La religion: tactique pour gagner des votes

Guatemala: La religion est devenue un enjeu dans la campagne électorale guatémaltèque

Tegucigalpa, 29 août 1999 (APIC) La religion est devenu un enjeu dans la campagne électorale au Guatemala. Une telle chose est inacceptable, estiment plusieurs responsables d’Eglise guatémaltèques, qui appellent les politiciens du pays à ne pas faire de la religion une tactique pour gagner des votes lors des élections prévues en novembre. En point de mire, les Eglises pentecôtistes, dont des expériences passées et peu concluantes ne semblent pas pousser à la réflexion

« Nous sommes préoccupés de constater que des candidats manipulent la foi et la bonne volonté des croyants à des fins politiques en vue de remporter la présidence. C’est immoral. Certains candidats n’hésitent pas à mentionner le nom de Dieu à chaque instant, afin que les gens croient qu’ils sont des bons croyants », fait observer le pasteur presbytérien Moises Colop, porte-parole de la Conférence des Eglises évangéliques du Guatemala (CIEDEG).

Pour Victor Hugo Martinez Contreras, archevêque catholique de Los Altos, et président de la Conférence épiscopale guatémaltèque, « manipuler les sentiments religieux dénote un manque de respect pour les personnes, parce que c’est une atteinte à la dignité humaine ». Sur une population de 11 millions d’habitants, 75 % sont catholiques romains.

Les Guatémaltèques devraient se rendre aux urnes le 7 novembre pour élire un président, un vice-président, 113 parlementaires, 330 maires et conseillers municipaux, et 20 représentants auprès du parlement d’Amérique centrale, forum de six pays établi en 1987. A ce jour, la campagne a été caractérisée par des magouilles électorales et un profond désintérêt de la part des électeurs.

Malgré les déclarations des responsables d’Eglise, la religion a été et restera certainement un enjeu dans la campagne électorale. L’un des candidats, Francisco Bianchi, de l’Action de réconciliation démocratique (ARDE) fait tout pour convaincre les évangéliques, qui représentent au moins 20 % de l’électorat, qu’il est le meilleur candidat.

Expériences peu concluantes

A la tête de l’Eglise néo-pentecôtiste du Verbe, Francisco Bianchi, un laïc, est lié avec deux ex-leaders du pays, tous deux chrétiens évangéliques – le général Efrain Rios Montt et Jorge Serrano. Francisco Bianchi était chargé d’information auprès du général Efrain Rios Montt, auteur du coup d’Etat militaire de 1982, également membre de la même Eglise. L’année suivante, le général Montt a été destitué par des officiers, mais son court règne a été marqué par des massacres contre des communautés autochtones et ses sermons interminables diffusés sur les chaînes de la télévision et de la radio nationales.

Le deuxième président évangélique du Guatemala, Jorge Serrano, arrivé au pouvoir en 1991, est parti en exil au Panama deux ans plus tard, après avoir tenté de prendre le contrôle absolu du gouvernement.

Francisco Bianchi a fondé ARDE sur les ruines du parti de Jorge Serrano, et il est devenu le candidat évangélique de facto. Même s’il figure actuellement en quatrième position dans les sondages, il compte beaucoup sur la visite du leader évangélique américain Pat Robertson qui viendra au Guatemala le 9 octobre. Selon Manolo Benfeldt, colistier de Francisco Bianchi, ce dernier a invité Pat Robertson afin que celui-ci collecte des fonds pour sa campagne électorale.

Selon certains observateurs, dans ce pays où le nombre des évangéliques croît beaucoup, les candidats pourraient bénéficier du soutien des évangéliques. « Mais, il n’existe pourtant pas de vote évangélique », fait observer Dennis Smith, directeur des communications au Centre évangélique d’études pastorales d’Amérique latine. « C’est juste un mythe qui se reproduit régulièrement. »

Un autre leader évangélique, Vitalino Similox, est le candidat à la vice-présidence de l’Alliance pour une nouvelle nation (ANN), le parti électoral formé par d’anciens guérilleros de gauche qui ont déposé les armes après le traité de paix de 1996. Vitalino Similox a démissionné de son poste de président de la CIEDEG et de pasteur presbytérien afin de se présenter aux élections. A ce jour, notent les observateurs, Vitalino Similox n’a pas joué la carte de la religion, peut-être parce que ses idées politiques progressistes ne sont pas très bien reçues par la plupart des évangéliques guatémaltèques.

Les sondages, au Guatemala aussi

Les sondages placent l’ANN en troisième position. Le parti a perdu de nombreuses voix après le retrait, en juin, d’une coalition de gauche, le Front démocratique « Nouveau Guatemala ». L’élection de Vitalino Similox comme candidat à la vice-présidence a été l’une des causes de cette rupture; en effet, des groupes de femmes auraient préféré le choix de Rosalina Tuyuc, une maya quiché. Pour Rosalina Tuyuc, le choix de Vitalino Similox a marqué la victoire du « sexisme et du machisme ».

Le sondages montrent que les candidats des deux grands partis du pays, le Front républicain guatémaltèque (FRG) et le Parti d’avancée nationale (PAN), au pouvoir, sont à égalité dans la course à la présidence. Les deux partis ont des effectifs qui font tranquillement campagne pour obtenir des votes parmi les évangéliques et les catholiques, et aussi parmi les adeptes de la spiritualité maya, dont la popularité grandit. (897 mots)

Nouvelles questions de Rome au Père Jacques Dupuis

Mais apparemment plus d’objections fondamentales

Londres, 25 août 1999 (APIC) Le théologien jésuite d’origine belge Jacques Dupuis, dont le dernier livre a été passé au crible par la Congrégation du Vatican pour la Doctrine de la Foi, vient de recevoir de celle-ci une nouvelle série de questions sur lesquelles il est invité à s’expliquer.

Le religieux de 75 ans a consacré ces derniers mois une bonne partie de son temps à répondre aux remarques critiques de la Congrégation présidée par le cardinal Ratzinger à propos de son livre « Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux ».

Le Père Dupuis, qui a enseigné durant 25 ans à la Faculté de Théologie de Delhi et a pris la nationalité indienne, a été amené tant par son parcours théologique que par son ouverture au dialogue interreligieux à reprendre à nouveaux une question jugée décisive depuis le début du christianisme: quelle place faut-il reconnaître à Jésus ? Si la révélation qu’il apporte sur Dieu et sur l’homme lui confère un rôle unique, de quel droit le prétendre universel? Les millions d’être humains qui ne connaissent pas Jésus feraient-ils une expérience de Dieu et de la vie humaine fondamentalement tronquée? Ou bien est-ce une violence de la part des chrétiens que de prétendre avoir découvert en Jésus le visage même d’un Dieu à l’image duquel ils sont appelés à vivre dans l’amour?

A se confronter à ces questions difficiles, le Père Dupuis y a trouvé des pistes de réponse très nuancées, qu’il a d’ailleurs enseignées depuis 1984 à l’Université grégorienne dirigée par ses confrères à Rome. Il est revenu en Belgique, en mai 1998, pour s’en expliquer à la Faculté de Théologie de l’UCL. Un chrétien peut-il prétendre que sa foi en Jésus Christ est source de salut, non seulement pour lui, mais pour l’ensemble du monde ? Oui, selon le Père Dupuis, « à condition de ne pas figer ni réduire la manifestation de Dieu à la révélation de Jésus ». « Jésus ne clôture pas l’histoire des manifestations de Dieu, remarquait Jacques Dupuis. Certes, l’événement Jésus-Christ est le point culminant et le sacrement universel, mais, selon la comparaison de saint Irénée, Dieu sauve avec ses deux mains, que sont le Verbe et l’Esprit ». Et pour le Père Dupuis, comme pour le concile Vatican II, l’Esprit est aussi à l’oeuvre dans les autres religions.

Question inévitable

Ces perspectives sont développées dans l’ouvrage « Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux ». Un livre dont toutes les pages ont été épluchées par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Celle-ci a ensuite fait part de ses remarques critiques au théologien, l’invitant à s’expliquer et même à rectifier des opinions jugées contraires à la doctrine reçue dans l’Eglise catholique.

Depuis l’examen critique de son livre au Vatican, le Père Dupuis a reçu de nombreux soutiens d’autres théologiens, et même l’appui retentissant du cardinal Franz König, ancien archevêque de Vienne. Les nouvelles questions posées par le cardinal Ratzinger dépassent toutefois le simple devoir de vacances. Or, le religieux, qui avait renoncé à son enseignement à Rome pour se consacrer à la défense de ce qu’il croit être juste, a connu depuis le début de sa mise en examen par le Vatican une série de problèmes de santé, révèle encore « The Tablet ». Il a dû, cet été, renoncer à un voyage en Inde et au Bangladesh et même à des journées de détente en Italie. En septembre, il entrera à l’hôpital pour une opération chirurgicale. En attendant, il prépare quelques articles pour des revues de théologie où il réagira à son tour de manière critique par rapport aux recenseurs de son ouvrage. (apic/cip/pr)

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