Wolfgang Holz, kath.ch / traduction et adaptation: Raphaël Zbinden
La religieuse brésilienne Inah Canabarro Lucas est décédée en mars 2025 à l’âge impressionnant de 116 ans et 326 jours. À 110 ans, elle avait encore reçu la bénédiction du pape François. Elle était la deuxième religieuse la plus âgée au monde après la Française Lucile Randon, décédée en 2023 à l’âge de 118 ans.
Toutes les religieuses et tous les moines n’atteignent certes pas un âge aussi avancé. Mais un examen de la structure d’âge des monastères indique de façon évidente que l’espérance de vie y est plus élevée qu’ailleurs. C’est également le cas dans les monastères suisses.
Le couvent des dominicaines d’Ilanz (GR) abrite encore 61 religieuses. Leur moyenne d’âge est de… 86 ans. Même si environ la moitié d’entre elles sont hébergées dans la maison de retraite du couvent, cette moyenne d’âge est tout à fait étonnante. Le couvent de Fahr (AG) compte actuellement 17 bénédictines âgées de 60 à 92 ans. Seules deux sœurs n’ont pas encore atteint l’âge de la retraite. La moitié ont plus de 80 ans.
«En tant que couvent composé principalement de sœurs âgées, nous avons une mission prophétique» – Sœur Irene Gassmann
Les communautés masculines comptent également de nombreux moines âgés, même si les chiffres y sont moins impressionnants. «La moyenne d’âge de notre communauté est de 69 ans», explique l’abbé Christian Meyer du monastère bénédictin d’Engelberg (OW). «La moyenne de notre monastère affilié est de 47 ans. La moyenne commune étant de 58 ans.» Le 25 novembre 2025, l’ancien abbé Berchtold Müller a fêté son 85e anniversaire au monastère obwaldien. Il a dirigé la communauté monastique pendant 22 ans. L’abbé Christian Meyer a déjà vu deux moines approcher le centenaire dans son monastère.
À l’abbaye bénédictine d’Einsiedeln (SZ), l’âge moyen des 39 membres est de 62 ans.
Selon Christian Meyer, si la moyenne d’âge est plus basse dans les monastères masculins, c’est que de nouvelles personnes rejoignent régulièrement la communauté monastique, alors que ce n’est pratiquement plus le cas dans les monastères féminins. Au couvent des dominicaines d’Ilanz, par exemple, aucune femme n’est entrée définitivement au couvent depuis 1989.
Mais pourquoi est-il apparemment si favorable de vieillir dans un couvent, alors que la vie derrière les murs est généralement plus ascétique qu’à l’extérieur? «En tant que couvent composé principalement de sœurs âgées, nous avons une mission prophétique», explique Irene Gassmann, prieure du couvent de Fahr. Dans l’histoire du salut, les personnes âgées telles que Sara et Abraham, Zacharie et Élisabeth, le vieillard Siméon et la prophétesse Anne ont souvent joué un rôle de premier plan lors des transitions. «Notre Église, et donc aussi les monastères, sont également à un tournant. Vivre et façonner cette période est précieux et important», assure Sœur Irene. «Cela donne de l’espoir et un sens à notre existence. Nous préparons le terrain pour ce qui va arriver.»
Sœur Annemarie, du couvent dominicain d’Ilanz, explique le phénomène de la vieillesse monastique de manière un peu plus terre-à-terre. «Nous vivons selon un rythme quotidien, hebdomadaire et annuel régulier, en fonction de l’année liturgique et des saisons, ce qui nous donne une structure et nous apporte sens et joie.» En même temps, la vie spirituelle renforce la confiance humaine. «La foi et la prière jouent un rôle essentiel dans notre quotidien – dans lequel nous pouvons tout recevoir et tout déposer. Enfin, nous ressentons une certaine sécurité – nous prenons soin les unes des autres, nous nous engageons pour la communauté.»
L’abbé Christian Meyer, du monastère d’Engelberg, estime également que la routine quotidienne bien ordonnée des moines et des religieuses «est certainement bénéfique pour le corps». D’autre part, tout le monde au monastère a encore une tâche à accomplir, même à un âge avancé. Il est garanti «qu’en tant que moines, nous pouvons simplement bricoler et accomplir des tâches plus ou moins importantes jusqu’à un âge avancé, voire jusqu’à ce que nous n’en soyons plus capables. Cela permet aussi de rester en forme.»
«Les monastères sont généralement caractérisés par la considération et l’attention» – Mariano Tschuor
Les raisons qui favorisent un vieillissement harmonieux dans une communauté monastique sont donc multiples. Le Père Lorenz Moser, du monastère d’Einsiedeln, en est convaincu. Outre le rythme quotidien régulier, la communauté monastique décharge également chaque membre de diverses préoccupations, telles que les soucis financiers et la prévoyance vieillesse. «L’ancrage en Dieu et donc le soutien apporté par la foi jouent certainement aussi un rôle important», explique le religieux.
La recherche neuropsychologique prouve que l’orientation religieuse d’une personne peut avoir un effet positif sur sa santé. «Cependant, l’identification à ce mode de vie et à la communauté concrète est déterminante pour le bien-être de l’individu au monastère.»
Pour Mariano Tschuor, du monastère de Mariastein (SO), il n’existe pas de réponse universelle à la question du vieillissement positif des moines. Aujourd’hui, douze pères et frères vivent encore là-bas avec l’abbé Ludwig Ziegerer. Le plus âgé a 89 ans, le plus jeune 66 ans.
«Les monastères sont généralement caractérisés par la considération et l’attention. Les conflits sont plutôt évités qu’affrontés ouvertement», souligne Mariano Tschuor. «Le stress émotionnel y est souvent moins important que dans la vie professionnelle laïque. Les soucis existentiels disparaissent, même si l’on vit modestement.» Selon leurs règles, les membres âgés de l’ordre bénéficient d’une attention particulière. «Cependant, l’état psychique et physique individuel reste déterminant.» (cath.ch/kath/woz/rz)
Étude sur le vieillissement des religieux
Dans une étude menée d’août 2021 à décembre 2023, la sociologue et théologienne Ruth Mächler, collaboratrice à la chaire de soins spirituels et de santé psychosomatique de l’Université technique de Munich, a examiné la manière dont les religieux abordent la dernière phase de leur vie.
Pour ce faire, elle a mené des entretiens avec plus de 20 religieuses du Sacré-Cœur et jésuites en Allemagne et en Autriche. La chercheuse a interrogé des personnes âgées de plus de 80 ans (âge moyen 88 ans) sur leur histoire et a tenté, à travers ses questions, de faire ressortir la sagesse de vie des personnes interrogées.
Des thèmes récurrents ont été abordés au cours des entretiens. Ainsi, les modèles, généralement des saints ou des fondateurs et fondatrices d’ordres religieux, ont toujours joué un rôle important dans la vie des religieux, que ce soit lors de leur entrée dans les ordres ou pour prendre d’autres décisions importantes.
Outre la foi, ce sont surtout les relations avec les personnes à l’intérieur et à l’extérieur du monastère qui expliquent la grande satisfaction des personnes interrogées. La foi a toujours joué un rôle déterminant à cet égard. Ruth Mächler a été surprise de constater qu’aucune des personnes interrogées ne manifestait de peur de la mort. Au contraire, les entretiens ont surtout révélé une profonde sérénité, une grande honnêteté et une grande ouverture d’esprit de la part des religieux. WOZ
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