« Nous avons tous besoin de nous repentir »
Vatican, 26 août 1999 (APIC) Il n’y a pas de tensions entre le Vatican et le patriarcat orthodoxe de Belgrade : c’est ce qu’affirme le patriarche serbe Pavle dans une interview publiée 26 août 1999 par le quotidien catholique italien » Avvenire « .
D’après le Patriarche, la seule divergence de point de vue entre les orthodoxes serbes et le Saint-Siège concernait la décision du Vatican de reconnaître immédiatement l’indépendance de la Bosnie, une décision jugée « un peu prématurée » par les orthodoxes serbes, du fait de l’existence en Bosnie de trois communautés ethniques et religieuses différentes.
« Mais ces derniers temps nous nous sommes retrouvés très unis », affirme le patriarche Pavle. Le chef de l’Eglise orthodoxe serbe dit apprécier les expressions de solidarité de Jean-Paul II à l’égard de la population serbe pendant la guerre du Kosovo, et ses démarches pour demander l’arrêt des bombardements de l’OTAN sur la Yougoslavie pendant la période de Pâques, en avril dernier.
La Serbie : » un ghetto, une prison «
Le patriarche explique par ailleurs qu’il a demandé, avec le Synode de l’Eglise orthodoxe serbe, la démission du président Milosevic. Il appuie l’idée d’un accord politique entre tous les partis d’opposition au pouvoir actuel d’ici septembre, pour donner naissance ensuite à un gouvernement provisoire « L’Eglise ne s’immisce pas dans la politique », précise-t-il, mais elle est « préoccupée par le sort du pays, qui ne pourra pas être sauvé sans un grand effort d’unité ». Pour le patriarche, « l’heure est grave » : » Celui qui est au pouvoir en Serbie se trouve dans une impasse, et la Serbie, isolée du monde, est réduite à un ghetto, une prison « . C’est pourquoi le plus important aujourd’hui est l’unité de ceux qui veulent un changement démocratique.
Interrogé sur la responsabilité de l’Eglise orthodoxe serbe dans les projets de « Grande Serbie » soutenus par Milosevic au début des années 90, le patriarche affirme n’avoir jamais accepté une Serbie, grande ou petite, qui serait construite sur « une montagne de crimes ».
Enfin, à propos du fait que pour l’Eglise orthodoxe le Kosovo est une « terre sainte », le patriarche rappelle que cela se réfère à la lutte des Serbes contre les Turcs, pour défendre leur liberté et leur foi, il y a plusieurs siècles, et que ceux qui se sont salis de crimes au Kosovo ces derniers temps n’ont rien à voir avec cette tradition. « Mais n’oublions pas, ajoute-t-il, que les crimes ont été commis de part et d’autre, et aussi par la communauté internationale ». Et de conclure : « Nous avons tous besoin de nous repentir et de nous demander pardon les uns aux autres « . (apic/cip/imed/mp)
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