« La guerre au Soudan a pris les dimensions d’un génocide! »
Nairobi, 24 août 1999 (APIC) Les évêques catholiques de huit pays d’Afrique de l’Est ont adressé aux instances internationales, dont les Nations Unies, l’Organisation de l’Unité Africaine et l’Union Européenne, un appel pathétique pour que tous redoublent d’efforts afin mettre fin à la guerre civile au Soudan.
Cette guerre « a pris les dimensions d’un génocide », s’indignent les évêques membres de l’Association des Conférences épiscopales d’Afrique de l’Est (AMECEA), dans une lettre publiée au lendemain de leur assemblée plénière triennale, tenue à Nairobi, au Kenya, du 26 juillet au 8 août.
Le Soudan a longuement retenu l’attention des évêques d’Afrique de l’Est lors de leur récente assemblée à Nairobi. Ils n’ont pu conclure leurs travaux sans relancer aux grandes instances internationales cette question: quand tout le monde va-t-il s’y mettre pour arrêter « la tragédie humaine qui se déploie au Soudan en raison de la guerre civile qui y fait rage, avec des effets dévastateurs pour le Sud-Soudan, les Monts Nuba, les collines Ingessana et l’Est du pays? »
Un problème particulier est constituer par « les nombreux cas de graves violations des droits humains, violations que les évêques attribuent aussi bien au gouvernement de Khartoum qu’à l’Armée de Libération du Peuple Soudanais. Car, écrivent-ils, « tous deux apportent leur caution et leur soutien à de nombreux groupes militaires, dont les opérations prennent ordinairement pour cible la population civile ».
Victimes par millions
Tragédie: le mot est trop faible. « La guerre civile au Soudan a pris, au cours des seize dernières années, les dimensions d’une guerre sauvage, fratricide et génocidaire. Pour ce que nous en savons, elle a coûté la vie à près de deux millions de personnes, pour la plupart des civils innocents. Elle a provoqué le déplacement de plus de quatre millions de personnes, dont beaucoup se sont réfugiés dans notre région. De plus, l’instabilité persistante du Soudan a des répercussions sur les pays voisins ».
S’appuyant sur divers rapports de l’ONU et du Département d’Etat à Washington, les évêques africains rappellent les principaux faits en matière de violations des droits humains au Soudan: « restrictions indues de la liberté de culte ou de la pratique de leur foi pour les non-musulmans; esclavage et pratiques qui s’y rattachent; tortures de personnes en détention préventive; sanctions et exécutions extrajudiciaires; disparitions de personnes; manque de liberté d’expression; lois, attitudes et pratiques discriminatoires à l’égard des non-Arabes et des non-musulmans; manipulation des médias au profit de tout ce qui est musulman et arabe pour exclure les autres religions et groupes ethniques; manque de dialogue fondamental entre chrétiens et musulmans à cause de la manipulation politique; utilisation de l’aide alimentaire à des fins de prosélytisme ou comme arme de guerre; pillage et expropriation systématique de la propriété et des ressources de la population dans les zones de guerre ».
Les prélats réclament aussi la remise en liberté des deux prêtres soudanais ainsi que d’une vingtaine de fidèles laïcs emprisonnés depuis un an. Les évêques de l’AMECEA dénoncent encore « tout spécialement le bombardement aérien de cibles civiles pratiqué indistinctement par le gouvernement soudanais à proximité de toutes les zones touchées par la guerre ». Ils mettent également en cause « la politique du gouvernement soudanais qui empêche l’aide alimentaire d’atteindre les régions touchées par la famine au Sud-Soudan, dans les Monts Nuba et dans les collines Ingessana ». S’ajoute à tout cela une grande inquiétude « devant le nombre croissant de réfugiés, pour la plupart des jeunes et des intellectuels, qui affluent dans les pays voisins ».
Efforts concrets à redoubler
Pour des solutions qui apportent au Soudan une paix juste et durable, les évêques recommandent que les efforts de tous, à commencer par les instances internationales, se concentrent sur six points: mesures décisives pour mettre effectivement fin à la guerre au Soudan; soutenir pleinement le Forum de l’Autorité Intergouvernementale pour le développement…; assurer la protection et la défense des civils innocents en faisant cesser les bombardements de populations civiles; garantir l’octroi inconditionnel de l’aide à toutes les secteurs des zones en guerre qui sont touchés par la famine, que celle-ci soit due à des opérations militaires ou à des causes naturelles; faire cesser dans les villages les incursions des militaires ou des milices soutenues par le gouvernement; mettre fin à l’esclavage des femmes et des enfants.
La lettre est signée par Mgr Josaphat L. Lebulu, archevêque d’Arusha en Tanzanie et président de l’AMECEA, ainsi que par une centaine d’évêques d’Erythrée, d’Ethiopie, du Kenya, du Malawi, d’Ouganda, du Soudan, de Tanzanie et de Zambie. (apic/cip/pr)
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