Un religieux américain croit au rôle ’subversif’ de la fiction

Etats-Unis : Les médias peuvent aussi promouvoir la non-violence

Kansas, 5 août 1999 (APIC) Si les médias, en particulier le cinéma et la télévision ont, comme l’affirment certaines études, une influence sur la violence dans la société, ils pourraient tout aussi bien promouvoir la non-violence, estime le Père Ellwood Kieser. Ce prêtre américain qui exerce son ministère dans les médias depuis près de 40 ans a pu en suivre toute l’évolution.

Pendant des années, explique ce prêtre dans un récent article publié par le « National Catholic Reporter », l’industrie américaine du cinéma a cultivé les stéréotypes de la race et du sexe. Or, aujourd’hui, les productions d’Hollywood vantent plutôt l’égalité raciale et sexuelle. Autre exemple: pendant des décennies, la télévision américaine et les dessins animés ont banalisé l’usage du tabac. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, note le religieux américain, en observant les réticences des médias audiovisuels à présenter les fumeurs sous un jour avantageux.

Aussi le Père Kieser estime-t-il que les médias ont aussi les moyens de se comporter de manière responsable face à la violence dans la société. Il considère notamment que les émissions télévisées de divertissement et les dessins animées peuvent contribuer à réduire la violence de trois manières.

« Tout d’abord, ils peuvent nous faire pénétrer dans la psychologie des instigateurs de la violence et nous faire éprouver la crainte, l’isolement, la haine de soi, le désespoir et la lâcheté qui caractérisent souvent ces gens-là. Malgré Arnold Schwarzenegger et Sylvester Stallone, il n’y a rien d’héroïque, de sain ni d’heureux chez les fauteurs de violence. Ce sont des malades. Qui voudrait leur ressembler ?

« En deuxième lieu, ce que l’on nous a montré des massacres au Kosovo, la télévision et les films peuvent nous présenter des séquences analogues à propos d’autres massacres, ici chez nous, en montrant les effets horribles de la violence sur ses victimes et sur leurs familles ainsi que sur les auteurs d’actes violents. Nous voyons rarement la révulsion ressentie devant des actes de violence. Il n’est pas étonnant que les départements de police aient besoin de psychologues à demeure.

« Enfin, une histoire dramatique télévisée peut éclairer la nécessité et les exigences d’une solution non-violente des conflits. »

Pourquoi pas la non-violence ?

La non-violence peut-elle avoir des effets aussi entraînants que la violence ? « Oui, répond le Père Kieser. Regardez le mouvement des droits civiques, le syndicat « Solidarité » en Pologne, la révolution de velours dans l’ancienne Tchécoslovaquie, le pouvoir du peuple aux Philippines. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de regarder si loin. Ce qu’opère la non-violence peut aussi s’observer à de nombreuses reprises dans notre propre vie. Le mot aimable, le geste compatissant transforment une personne potentiellement hostile en une personne amicale. »

Religieux pauliste, le Père Ellwood Kieser dirige une maison de production qui a produit le film « Romero », évocation de la vie de l’ancien archevêque de San Salvador qui, alors qu’il venait de recommander aux militaires de « désobéir » plutôt que de « tuer » leurs frères, fut assassiné en pleine messe en 1980 par un tueur des « escadrons de la mort » recrutés par le major D’Aubuisson. La non-violence, commente le religieux américain, offre donc aussi aux écrivains et aux scénaristes de quoi raconter des histoires passionnantes. « Car tous les éléments d’un drame captivant sont présents: tension émotive, caractères sympathiques auxquels le public peut s’identifier et qu’il peut encourager, danger et suspense. »

Des spectateurs adultes

Si la non-violence se prête aussi bien au récit et à la mise en scène, pourquoi les créateurs de fiction en font-ils si peu leur menu quotidien ? « Peut-être, estime le Père Kieser, parce que, à tort ou à raison, nous nous sommes convaincus que la solution non-violente des conflits exige trop des spectateurs, qu’elle contient plus de vérité qu’ils ne sont capables d’en supporter. »

Tout comme elle a réussi à prendre ses distances à propos des stéréotypes sur la race ou sur le sexe, la culture médiatique actuelle des Américains pourrait changer, conclut le religieux, mais il faudrait que les auteurs de film ou de programmes télévisés « se mettent à faire confiance aux spectateurs et à leur dire toute la vérité sur la violence » et que cet effort soit « soutenu par les spectateurs ». (apic/cip/ncr/mp)

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