Jean Paul II aurait jusqu’ici résisté aux pressions

Rome: Les religieux bientôt sous tutelle?

Rome, 13 juillet 1999 (APIC) «Trop, c’est trop, même pour le pape!»: C’est le commentaire de l’agence italienne Adista, qui prête à la «bureaucratie» vaticane, et plus précisément à certains cardinaux de la curie romaine – d’origine latino-américaine pour la plupart -, une volonté d’exercer un contrôle plus étroit sur les religieux.

Selon l’agence, Jean Paul II aurait refusé «jusqu’à présent» de signer un document qui disposerait que les nominations de supérieurs religieux devraient être préalablement soumises à l’approbation du Saint-Siège – la pratique actuelle est d’informer Rome des nominations, sans plus. Selon Adista, «il est clair que Jean Paul II ne signe pas parce qu’il redoute une insurrection». Les instituts religieux n’ont bien entendu pas été consultés. Et à leur dernière assemblée générale, qui s’est déroulée fin mai à Ariccia, les supérieurs religieux, informés du projet, auraient opposé «un non franc et sec», affirme Adista.

Les supérieurs se sont montrés soucieux et de méchante humeur, ajoute l’agence, face à «l’absurdité d’une proposition qui contredirait l’autonomie naturelle de la vie consacrée et jetterait la confusion parmi les religieux». Surtout, «mettre les religieux sous tutelle serait une nouvelle confirmation de la méfiance et de la propension à tout contrôler qui se répand aujourd’hui dans les offices de la bureaucratie centrale du Vatican».

Pressions latino-américaines

Les pressions auxquelles le pape résiste viendraient surtout des cardinaux latino-américains, désormais nombreux à la curie, et bien connus pour être de tendance, voire nettement conservatrice ou de l’Opus Dei: Mgr Dario Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation pour le Clergé, Mgr Javier Lozano Barragan, président du Conseil pontifical pour la famille, Mgr Jorge Medina Estevez, préfet de la Congrégation pour le culte divin, Mgr Luvas Moreira Neves, préfet de la Congrégation pour les évêques, auxquels il faudrait ajouter deux autres cardinaux latino-américains «d’adoption» : Mgr Pio Laghi, préfet de la Congrégation pour l’éducation catholique, et Mgr Angelo Sodano, Secrétaire d’Etat, qui furent nonces respectivement en Argentine et au Chili.

Les tensions n’ont pas manqué entre les religieux d’Amérique Latine et ces chefs de dicastère du Vatican à l’époque où ils étaient à la tête d’importants diocèses du continent, affirme Adista, qui renvoie au dur bras de fer qui opposa, dans les années 80 et 90, le Conseil épiscopal latino-américain (CELAM) et Rome, d’une part, et la Conférence latino-américaine des religieux (CLAR), d’autre part.

Un demi-succès

La proposition de modifier la procédure des nominations des supérieurs religieux n’est pas neuve. Elle avait déjà émergé au Synode des évêques sur la vie consacrée (1994). Ses " parrains " étaient – déjà – Mgr Castrillon Hoyos et Mgr Lozano Barragan. Ce dernier avait été jusqu’à proposer que, pour la nomination des supérieurs provinciaux, les Congrégations et Ordres religieux consultent les évêques des diocèses où ceux-ci sont implantés.

A en croire Adista, l’idée avait été jugée «ridicule et fanatique». Qu’à cela ne tienne: une fois que la présence latino-américaine s’est trouvée renforcée à la curie, les instigateurs du projet sont revenus à la charge. Et ils ont obtenu un demi-succès, puisqu’un document existe bel et bien. Mais ce texte doit encore être approuvé par le pape et ensuite promulgué par la Congrégation pour les religieux, dont le préfet, le cardinal Martinez Somalo, «n’est pas très chaud, écrit Adista, mais serait de toute façon prêt à signer si le pape lui en donnait l’ordre». (apic/cip/mg/pr)

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