Brésil : L’Eglise catholique rappelle la mémoire du dominicain Frei Tito
Sao Paulo, 22 août 1999 (APIC) La mémoire du dominicain brésilien Frei Tito de Alencar Lima, qui s’est suicidé en France en août 1974, a été évoquée 25 ans plus tard, à Sao Paulo dans une cérémonie présidée par le cardinal Paulo Evaristo Arns, archevêque émérite de Sao Paulo. Frei Tito avait été horriblement torturé en prison par des policiers aux ordres de la dictature militaire brésilienne (1964-1985).
Le dominicain n’avait pas pu se défaire des séquelles psychologiques des tortures qu’il avait subies en prison. Exilé en France, il s’était suicidé le 10 août 1974 dans la localité de Villefranche-sur-Saône. Son corps fut rencontré pendu à une corde dans la chambre qu’il occupait dans une petite pension d’immigrants. Il l’a payait avec le salaire qu’il gagnait comme horticulteur.
En mars 1983, ses restes mortels rentraient au Brésil. Ils furent reçus lors d’une messe solennelle à la cathédrale de Sao Paulo présidée par le cardinal Arns. Ainsi en plein régime militaire, l’Eglise catholique reconnaissait le martyr du religieux suicidé, qui selon le cardinal fut un exemple «de courage et de foi». Son corps est actuellement enterré à Fortaleza, la capitale de l’Etat du Ceara, sa terre natale.
«A travers la torture, notre corps devient notre ennemi et il nous persécute. C’est sur ce modèle et ce fondement sur lesquels s’appuie l’action de n’importe quel bourreau dans le monde. Le corps est notre maison, par lequel nous sommes venus au monde. En même temps que nous habitons cette maison, nous faisons nôtres les poutres, les parois et les chambres de cette maison. Elle constitue aussi notre être profond». Cette réflexion de Frei Tito a été reprise par le cardinal Paulo Arns lors de la cérémonie d’août 1999 qui a réuni plusieurs personnes torturées durant le régime militaire. Entre autres, quelques-uns des huit dominicains qui en 1969 ont été fait prisonniers, accusés par les militaires de subversion et d’aide à des groupes révolutionnaires.
La perversitéé des tortures
Le dominicain Carlos Alberto Christo Libânio, plus connu sous le nom de Frei Betto, lui-même mis en prison avec son confrère Tito, a rappelé les souffrances subies par son compagnon dans la prison de Sao Paulo: «Trois jours durant, Tito a reçu des chocs électriques à la tête, aux pieds et dans les oreilles. Les bourreaux l’ont frappé durant des heures à la poitrine et dans les côtes. Ses mains étaient horriblement enflées à cause des coups reçus méthodiquement avec une barre de fer. Et parce qu’il était religieux, ses gardiens l’ont revêtu des vêtements d’un prêtre qui célèbre la messe, puis l’ont obligé à ouvrir la bouche pour recevoir «l’hostie sacrée» qui n’était qu’un choc électrique de plus sur sa langue».
Frei Tito fut libéré en décembre 1970. En sortant de prison, il écrivit sur sa Bible: «Il est préférable de mourir que de perdre la vie». Après une tentative frustrée de suicide, le jeune dominicain de 28 ans a tenté de refaire sa vie à Santiago du Chili, à Rome et à Paris.A Rome, le Collège Pio Brasileiro, destiné à former le clergé brésilien qui poursuit ses études, lui a fermé ses portes parce qu’il avait la réputation de «subversif». Par contre, les dominicains français du couvent de l’Arbresle, près de Lyon, l’accueillirent comme un frère et tentèrent de le réconforter. A tout moment la torture revenait dans son esprit et il avait l’impression que son bourreau le plus cruel, le chef de la police Fleury, avait rejoint la France pour continuer à le faire souffrir.
La relation des tortures de Frei Tito qui refusait de dénoncer des amis est un témoignage impressionnant. Le texte reçu le prix de la meilleure matière de l’année (1970) de la revue «Life» et sa vie est retracée par un court métrage, dirigée par Marlène França, qui a reçu des prix au Brésil et dans d’autres pays. (apic/dak/ba)
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