avis dans les prises de décision; les encourager, au besoin, à prendre des positions paraissent aujourd’hui des exigences « incontournables ».
Mgr Medardo J. Mazombwe, archevêque de Lusaka en Zambie, suggère quatre pistes pour promouvoir la participation ecclésiale: d’abord mettre en place des bureaux d’éétude ou de recherche sur les problèmes actuels des fidèles ; repenser l’apostolat des laïcs en fonction des besoins et des conditions sociales, démographiques, économiques actuelles; mettre à jour sa propre formation théologique; doter chaque diocèse de commissions adéquates pour étudier les problèmes de justice et de paix, ainsi que les problèmes spécifiques des laïcs, des jeunes et des femmes.
L’Afrique est passée de la servitude coloniale à la terreur indigène
Pour le Père Peter Lwaminda, secrétaire général sortant de l’AMECEA, le grand défi lancé à l’Eglise d’Afrique est une nouvelle phase de l’évangélisation. La situation sur le plan moral ne lui paraît pas plus rose que sur les plans économique et politique: « Nous sommes en train de perdre notre style de vie traditionnel. Des crimes qui étaient impensables jadis se commettent aujourd’hui presque avec un plaisir sadique. L’Afrique est passée de la servitude coloniale à la terreur et à l’oppression indigènes. Il y a des jeunes qui ne connaissent plus rin de leur culture… »
Dans ce contexte, le Père Lwaminda relève quelques exigences d’une évangélisation renouvelée. La première est la cohérence entre la foi et la vie des chrétiens, ce qui implique une formation adéquate. Deuxième exigence: l’inculturation, car l’annonce de l’Evangile restera sans effet si la présentation de Dieu et de la vie en Eglise ne sont pas repensés dans les cultures africaines. Pour le reste, le Père Lwaminda insiste sur la coresponsabilité des prêtres et des laïcs et sur l’importance des médias.
Pour Mme Jane Kiura, représentante du Conseil pontifical pour la Famille, il n’est pas possible d’annoncer l’Evangile aux jeunes si des adultes, prêtres et laïcs, ne sont pas prêts à les écouter jusque dans « leurs critiques sans nuances » et dans « leurs questions impertinentes mais qui sont leurs réelles interrogations ».
Un des grands problèmes, dit-elle, est que les jeunes ont des aspirations, qui ne sont plus rencontrées par la famille ni par l’Eglise; c’est pourquoi ils vont chercher ailleurs. Elle y voit une interpellation majeure pour les institutions éducatives, à commencer par la famille. C’est pourquoi elle plaide pour que l’Eglise en Afrique forme des conseillers familiaux et conjugaux. Mais elle mise aussi sur le rôle actif des jeunes: former des jeunes, dit-elle, c’est aussi penser leur apprentissage de la vie parmi leurs pairs. (apic/cip/amecea/mp)
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