Irak: «Apocalypse» humanitaire et écologique

Terribles accusations du prêtre-cinéaste Benjamin à l’encontre des Etats-Unis

Les enfants victimes de la contamination nucléaire du pays

Rome/Bagdad, 23 août 1999 (APIC) L’Irak vit aujourd’hui « son » apocalypse humanitaire et écologique, dénonce le prêtre français Jean-Marie Benjamin, écrivain et cinéaste. Selon lui, cette catastrophe humanitaire et écologique est non seulement due à l’embargo économique international imposé par celui qui se veut le « gendarme du monde », les Etats-Unis, appuyé par l’Angleterre, mais aussi à cause des terribles conséquences des armes en uranium appauvri, c’est-à-dire de la contamination nucléaire, héritage de la guerre du Golfe.

L’utilisation d’armes en uranium enrichi, plusieurs centaines de tonnes, dénonce le prêtre français, document à l’appui, représente une quantité capable de contaminer cinq fois toute la population des Etats-Unis. Maintenant, en Irak, des centaines d’enfants naissent handicapés. Terrible réquisitoire, qui vient s’ajouter au rapport de l’UNICEF, qui admet que 500’000 enfants, au moins, sont morts ces huit dernières années en raison de l’embargo. Aujourd’hui des voix s’élèvent dans le monde, pour dénoncer ce crime contre l’humanité. « Mais il ne se trouvera personne pour traduire les Etats-Unis, l’Angleterre et leurs chefs devant les tribunaux », relève-t-il encore.

Le Père Benjamin, qui présentera en septembre à Assise, son film « Irak, genèse du temps », raconte des expériences terrifiantes. « En décembre dernier nous étions dans le sud de l’Irak, en train de terminer le tournage du film », déclare-t-il au quotidien italien « L’avvenire ». « On nous avait recommandé de ne pas toucher les missiles et les tanks qui sont en train de s’oxyder dans le désert, car ils sont radioactifs. C’est ainsi que mon enquête a commencé ».

Le Père Benjamin conclu son enquête en lançant des accusations extrêmement graves. « En décembre j’ai assisté à Bagdad à un symposium sur la contamination de la population et des soldats de l’armée américaine, provoquée par l’utilisation d’armes en uranium appauvri. Les associations des soldats américains m’ont envoyé beaucoup d’information et, après un travail minutieux, j’ai réussi à obtenir des documents du Secrétaire d’Etat pour la Défense des Etats-Unis, qui a nié cette contamination pendant des années. J’ai réussi à soulever l’intérêt de la troisième Commission pour les Affaires extérieures du Parlement italien qui devrait présenter une demande de création de commission d’enquête, dans la deuxième moitié du mois de septembre ».

Il s’agit d’uranium appauvri qui aurait été expérimenté dans le Golf en 1991. Certains affirment que ces armes ont également été utilisées au Kosovo. Le Père Benjamin est catégorique: « Aujourd’hui les preuves ne sont pas seulement apportées par les institutions d’étude spécialisées. La Grande-Bretagne et l’Union européenne ont reconnu elles aussi qu’au Kosovo il existe une zone de radioactivité alarmante ».

Enfants handicapés

Selon le prêtre français, « le secrétaire d’Etat américain à la défense a reconnu que 295 tonnes d’uranium appauvri ont été déversées en Irak, mais je crois qu’on peut aller jusqu’à 400 tonnes, une quantité capable de contaminer cinq fois toute la population des Etats-Unis. Maintenant, en Irak, des centaines d’enfants naissent handicapés. J’ai quatre heures et demi de tournage et d’interviews sur ce sujet, qui sont prêtes à être transmises. Huit ans après la guerre, la radioactivité a contaminé l’environnement et, avec l’embargo, ils n’ont ni moyens de transport ni électricité. Saddam Hussein a assassiné des milliers de kurdes avec des gaz chimiques, mais l’embargo et les bombardements ont fait plus d’un million de morts. Si cela n’est pas un génocide, comment faut-il l’appeler ? »

Les objectifs de l’embargo

Mais le drame de l’Irak ne s’arrête pas à la contamination radioactive provoquée par les bombardements de la Guerre du Golf. Scott Ritter, officier de l’armée américaine à l’époque, nommé depuis responsable du service d’intelligence de l’UNSCOM, la Commission de l’ONU chargée de vérifier le désarmement en Irak, poste duquel il démissionna l’an dernier, lance lui aussi un cri d’alarme dans « L’avvenire »: « Les Etats-Unis sont en train de mener une guerre secrète et illégale contre l’Irak. Cette guerre ne donne pas de résultats car elle est le fruit d’une politique contradictoire. Le seul moyen de sortir de la crise est de lever l’embargo, en reconstruisant en échange un système de contrôle pour éviter le réarmement de Bagdad ».

Ritter a quitté la direction du service d’intelligence de l’UNSCOM l’an dernier pour protester contre la ligne suivie par Washington contre Bagdad. Il élève aujourd’hui la voix « car ce qui se passe ne fait que contribuer à provoquer un désastre humanitaire. L’opinion publique américaine et l’opinion mondiale devraient se révolter, et pourtant tout le monde se tait ».

L’objectif de l’administration américaine, selon Ritter, est de « déstabiliser le pays dans le nord et dans le sud pour faciliter la chute de Saddam Hussein. Les opérations militaires, selon une loi approuvée par le Congrès, devraient d’ailleurs être accompagnées par des aides à l’opposition ». Mais cette stratégie ne marche pas, « car Saddam supporte, et Washington réagit de façon contradictoire, en limitant le soutien à l’opposition à laquelle l’administration américaine ne croit pas en réalité. En définitive il semble que l’intérêt du gouvernement soit de maintenir l’Irak loin des premières pages des journaux pour que cette affaire ne vienne pas tacher la campagne électorale du vice-président Gore ». Les conséquences, « ce n’est ni Saddam, ni l’Occident qui les subit, mais les plus faibles et les plus pauvres de ce pays ». (apic/zenit/pr)

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